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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par YANN
LE BLOG DE YANN LE BEURRE ET L'ARGENT DU BEURRE
À LA RECHERCHE DE LA LUMIÈRE DE LA VÉRITÉ

Le beurre et l'argent du beurre 

Réflexions sur l'éthique et le mécanisme de la social-démocratie 

 

Il est angoissant de regarder un électorat qui, aux principaux carrefours, ordonne à l'État : "Tourne à gauche", ou "Tourne à droite", selon les cas, et de constater qu'il ne se passe pas grand-chose, la seule façon pour un gouvernement élu d'exécuter ces ordres sans perdre aussitôt son mandat étant de ne tourner ni à droite ni à gauche, mais de louvoyer, de zigzaguer et de faire crisser ses pneus sans trop s'écarter du milieu de la route. À tel point qu'ici et là certains ont crié à la trahison en voyant l'incapacité du gouvernement qu'ils avaient choisi à aller dans la direction prévue, échec qui ne manquait pas de stimuler notre croyance en la déloyauté systématique de politiciens toujours prêts à promettre une chose et à en faire une autre. 

Cet état de choses a donné lieu à quantité d'explications, certaines moins banales que d'autres : "le chômage chronique" engendré par la "révolution technologique" (encore heureux si l'on nous épargne les sornettes de la "troisième révolution industrielle" ou de la "société post-industrielle") ; la "crise" déclenchée par les "chocs pétroliers" ; le "monétarisme" imposé à l'industrie et au commerce pour "combattre l'inflation" ; les luttes, les crimes et les conflits raciaux provoqués par le désespoir des "défavorisés". De telles formules "pop", forgées par la télévision, sont destinées à nous persuader que les trente dernières années ont, par malchance et par l'effet d'erreurs politiques antérieures, créé une situation calamiteuse et en quelque sorte sans précédent, où un gouvernement a déjà bien du mal à ne pas sombrer et par conséquent quelques excuses à dériver. Mais n'est-ce pas expliquer la maladie, l'impuissance collective par une litanie de symptômes (crise, grève, chômage, choc pétrolier, désespoir, crimes, inflation, conflits) ? On nous dit que les mutations technologiques, l'incapacité des travailleurs non qualifiés à trouver un emploi et le désespoir qui en résulte, le poids excessif des impôts et l'action incessante des groupes de pression, ont entraîné des bouleversements culturels et institutionnels qui ont fait perdre aux gouvernements la capacité de tenir leur cap, de sorte qu'ils n'ont pratiquement plus d'autre solution que de s'accrocher à ce qui est, en fait, la social-démocratie, même quand ils lui donnent un autre nom.  

Ne peut-on affirmer cependant avec une égale vraisemblance que la réalité est exactement inverse, à savoir que, si les gouvernements ne s'étaient pas embourbés dans la social-démocratie, ces rigidités, ces déséquilibres et ces tensions s'avéreraient moins impossibles à maîtriser ?  

Il vaut peut-être mieux commencer par le commencement et remonter aux "causes premières" de la totale immobilisation des démocraties modernes, en nous efforçant de voir ce que sont devenus les principes qui, selon nous, doivent régler les rapports réciproques entre le peuple et son gouvernement. Quelle est l'origine du droit ? Comment les droits apparaissent-ils ? Comment reconnaîtra-t-on le bien et le mal, le juste et l'injuste, en cas de conflits de droits, d'obligations et d'intérêts ?  

En l'absence d'une source certaine et transcendante - et étant donné le peu de distinction que font les positivistes entre la justice et la loi - la théorie politique moderne finit par recourir à ce qu'on pourrait appeler l'éthique en circuit fermé. On élabore une théorie des relations sociales conformes à la justice à partir de notions morales communément admises, comme "la loyauté", "l'équité", "la protection que les forts doivent aux faibles", "suum cuique ". "le bien-être social", "à chacun selon ses mérites" (comme disaient, au 19ème siècle, les "socialistes utopiques"), "ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit", "la production a pour objet de satisfaire les besoins" - et autres formules de ce genre - tout cela sans ordre particulier et sans trop se soucier des contradictions. Ces notions servent de base à la théorie morale, à peu près de la même manière que la façon dont on emploie et associe les mots sert de base à la linguistique. Une fois érigée sur ces bases, cette théorie de la cohérence minimale nécessaire est confrontée à ses propres sources, c'est-à-dire aux intuitions et aux jugements moraux communément admis. Elle est mise à l'épreuve par ces intuitions en même temps qu'elle les met à l'épreuve, dans un processus circulaire de tâtonnement et de va-et-vient en circuit fermé, à l'intérieur duquel la théorie et sa source réagissent l'une sur l'autre en se modifiant réciproquement. 

Pour que le raisonnement suive son cours, il n'est pas nécessaire d'avancer la vieille thèse absurde qui pose que les choix des hommes s'expliquent entièrement par leurs intérêts et que leurs conditions d'existence déterminent leurs idées. Il suffit de ne pas croire que les idées et les valeurs morales qui guident les jugements pratiques de chacun pourraient survivre longtemps si elles heurtaient de front ses intérêts, et de soupçonner que ses intuitions morales sont hiérarchisées de façon à lui donner un sentiment de confort mental et d'harmonie avec ses conditions de vie. En période normale, la règle majoritaire impose pratiquement le programme "mou" à tout gouvernement qui ne désire pas perdre les élections suivantes. La suprématie de ce programme équivaut de fait à la dictature de l'électeur moyen, de l'homme parfaitement quelconque, du centre flottant.  

Naturellement, les programmes qui promettent le beurre et l'argent du beurre ne sont pas une invention moderne. Ils sont la conséquence mécanique de toute politique fondée sur le consentement, surtout à partir du moment où tous les participants ont en gros une influence égale sur le résultat (situation dont la forme extrême est le suffrage universel pur et simple, sans conditions censitaires ou de formation). C'est dire qu'en un sens de tels programmes sont aussi anciens que la politique elle-même, qui a toujours impliqué un certain degré de consentement. Pour un aspirant au pouvoir, il a toujours été risqué (ce qui ne veut pas toujours dire malavisé) de donner de lui une image dure, sans compromis.  

Mais quelle importance tout cela a-t-il ? Qui s'en soucie, en dehors de quelques puristes, gribouilleurs universitaires et nostalgiques d'un passé moins "synthétique" que le présent ? Pourquoi ne pas laisser la société gagner sur les deux tableaux si cela peut contenter tout le monde ? Pourquoi ne pas donner aux gens ce qu'ils veulent, y compris les compromis novateurs de la social-démocratie ? 

Tout à fait entre nous - pour ne pas être entendus des marxistes et des partisans d'une ingénierie sociale pragmatiste et se vantant de l'être qui se réjouiraient de notre embarras - avouons qu'il n'y a pas de raison pour que la formule "donner satisfaction aux citoyens" ait toujours un sens intelligible. Le plus souvent, elle n'en a aucun. Si Pierre est pour la chèvre et Paul pour le chou, pour qui sont Pierre et Paul ? Et ceux qui proposent allégrement de  "laisser la majorité en décider" (comme si la supériorité morale de la démocratie allait en quelque sorte de soi) se précipitent tête baissée dans l'abîme conceptuel qui sépare le choix de la majorité et la "somme" des préférences individuelles.  

Non seulement on ne passe pas naturellement des préférences des individus à une préférence collective (comme dit Keynes) mais une seule et même personne peut avoir des préférences anarchiques, incohérentes et contradictoires. En tant que père de famille, le citoyen préférera que l'État dépense davantage pour les écoles et pour les services de santé. En tant que contribuable, il souhaitera payer moins d'impôts. En tant que producteur, il sera favorable à l'augmentation des subventions et au remplacement de la concurrence "sauvage" par une sage réglementation. En tant que consommateur, il donnera la priorité à la baisse des prix et au ralentissement de l'inflation. Dites-lui qu'il déraisonne, qu'il ne peut au même moment vouloir une chose et son contraire. Faites-lui la leçon en lui rappelant que la diversité des rôles qu'il joue dans la société ne doit pas lui masquer la nécessité de réaliser des arbitrages entre les buts qu'il poursuit dans chacun de ces rôles. L'être doué de raison qu'il est accueillera avec un haussement d'épaules ces naïves et pédantes leçons. Il sait parfaitement ce qu'il doit faire. Il continuera tranquillement à réclamer toujours plus d'une chose sans accepter d'en avoir moins d'une autre, et refusera d'entendre parler d'arbitrage. À juste titre, d'ailleurs. Car un système politique qui a pour mission d'être sensible à ses exigences peut fort bien, avec un peu de chance, lui donner un peu plus de ce qu'il demande, en rognant imperceptiblement la part de tous les autres qui ne s'en apercevront même pas. En un mot, il fait une bonne affaire en resquillant aux dépens du public anonyme.  

Mais ce qui est de sa part un comportement intelligent et rationnel l'est aussi de la part de tous ceux qui sont placés comme lui par rapport à la communauté. Celui qui n'entre pas dans le jeu, parce qu'il est trop bien élevé, trop lent ou trop scrupuleux pour remplir ses poches aux dépens du Trésor public, découvrira qu'au bout du compte, d'une manière ou d'une autre, c'est lui qui paye pour les resquilleurs. Par un réflexe d'auto-défense, il sera enclin à devenir lui-même resquilleur, en regagnant d'un côté ce qu'il perd de l'autre. Une fois que tout le monde est devenu resquilleur aux dépens de tout le monde, c'est-à-dire une fois que l'État est amené à opérer en permanence une redistribution générale et réciproque, le système est au point, il a atteint son épanouissement logique. Par une conséquence certainement involontaire de la solidarité sociale, il aura appris à beaucoup de gens tout à fait convenables à se comporter en parasites s'ils ne veulent pas être les poires.  

Ce qui fait problème dans la social-démocratie "molle", du type "le beurre et l'argent du beurre", ce n'est pas qu'elle constitue une supercherie involontaire qui revient à faire cadeau à chacun de ce qui appartient aux autres, c'est qu'elle marche mal sans pouvoir se débarrasser de ses éléments incompatibles entre eux qui l'empêchent de marcher mieux. Pour rendre mutuellement compatibles les éléments qui composent le système, il faudrait en abandonner l'essentiel.  

On peut concevoir qu'une nation formée de citoyens dociles, disciplinés, relativement peu exigeants en même temps que durs à la peine, puisse se tirer d'affaire tant bien que mal avec un tel système, même si celui-ci devient chaque jour plus compliqué, plus inefficace et plus coûteux. L'Allemagne de l'Ouest qui, aussi bien sous les chrétiens-démocrates que sous les sociaux-démocrates, reste attachée à la recette de "l'économie sociale de marché", constitue un cas privilégié bien que sa réussite devienne moins concluante, elle a probablement encore un assez bel avenir. Les Suédois, apparemment mieux faits qu'aucun autre peuple pour la social-démocratie, vivent sous ce régime depuis deux générations et, malgré des effets pervers propres à faire dresser les cheveux sur la tête des sociologues conservateurs, des prophètes et des poètes, l'effondrement n'est pas en vue. Partout ailleurs, en revanche, dans les pays dont les citoyens sont moins dociles et moins disposés à accepter les conséquences de leurs choix, la social-démocratie classique conduit rapidement à une impasse.  

La rhétorique change, les bonnes intentions sont remplacées par d'autres qui ne le sont pas moins. L'État se montre un peu moins généreux pour accorder d'une main aux citoyens ce qu'ils demandent, parce qu'il a de plus en plus de mal à le leur reprendre de l'autre. A l'occasion, il lui arrive même de fulminer contre des resquilleurs trop manifestes (les "mères sociales", le syndicat des contrôleurs du trafic aérien, quelques gros fraudeurs du fisc …). On ne touche pas pour autant à la plupart des avantages acquis, parce que leur maintien conditionne le renouvellement continu du consensus politique. La seule différence est que les citoyens ont de plus en plus de mal à extorquer de nouveaux avantages, et par conséquent qu'il devient également plus difficile de déplacer le centre de gravité politique. 

 Aucune "nouvelle donne", avec de nouveaux groupes de gagnants et de perdants qui correspondraient à l'évolution de la conjoncture, n'est désormais possible. Cela tend à maintenir et même à bloquer complètement un modèle de redistribution à la fois complexe et très au point. Quant aux électeurs, fatigués, frustrés, se doutant vaguement qu'on les a trompés (même s'ils l'ont cherché, c'est le cas ou jamais de le dire), ils peuvent bien renvoyer une équipe usée et la remplacer par une nouvelle, mais naturellement pas plus une équipe que l'autre ne peut donner aux citoyens ce qu'ils demandent et en même temps lutter victorieusement contre les incitations perverses au parasitisme réciproque, à la stagnation et à la sclérose qui caractérisent le mécanisme de la social-démocratie. 

Libre pensée sur l'actualité : "Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient un jour être nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis, n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les règles de l'amitié ; ce n'est point une maxime morale, mais politique." La Bruyère 

Yann.
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