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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Jean-François Guerry
La statue de Ernest Renan à Tréguier en Bretagne

La statue de Ernest Renan à Tréguier en Bretagne

FRAGMENTS DE RÉFLEXION VI-

 

Suite de la réflexion sur la nation à partir de la conférence de Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ?

Certains voudraient nous faire confondre religion et nation, et que le seul fait qu’une partie importante de notre territoire soit imprégné des traditions, des religions juives et chrétiennes suffirait à faire nation. Ce qui suffirait aussi pour exclure de la nation la partie du peuple ne se reconnaissant pas de ses deux religions et d’exclure les autres religions.

Si l’on ne peut nier qu’à : « L’origine, la religion tenait à l’existence même du groupe social. Le groupe social était une extension de la famille. La religion, les rites étaient des rites de famille. La religion d’Athènes, c’était le culte d’Athènes même, des ses fondateurs mythiques, de ses lois, de ses usages. Elle n’impliquait aucune théologie dogmatique. C’était une religion dans toute la force du terme, une religion d’état. » Ce qui était vrai Athènes et à Sparte ne l’était pas dans toutes les conquêtes d’Alexandre. On pourrait parler d’une religion de la ville de résidence ou d’une province.

 

De nos jours déclare Renan-

« La situation est parfaitement claire. Il n’y a plus de masses croyant d’une manière uniforme. Chacun croit et pratique à sa guise, ce qu’il peut, comme il veut. Il n’y a plus de religion d’état ; on peut être français, allemand, anglais, en étant catholique, protestant, israélite, en ne pratiquant aucun culte.

 

La religion est devenue chose individuelle ; elle regarde la conscience de chacun. La division des nations entre catholiques et protestants n’existe plus. »

À suivre nous verrons qu’une communauté d’intérêts ne fait pas non plus nation.

                  Jean-François Guerry.   

Les russes veulent imposer leur langue cela ne fait pas pour autant une nation

FRAGMENTS DE RÉFLEXION VI-

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Publié le par Jean-François Guerry
Ernest Renan à Tréguier

Ernest Renan à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION-V-

Dans la poursuite de la réflexion sur « Qu’est-ce qu’une nation ? », la conférence d’Ernest Renan de 1882. Ce que nous avons vu pour la race, il faut le dire de la langue.

« La langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. »

L’exemple donné par Renan :

« La Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude obtenue par des vexations. »

Renan ne fut pourtant pas infaillible dans ses jugements, quand il écrit :

« Un fait honorable pour la France, c’est qu’elle n’a jamais cherché à obtenir l’unité de la langue par des mesures de coercition. »

Il semble avoir oublié les obligations faites aux Bretons de renoncer à la langue bretonne, ainsi que les brimades qui s’ensuivirent ! La pratique obligatoire de la langue française a souvent été associée au fait de faire nation. Les Bretons, les Basques, les Corses, les Occitans, les Alsaciens qui furent nos grands-parents s’en souviennent.

Il écrit pourtant :

« Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? »

« L’importance politique qu’on attache aux langues vient de ce que l’on les regarde comme des signes de race. Rien n’est plus faux. »

« On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. »

L’humanité, la fraternité, ne saurait se réduire à la pratique d’une langue.

« Avant la culture allemande, française, italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’Antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain ; ils s’y dévouaient corps et âme. Comme ils le firent bien ! »

Bien sûr, à cet instant, nous pensons à Marsile Ficin, à Pic de la Mirandole, Galilée, Giordano Bruno, Léonard de Vinci et, avant eux, Érasme.

À suivre… La religion, qui ne saurait non plus offrir une base suffisante à l’établissement d’une nationalité moderne. Renan pensait à 1905 déjà en 1882 !

Jean-François Guerry.

FRATERNITÉ POÈME DE PHILIPPE JOUVERT

FRAGMENTS DE RÉFLEXION-V-

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Ernest Renan

Ernest Renan

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – IV –

Ernest Renan à la poursuite de la définition de ce « Qu’est-ce que la nation ? » De la race, disent plusieurs avec assurance ! Extraits de la conférence de la Sorbonne de 1882.

Renan était-il visionnaire ? À propos de la race.

« C’est là une très grande erreur qui, si elle devenait dominante, perdrait la civilisation européenne. Autant le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de danger pour le véritable progrès. »

Renan, le croyant, se réfère au christianisme.

« Le christianisme, avec son caractère universel et absolu, travaille plus efficacement encore dans le même sens. Il contracta avec l’Empire romain une alliance intime et, par l’effet de ces deux incomparables agents d’unification, la raison ethnographique est écartée du gouvernement des choses humaines pour des siècles. »

À propos de la France et d’autres pays européens…

« La considération ethnographique n’a donc été pour rien dans la constitution des nations modernes. La France est celtique, ibérique, germanique. L’Allemagne est germanique, celtique et slave. L’Italie est le pays où l’ethnographie est la plus embarrassée. Gaulois, Étrusques, Pélasges, Grecs, sans parler d’autres éléments, s’y croisent dans un indéchiffrable mélange. Les îles Britanniques, dans leur ensemble, offrent un mélange de sang celtique et germain dont les proportions sont singulièrement difficiles à définir. »

Alors ! Cela interroge sur l’expression « Français de souche » !

« Et les parties que l’on prétend réellement pures le sont-elles en effet ? Nous touchons ici à un des problèmes sur lesquels il importe le plus de se faire des idées claires et de prévenir les malentendus. »

Malentendus qui sont souvent de bonne foi !

« Les discussions sur les races sont interminables parce que le mot race est pris par les historiens philologues et par les anthropologistes physiologistes dans deux sens tout à fait différents. » (Je vous encourage à approfondir.)

Pour les historiens…

« La race, comme nous l’entendons, nous autres historiens, est donc quelque chose qui se fait et se défait. L’étude de la race est capitale pour le savant qui s’occupe de l’histoire de l’humanité. Elle n’a pas d’application en politique. La conscience instinctive qui a présidé à la confection de la carte d’Europe n’a tenu aucun compte de la race, et les premières nations d’Europe sont des nations de sang essentiellement mélangé. »

« L’histoire humaine diffère essentiellement de la zoologie. »

Ici commence à se dessiner ce qu’est une nation pour Renan.

« En dehors des caractères anthropologiques, il y a la raison, la justice, le vrai, le beau, qui sont les mêmes pour tous. »

À suivre, ce qu’il faut dire de la langue !

Jean-François Guerry

 

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – IV –

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Ernest Renan statue à Tréguier

Ernest Renan statue à Tréguier

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – III-

         Ernest Renan nous a légué une vision originale de ce qu’est une nation dans sa conférence du 11 mars 1882 à la Sorbonne, la profondeur de sa réflexion avec sa vision de philologue, d’historien, de linguiste, et son parcours personnel font de ses 25 pages un document de référence qui devrait inspirer tous ceux qui veulent politiser l’idée de la nation au mépris de ce qu’est véritablement une nation et de ce qu’elle n’est pas. Ci-dessous quelques extraits de cette conférence : Qu’est-ce qu’une nation ? (Caractères gras et italique les extraits)

Sur la méthode de sa réflexion et de son étude.

                  « Ce que nous allons faire est délicat ; c’est presque de la vivisection ; nous allons traiter les vivants comme d’ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l’impartialité la plus absolue. »

         Sur le passé et l’histoire des états.

                  « Qu’est-ce qui caractérise les différents États ? C’est la fusion des populations qui les composent. »

                  « La France devint très légitimement le nom d’un pays où il n’était rentré qu’une imperceptible minorité de francs. »

                  « La différence du noble et du vilain est aussi accentuée que possible ; mais la différence entre l’un et l’autre n’est en rien une différence ethnique ; c’est une différence de courage, d’habitudes et d’éducation transmise héréditairement ; l’idée que l’origine de tout cela soit une conquête ne vient à personne. »

                  « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, est un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nation un danger. »

Les systèmes généalogiques sont incertains et défectueux, ils constatent aussi des entremêlements. 

« Or l’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses. »

« La nation moderne est donc un résultat historique amené par une série de faits convergeant dans le même sens. »

« C’est la gloire de la France d’avoir, par la Révolution française, proclamé qu’une nation existe par elle-même. »

         À propos des races, des langues, des religions et des nationalités. 

« Comment la Suisse, qui a trois langues, deux religions, trois ou quatre races, est-elle une nation, quand la Toscane par exemple, qui si homogène, n’en n’est pas une ? Pourquoi l’Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? » Refuser d’admettre cela c’est refuser la complexité et rester dans le superficiel.

 La nation exclusivement un fait dynastique ?

         « À entendre certains théoriciens politiques, une nation est avant tout une dynastie, représentant une ancienne conquête acceptée d’abord, puis oubliée par la masse du peuple. » Ernest Renan précise qu’une telle loi n’est pas absolue.

         « La Suisse et les États-Unis, qui se sont formés comme des conglomérats d’additions successives, n’ont aucune base dynamique. »

         Pour la France : « Disons seulement que cette grande royauté française avait été si hautement nationale que, le lendemain de sa chute, la nation a pu tenir sans elle. »

         « Outre le droit dynastique, il y a le droit national. Ce droit national, sur quel critérium le fonder ? À quel signe le reconnaître ? de quel fait tangible le faire dériver ? »

         De la race, de la langue, de la religion ? Les réponses de Renan seront dans l’article suivant.

                                    Jean-François Guerry.

À SUIVRE…

FRAGMENTS DE RÉFLEXION – III-

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Publié le par Jean-François Guerry
Statue d'Ernest Renan avec Athena  à Tréguier

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FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

Ernest Renan : « Qu’est-ce que la Nation ? »

Août 2026, la France s’agite face aux échéances politiques, chacun s’efforce de définir ses projets pour la nation. Entre caricature et raison, il faut mettre des définitions aussi précises que possible sur les mots, afin d’éviter toutes les confusions néfastes. « Sans prendre les mots pour idées ». Chacun s’évertue à s’approprier le mot nation, peu se hasardent à le définir sans succomber à la fadeur ou à l’outrance. Ernest Renan, « l’inclassable », nous a laissé un guide qui fait encore référence. Il a pensé, en 1882, ce qu’est une Nation dans le monde moderne. « La nation est une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine » [1]. La cristallisation du mot nation a généré une idéologie nationale, trop souvent détournée en idéologie nationaliste qui, au lieu de réunir, fragmente, c’est un comble ! Ernest Renan fut comparé à un prisonnier de la grotte de Platon au milieu des philosophes, des penseurs et des historiens, mais un prisonnier de cette grotte qui s’est évadé. Qui est sorti de l’obscurité et, malgré la lumière aveuglante, a réussi à voir le monde réel. Il a capté l’attention dans sa Conférence de la Sorbonne du 11 mars 1882, il dira : « J’en ai pesé chaque mot avec le plus grand soin ; c’est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l’équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race, je désire que l’on se souvienne de ces vingt pages-là. » [2]

Effectivement, nous nous souvenons essentiellement d’Ernest Renan à travers ces deux ouvrages : La Vie de Jésus, qui provoqua scandale et émoi dans un pays non affranchi de la prégnance du catholicisme dans les pensées, et son Qu’est-ce qu’une nation ? Aujourd’hui, pratiquement tous les écrits sur la nation mentionnent cette citation : « L’existence d’une nation (…) est un plébiscite de tous les jours. » Évidemment, il faut lire Renan en rapport avec ce qu’était son temps. Essentialiste de son temps, il parlera de volonté, de race, de communauté de sang, toutes choses qu’il s’efforçait d’épurer de tout contexte politique. La race humaine diffère essentiellement de la zoologie, on ne peut pas aller dans le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en leur disant : « Tu es de notre sang ; tu nous appartiens ! »

Il faut, selon lui, se souvenir des ancêtres communs, mais aussi oublier, pour élaborer un processus de construction de la nation. Il ose dire : la nation n’est pas un corps ethnique d’origine unique, constatant en historien qu’il y a eu de tous temps des mélanges de groupes d’origines diverses et la création de nouvelles sociétés. Il rejette ainsi toute prééminence d’un groupe particulier sur un autre, qui aurait un quelconque privilège sur les autres groupes. Plus moderne encore, il dit : la langue, la religion, la géographie et l’intérêt économique ne constituent pas des points de départ déterminants à la construction d’une nation. La terre est trop mouvante pour être figée. La nation lui apparaît d’abord comme une solidarité entre des hommes modernes, autonomes et désireux de vivre sous la même autorité. Il est, en ce sens, un fédéraliste. C’est l’idée politique de détenteurs d’un libre arbitre qui crée la nation. La nation est donc une construction moderne qui, comme toutes les constructions, sera un jour appelée à disparaître ou à se reconstruire ? Renan, le libéral méfiant vis-à-vis de la démocratie de masse, finira par s’y convertir, arguant d’une nécessité historique.

Il adhéra au fait : « Que ce n’est ni la langue ni la race qui fait la nationalité » [3]. Renan [préconise] la création d’une Europe fédérale, craignant un impérialisme s’appuyant sur la race ; il combat ainsi le racisme théorique fondateur de la nation. Il sera proche de Raymond Aron et de Marc Bloch. La nation n’est pas pour lui un ethnos ancien, mais un mélange de groupes linguistiques et culturels. Il reconnaît les adeptes du judaïsme comme partie immanente de la nation française. Preuve que sa vision marqua les esprits : bien plus tard, en 1943, le Comité juif américain estima que la Conférence de Renan sur la nation pouvait être utilisée comme une arme contre le nazisme, le racisme et l’antisémitisme. Ernest Renan, Raymond Aron et Marc Bloch s’accordèrent sur la pensée que le judaïsme est une croyance importante plutôt qu’une matrice issue d’une matrice commune ou une nation aspirant à regagner sa patrie. Évidemment, ce fut une position embarrassante pour les sionistes. Cette pensée commune est devenue aujourd’hui irrecevable pour ceux qui se revendiquent fils d’Israël.

     Jean-François Guerry.

Sources : Ernest Renan – Qu’est-ce qu’une nation ? – Préfaces – Éditions Gallimard, collection Champs classiques.

À SUIVRE : Les textes d’Ernest Renan.

 

[1] Bénédict Anderson – L’Imaginaire national, 1983.

[2] Ernest Renan – Discours et Conférences, 1887 – Paris, Calmann-Lévy, 1904, page 11.

[3] Numa Fustel de Coulanges, L’Alsace est-elle française ou allemande ?

Poème en chanson de Philippe Jouvert 
FRAGMENTS DE RÉFLEXION - II -

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