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a suite de l’Histoire se déroulera aux 11ème et 12èmedegrés, qui serviront à « digérer, prolonger, compléter » l’anomalie. Et le passage du 10e degré au 11e degré sera celui de Emeth, la Vérité, à Emerek, l’« Homme vrai en toutes circonstances » : on passera d’un concept encore désincarné, à son incarnation au cœur du Sublime Chevalier Élu. Enfin, le candidat Grand Maître Architecte fera, au 12ème degré trois fois le tour du temple, en notifiant ses lignes structurelles, signifiant qu’il est maintenant apte à jeter un regard sur lui-même, et mieux, sur ce qui l’a fondé. Cette liberté constitutionnelle de l’initié Grand Maître Architecte va amener à la 4ème anomalie, celle qui apparaitra au 13ème degré, sous la forme de Guibulum, « l’électron libre ». Au 13ème degré, L’affairement des 2 compères Stolkin et Johaben, sous forme d’une agitation, d’une effervescence en surface, correspond à un effet-levier objectivé par leur refus de succéder à Guibulum dans sa descente progressive de la crypte voûtée, le « condamnant » alors à s’enfoncer plus avant. Symboliquement, l’initié se voit scindé entre d’une part, Johaben et Stolkin restés en surface, assurant une nécessaire base arrière, entérinant alors les découvertes de Guibulum mais refusant de le relayer. C’est qu’initiatiquement leur heure est venue plus tôt : Johaben a porté en son temps une transgression dont les valeurs et conséquences ont contribué aux principes d’un monde remodelé. Même chose pour Stolkin, qui fut le découvreur du corps d’Hiram Abif. Nous retrouvons au grade de Chevalier de Royal-Arche les 2 caractéristiques de l’anomalie, à savoir un réarrangement des rôles, celui des 3 compères, et un milieu délimité, celui de la crypte voûtée située sous le sanctuaire du Temple, cantonnant l’irrégularité, sanctionnant l « ’effondrement lumineux » de la paroi de la 9èmevoute.
La descente de Guibulum s’apparentera ainsi à un compromis permanent entre une voie que l’on subodore sacrée, (Guibulum) et les contingences d’un être limité par sa corporéité et son entendement (Johaben et Stolkin). Cette chair, celle de Guibulum le constructeur, ceint d’une corde, sera soumise aux aléas anomalistiques d’une descente incertaine, hachée et quelque peu laborieuse, car la chair a la fragilité de l’éphémère et du temporel. La sentence maçonnique : « Guibulum est un bon maçon », vient entériner ses qualités mises à jour par son parcours anomalistique, sachant que le qualificatif « bon » dérivé du latin bonus, signifie dès le IXème siècle, « convenable estimable, brave et bienveillant ». Excusez du peu. Le degré suivant, celui de Grand Élu de la Voûte Sacrée, va révéler l’individu dans sa profonde simplicité.
Cette potentialité ne peut être mieux illustrée qu’au 14e degré, degré « prolongateur » où l’ensemble des acteurs des degrés précédents se voient rassemblés, de plus dans un endroit qui possède tous les attributs du Temple de Salomon. Même l’ensemble des nombres évoqués et des mots sacrés et de passe nous fait survoler les degrés déjà constitués. On a le sentiment d’une « condensation » d’éléments à même de nous ouvrir la future voie de l’incarnation du principe. Le 14ème degré, tout comme d’ailleurs, nous le verrons, les 18ème et 30èmedegrés, ne seront donc pas anomalistiques, mais porteront au contraire cet équilibre qui sied aux ensembles finis.
Rien que de très normal, puisque ces grades-là déterminent des fins de cycle dont le but, est, soit, d’entériner les contenus antérieurs, mais aussi de ne pas obérer la suite… L’exception sera venue de l’anomalie constatée au 3ème degré, qui fut également une fin de cycle, mais bien particulière, correspondant à l’achèvement des degrés symboliques. Contrairement à l’anormalité, l’anomalie n’a pas de coloration morale : j’en veux pour preuve la double anomalie, ou plutôt l’anomalie duale portée par Zorobabel, au 15ème degré du REAA, le rituel nous dit : « …elles (les troupes ennemies de Zorobabel) attaquèrent sur le pont du Starbuzanaï […] mais furent mises en pièces jusqu’au dernier […] alors que les hébreux ne subirent aucun perte ». Ce fait d’armes unilatéral, très surprenant, caractérise la 1èrepartie de cette 5ème anomalie, à laquelle répondra plus tard une seconde partie, celle où Zorobabel et les siens se devront de combattre « tenant la truelle d’une main et l’épée de l’autre ». Un peu comme Hiram Abif en son temps, loué puis fragilisé, les louanges extrêmes censées encenser un Zorobabel tout-puissant lors de son affrontement sur le pont du Starbuzanaï l’affaiblirent, contraint de s’écarteler plus tard entre combat et construction. Pour utiliser une métaphore médicale, n’est immunisé contre les virus que celui qui y fut confronté auparavant. Zorobabel n’a pas ici engrangé les « bénéfices » d’une frustration suffisante qui aurait été générée par, au moins, des pertes relatives, et ce manque d’expérience lui sera préjudiciable face aux samaritains, dans son impuissance à reconstruire seul le Temple.
Le cas de conscience de Zorobabel, dans son impuissance à reconstruire seul le Temple illustre la désunion symbolique de ses 2 bras, porteurs de 2 objets de nature différente : truelle et épée. Le constat d’un écartèlement physique et moral, se verra objectivé au degré suivant, par la transposition cosmologique de cette opposition intestine en une lutte front à front du Bien et du Mal : ce sera l’Apocalypse (17e degré). L’acte révélatif de l’Apocalypse, au 17ème degré, qui est une forme de résolution des contraires, ne doit donc pas être considéré comme anomalistique mais conséquent, inhérent au déchirement intérieur et à l’opposition intestine au sein même de Zorobabel. Nous pourrions aussi, il est vrai, symboliser cette double fonction de combat et de construction comme une omnipotence salutaire, mais le besoin, ensuite, de s’appuyer sur une ambassade en démontreront l’invalidité.
Nous avons là un magnifique exemple de « digestion », au degré suivant (16ème degré), de l’acte anomalistique par l’adjonction d’une « délégation diplomatique », qui viendra réarranger le narratif. D’ailleurs, les mots de passe et sacré, qui caractérisent toujours l’essence d’un degré et en même temps viennent entériner les mouvements des degrés antérieurs, sont, au 17ème degré, « Abaddon et Guibulum », signifiant destruction et construction, avalisant, longtemps avant la théorie schumpetérienne de la destruction créatrice, l’anomalie de l’épée et de la truelle. Puis le 18e degré fera émerger de ce combat un germe, la centralité du Chevalier Rose+Croix, centre unique qui, en se multipliant créera par métonymie un pont au 19e degré permettant de libérer ces flux d’énergie que matérialiseront les croisés, au 20e degré, forts d’une violence martiale conditionnée par leur jeunesse et la nécessité de leur action.
Á la manière d’un canal d’irrigation permettant d’établir sur une terre sèche et stérile une circulation d’eau qui la rendra fertile, le pont établi au 19e degré va autoriser, au 20e degré, la circulation, le passage, le voyage d’éléments symboliques nouveaux, identifiés narrativement aux Croisés du moyen âge. Tous ces évènements, du 18ème au 20ème degré inclus, ne se verront couler de source que grâce à la réorganisation fondatrice préalable du 15ème degré du REAA. Le 21ème degré sera pétri d’ésotérisme. Cet ésotérisme maçonnique est difficile à débusquer mais il est présent à chaque instant, et ceci à tous les degrés. Il va donc falloir générer des anomalies à même de voiler l’évident, le temps linéaire et l’espace infini. La première anomalie à ce degré sera l’évocation rétrograde d’un fait considéré comme fondateur : ici, le fait que nous soyons tous des descendants de Noé, patriarche antédiluvien nous évoque d’emblée un monde dégagé du seul narratif salomonien. Il y a une constante dans nos légendes initiatiques, c’est qu’à chaque fois que l’on creuse symboliquement, cette action induit une antériorité : au 13e degré et au 21e degré, ce sera Hénoch, car il est dit dans l’Ancien Testament qu’« Hénoch marcha avec Dieu et disparut », il ne meurt pas, et cette anomalie le détache de cette temporalité qui affecte la plupart des autres acteurs de la Bible (sauf le prophète Élie). Cette anomalie fera d’Hénoch un présupposé dégagé des aléas de la vie. De plus, l’ésotérisme est ressenti chez le commun comme abscons, sibyllin, voire primal : l’évocation, au 21e degré, de la pénitence de Phaleg, errant parmi les terres gelées et acides du sol prussien composé d’un sel corrosif et stérilisant, et le creusement minéral de fragments grisâtres, informes et poussiéreux vont compléter cette évocation afin de nous préparer à nous engager dans les affres supposées de cette pensée occultée et hermétique.
Et c’est là où la confusion des langues, la pleine lune de mars et le Temple de Phaleg évoqués dans l’instruction du grade, deviendront des supports anomalistiques visant à trouver et à illustrer cette réalité. Ce désaccord anomalistique s’illustrera bibliquement par la confusion des langues, et initiatiquement par la gouvernance lunaire, c’est-à-dire la confusion des formes. La confusion des langues exprimée ici n’est pas simplement l’incompréhension mutuelle devant les langages vernaculaires, elle est surtout l’anomalie disruptive entre langage ésotérique et langage exotérique, anomalie car ces 2 modes ne se séparent pas lorsque le projet initiatique est réussi. La pleine lune, qui préside aux travaux, faite de reflet nocturne et de matérialité brute, nous obligera à cantonner notre pensée dans un entre-soi qui est une forme particulière de célébration de la vie.
La lumière lunaire, centripète, reflètera et pénètrera ses propres difformités : ainsi, les couleurs se feront ici plus grises, les formes moins circonscrites et les paroles plus marquées : un climat particulier pourra apparaître, qui rendra plus exigeante la tenure, car dans la pénombre anomalistique, rien n’est caché. La confusion des langues obligera les hommes à se créer leur propre vision du monde, façon de libérer, d’émanciper le Peuple en peuples. La construction de la Tour de Babel se fera en quelque sorte « en creux », par rapport au Temple qui est, lui, le lieu de la présence divine, se manifestant le jour par des nuées et la nuit par des flammes, symboles solaires et ostensibles.
Thierry Didier. À SUIVRE…
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