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ar, ne l’oublions pas, Analogos signifie avant tout proportionnel, qualifiant un rapport, un ratio entre 2 choses. Or, il n’y a rien de plus relatif qu’un ratio. A l’origine, analogie et anomalie s’opposaient, car elles servirent aux grammairiens pour désigner l’aspect systématique et l’opposer au caractère irrégulier et non systématique rencontré également dans ces mêmes langues. C’est pourquoi l’analogie aura besoin de l’anomalie pour transcender, compléter toute volonté d’acter une vérité plus générale. L’anomalie permettra ainsi d’inclure de l’information dans un système désigné comme « fermé ». Il y a 2 façons d’envoyer de l’information : 1°) d’une façon générale, la vie profane est quelque chose d’ouvert, donc de cumulatif et de sélectif : les informations ne se contentent pas de s’additionner à l’ensemble perçu, elles peuvent invalider certaines choses, qui disparaissent alors du champ intellectuel de l’observateur. Un exemple : un rapace s’abat sur un merle et le tue : un seul des 2 éléments subsistent, l’oiseau tué disparait définitivement. Un nouvel espace se reconstitue donc autour de ces faits, et un nouvel équilibre peut s’établir sans qu’il perturbe l’ordre général. 2°) Il n’en est pas de même dans un champ fermé tel que la légende d’un mythe : celle-ci a pour fonction de faire réagir le myste, donc l’observateur et de le pousser à émettre des avis et/ou faire des choix personnels, de le faire se questionner, différemment selon l’observateur, tout en conservant une trame narrative identique. Le seul moyen d’induire la pensée du myste sera alors de générer une anomalie au cœur du texte. L’anomalie sera communément pensée négativement, tout simplement par un rapprochement spécieux entre les adjectifs anomal, irrégularité, non-systématisme, et anormal, en dehors des normes.
La facilité ontologique conduira l’humain sur la voie la plus simple, la moins couteuse, à savoir associer anomalie à anormalité, ce qui est faux et impardonnable pour un Maître maçon. Nous constaterons ainsi que le rituel maçonnique est parsemé d’anomalies, qui seront des voies ouvertes à tester la sagacité, l’intelligence, l’esprit critique et la résilience de l’initié. La seule possibilité de modifier le contenu initiatique sans perte ni ajout sera de réorganiser les éléments présents selon un nouveau schéma. Car un myste évolue si l’énergie qui lui est communiquée par une anomalie dépasse sa volonté à rester statique ou indifférent. Les 2 1ers degrés du REAA ne renferment pas d’anomalies, tout simplement parce qu’ils sont entièrement voués à la structuration du jeune initié : l’enjeu n’autorise pas l’adjonction d’irrégularités, qui deviendraient alors consubstantielles à l’initié, ce qui n’est pas le but.
Pour utiliser une image simple, un traumatisme vécu par un enfant ou un adolescent, comme le sont quelque part l’apprenti et le compagnon peut se voir intégré dans l’histoire profonde de celui qui est en train de grandir, à la façon d’une bulle d’air dans une résine : l’anomalie à laquelle serait incapable de réagir l’apprenti ou le compagnon risquerait de les plomber pour longtemps. Alors qu’un adulte « fini » (à partir du grade de Maître) sera apte à identifier une anomalie à des fins didactiques. Par exemple au 3ème degré, l’anomalie survient lorsque Hiram Abif décide de ne pas donner le mot de maître aux 3 compagnons. Cette circonstance oblige à nous questionner sur les autres choix qu’il aurait pu faire : c’est la fonction du mythe. Hiram Abif est de plus « coincé « dans son espace-temps symbolique » (il essaiera sans succès de quitter la pièce), et en induisant l’anomalie, il va créer une réaction en chaine d’irrégularités qui verront les outils devenir des armes « par destination ».
L’anomalistique, dans son objet initiatique, jette donc les bases, au 3ème degré, de ce qu’elle sera tout au long des degrés du REAA c’est-à-dire 1°) qu’elle agira dans un milieu fermé tel celui du 3ème degré, où rien ne viendra permettre l’ évitement, formalisé par la course éperdue, effrénée d’Hiram Abif, à l’intérieur des murs du Temple, qui en sera le sanctuaire indépassable , et 2°) qu’elle obligera le « réarrangement » des choses existantes à travers l’ usage « dévié » des outils, devenus ici des armes par destination. Pour que l’anomalie ait toute sa puissance, en milieu initiatique, elle devra effectivement trouver un théâtre où toute son efficience pourra s’objectiver sans aucune perte. Cette efficience, cette objectivation se matérialiseront, dans les 2 degrés suivants, que je qualifierais de « prolongateurs » : au 4e degré, par une prise de conscience, et au 5e degré, par un positionnement validant cette prise de conscience. Passer de Maître souverain à serviteur liturgique (lévite) ne sera pas, ainsi, une régression, mais au contraire une façon de se tourner en direction du principe créateur, ce que le rituel qualifie de « pénétration dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ». Dès lors, Le Maître Secret deviendra Parfait à partir du moment où il aura pris la mesure de la mort d’Hiram Abif en une juste attitude, faite d’une dualité matière-esprit qu’il convenait de dénicher derrière le statut trop monolithique, trop exclusif de Hiram Abif. Il existe, en plus, une articulation « transversale », ontologique entre certaines anomalies, tout simplement parce que les remous qu’elles induisent se diffuseront comme des cercles concentriques, qui transcenderont alors en sous-main la légende déclarative et manifeste.
Par exemple, l’articulation entre l’anomalie du 3ème degré, donc de la non-divulgation du Mot des Maîtres, et celle de la « curiosité », où l’effraction violente de Johaben, « fils de Dieu », c’est-à-dire symboliquement le continuateur de Hiram Abif, permettra de reconstituer une triplette qui aurait permis, si elle avait été effective plus tôt, d’éviter le carnage du 3ème degré. Il faut bien comprendre que l’anomalie décrite, par exemple « la curiosité », obéit avant tout à sa signification étymologique, d « irrégularité génératrice d’information ». Car le maître- mot qui définit l’anomalie dans le cadre initiatique est celui, je le répète, d’une transmission destinée soit à légitimer le passé, comme ici, soit à « lubrifier » le futur. Ici le milieu fermé sera constitué par la salle d’audience du palais de Salomon
Suite à ce don d’informations grâce au Secrétaire Intime, les deux degrés suivants agiront comme le résultat d’une souveraineté plus large, collective, apaisée, appelant à ressentir l’équilibre intérieur d’une créature maintenant parfaitement constituée. Au degré caractérisé par la justice et la clé d’or, Cette harmonisation des fonctions exécutives du récipiendaire, sera représentée par les ouvriers, en les étalonnant et en les référant au principe universel. La dernière main se réalisera au degré des cinq points de fidélité par l’ornementation du Temple, plus précisément par la décoration de la 3e chambre secrète dudit Temple, prémisse vécue par un Prévôt et Juge qui nous disait déjà, dans l’instruction, au regard du travail accompli : « j’ai embelli le tombeau de notre cher Maître Hiram ». Ainsi, le passage du degré de justice avec sa clé d’or à celui des 5 points de fidélité sera celui de l’organisation à l’organisme, de l’ordonnancement à l’ordre, de la régulation à la régularité, de la montée en puissance à l’avènement.
La 3ème anomalie se déroulera alors au degré où le bijou est un poignard utilisé dans une caverne, par l’acte précipité de Johaben, décapitant Abiram qui fut ce compagnon qui mit le coup létal à Hiram Abif. Contexte toujours constant lors de l’apparition d’une anomalie : d’abord le milieu, tellurique et limité, une caverne, et ensuite un réarrangement des éléments narratifs, à 2 égards : 1°) semblant gagné par la fatalité de sa disparition prochaine, Abiram exposait à ses pieds, sciemment, le poignard nécessaire à son élimination : il y a là inversion de l’usage de l’arme, qui n’est pas au départ possédé par Johaben, mais par Abiram. 2°) de plus, le mot sacré Nekam (vengeance) n’est pas prononcé par l’assaillant mais par l’assailli : ce double croisement des prérogatives vient ici réagencer les éléments narratifs. Nous constatons ici 2 nouveaux points anomalistiques. 1er point ,le « temps anomalistique » transcende véritablement la légende déclarative, et son immanence au sein de ladite légende le conduira à en épouser la dualité constitutive: donc l’anomalie , pour s’adosser au narratif pourra se voir déclinée en un aspect« fonctionnel » : course erratique au 3ème degré , effraction au degré de curiosité, et décapitation dans la caverne ; et un aspect « structurel » : 3 grands coups au 3ème degré , intégration collégiale au degré de curiosité, et la clémence réparatrice après l’épisode de la caverne . 2ème point, lorsque le « temps anomalistique » s’insère, s’inscrit dans le déroulé narratif, il possède 3 cinétiques fondamentales, un 1er temps d’« intentionnalité »,qui installe le phénomène, justifié par le contexte ; un 2ème temps, qui est le contenu même de l’anomalie, et un 3ème temps, qui est celui de l’ « élusivité », qui empêchera l’évènement anomalistique de perdurer plus que nécessaire, car là n’est pas sa fonction : l’anomalie se doit en effet d’être assimilée rapidement, eu égard à sa fonction qui est d’induire et non de conduire.
Intentionnalité et élusivité marqueront les bornes de la séquence anomale : ces 2 bornes sont en fait de même nature, c’est leur position respective qui en fondera la qualification : l’intentionnalité, c’est par exemple l’irruption violente de Johaben, à sa curiosité, son action précipitée dans la caverne, et l’élusivité est caractérisée alors par la rapidité des 2 rois à pardonner, lors de ses 2 exactions, ledit Johaben. Lorsque cette phase sera digérée, le temps s’écoulera plus lentement : j’en veux pour preuve le degré illustre de peuple élu, où chaque moment (diffusion de l’information, capture acheminement, séquestration, torture) sera numériquement déterminé, suggérant subjectivement des temps longs (il n’y a rien de plus long qu’une minute qu’on égrène…), et objectivement une soumission dudit temps, numériquement déterminé, sous la coupe de la rationalité et de la structuration éclairée.
Ce degré mettra en jeu la cognition, qui ne se manifeste ouvertement qu’à l’aune de la conscience. C’est aussi pourquoi, au degré d’illustre peuple élu, l’anomalie n’est pas nécessaire, son sens premier d’information a déjà été délivré au degré précédent, par le biais d’une chaine de connaissance (on passera ainsi du sort, désincarné, inconnu, à une personnalisation cognitive nommée : Bengabée, puis Ma’akah, puis Salomon…). L’anomalie ne s’entend pas sur le registre moral, c’est pourquoi la torture des 2 derniers mauvais compagnons correspond simplement à une méthode codifiée, régie, comme furent les temps de capture, d’acheminement, de séquestration, et donc de supplice desdits compagnons par une gouvernance maîtrisée.
Thierry Didier À SUIVRE…
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