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la Franc Maçonnerie au Coeur

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Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
Statue d'Ernest Renan avec Athena  à Tréguier

Statue d'Ernest Renan avec Athena à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

Ernest Renan : « Qu’est-ce que la Nation ? »

Août 2026, la France s’agite face aux échéances politiques, chacun s’efforce de définir ses projets pour la nation. Entre caricature et raison, il faut mettre des définitions aussi précises que possible sur les mots, afin d’éviter toutes les confusions néfastes. « Sans prendre les mots pour idées ». Chacun s’évertue à s’approprier le mot nation, peu se hasardent à le définir sans succomber à la fadeur ou à l’outrance. Ernest Renan, « l’inclassable », nous a laissé un guide qui fait encore référence. Il a pensé, en 1882, ce qu’est une Nation dans le monde moderne. « La nation est une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine » [1]. La cristallisation du mot nation a généré une idéologie nationale, trop souvent détournée en idéologie nationaliste qui, au lieu de réunir, fragmente, c’est un comble ! Ernest Renan fut comparé à un prisonnier de la grotte de Platon au milieu des philosophes, des penseurs et des historiens, mais un prisonnier de cette grotte qui s’est évadé. Qui est sorti de l’obscurité et, malgré la lumière aveuglante, a réussi à voir le monde réel. Il a capté l’attention dans sa Conférence de la Sorbonne du 11 mars 1882, il dira : « J’en ai pesé chaque mot avec le plus grand soin ; c’est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l’équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race, je désire que l’on se souvienne de ces vingt pages-là. » [2]

Effectivement, nous nous souvenons essentiellement d’Ernest Renan à travers ces deux ouvrages : La Vie de Jésus, qui provoqua scandale et émoi dans un pays non affranchi de la prégnance du catholicisme dans les pensées, et son Qu’est-ce qu’une nation ? Aujourd’hui, pratiquement tous les écrits sur la nation mentionnent cette citation : « L’existence d’une nation (…) est un plébiscite de tous les jours. » Évidemment, il faut lire Renan en rapport avec ce qu’était son temps. Essentialiste de son temps, il parlera de volonté, de race, de communauté de sang, toutes choses qu’il s’efforçait d’épurer de tout contexte politique. La race humaine diffère essentiellement de la zoologie, on ne peut pas aller dans le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : « Tu es de notre sang ; tu nous appartiens ! »

Il faut, selon lui, se souvenir des ancêtres communs, mais aussi oublier, pour élaborer un processus de construction de la nation. Il ose dire : la nation n’est pas un corps ethnique d’origine unique, constatant en historien qu’il y a eu de tous temps des mélanges de groupes d’origines diverses et la création de nouvelles sociétés. Il rejette ainsi toute prééminence d’un groupe particulier sur un autre, qui aurait un quelconque privilège sur les autres groupes. Plus moderne encore, il dit : la langue, la religion, la géographie et l’intérêt économique ne constituent pas des points de départ déterminants à la construction d’une nation. La terre est trop mouvante pour être figée. La nation lui apparaît d’abord comme une solidarité entre des hommes modernes, autonomes et désireux de vivre sous la même autorité. Il est, en ce sens, un fédéraliste. C’est l’idée politique de détenteurs d’un libre arbitre qui crée la nation. La nation est donc une construction moderne qui, comme toutes les constructions, sera un jour appelée à disparaître ou à se reconstruire ? Renan, le libéral méfiant vis-à-vis de la démocratie de masse, finira par s’y convertir, arguant d’une nécessité historique.

Il adhéra au fait : « Que ce n’est ni la langue ni la race qui fait la nationalité » [3]. Renan [préconise] la création d’une Europe fédérale, craignant un impérialisme s’appuyant sur la race ; il combat ainsi le racisme théorique fondateur de la nation. Il sera proche de Raymond Aron et de Marc Bloch. La nation n’est pas pour lui un ethnos ancien, mais un mélange de groupes linguistiques et culturels. Il reconnaît les adeptes du judaïsme comme partie immanente de la nation française. Preuve que sa vision marqua les esprits : bien plus tard, en 1943, le Comité juif américain estima que la Conférence de Renan sur la nation pouvait être utilisée comme une arme contre le nazisme, le racisme et l’antisémitisme. Ernest Renan, Raymond Aron et Marc Bloch s’accordèrent sur la pensée que le judaïsme est une croyance importante plutôt qu’une matrice issue d’une matrice commune ou une nation aspirant à regagner sa patrie. Évidemment, ce fut une position embarrassante pour les sionistes. Cette pensée commune est devenue aujourd’hui irrecevable pour ceux qui se revendiquent fils d’Israël.

     Jean-François Guerry.

Sources : Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ? – Préfaces – Éditions Gallimard, collection Champs classiques.

À SUIVRE : Les textes d’Ernest Renan.

 

[1] Bénédict Anderson – L’Imaginaire national, 1983.

[2] Ernest Renan – Discours et Conférences, 1887 – Paris, Calmann-Lévy, 1904, page 11.

[3] Numa Fustel de Coulanges, L’Alsace est-elle française ou allemande ?

Poème en chanson de Philippe Jouvert 
FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

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