Le changement : c'est maintenant !
Déplacer les meubles est un sport aimé de toutes les femmes. Pour ma part j'ai toujours vu ma mère le pratiquer avec beaucoup d'enthousiasme. Périodiquement, elle était prise d'un besoin de changement qui n'était pas sans rapport avec l'instinct migrateur de certains oiseaux. Il fallait à tout prix qu'elle s'évade d'un décor trop connu, qu'elle cherche de nouveaux horizons. Alors elle transformait le vaisselier de la salle à manger en bibliothèque et le transportait dans la chambre à coucher, elle poussait la console Empire jusque dans le couloir et la remplaçait par une table rustique récupérée au fond du jardin. Je me rappelle avoir connu en deux ans huit emplacements pour le poste de radio, dont un sous l'évier dans la cuisine.
Mon père, qui était un homme calme, supportait assez bien ces changements. Il avait des goûts casaniers, et savait bien que si le trop-plein d'énergie circulante de sa femme n'avait point cette issue pour s'écouler, il lui faudrait, bon gré, mal gré, faire de vrais voyages. Une fois, pourtant, il crut avoir atteint la limite de sa patience lorsque le goût du changement de ma mère s'exerça moins dans le sens du tourisme que dans celui de l'histoire. Ce ne sont plus des changements d'horizon qu'elle cherchait, mais des renaissances, des reconstitutions de styles. Les modifications qu'allait subir le mobilier sous son influence seraient qualitatives et non quantitatives.
Je garde en mémoire le buffet de salle à manger. A l'origine, un buffet standard, style IIIème République, acheté à crédit, voici deux générations, dans une de ces solides et traditionnelles maisons de meubles qui semblent s'être donné pour mission de faire accéder la classe ouvrière à toutes les jouissances du mauvais goût bourgeois. Tout y était: ce fronton tarabiscoté, les fausses colonnes moulées de part et d'autre des portes, la galerie avec encorbellements et vaisselier qui sépare la partie haute et la partie basse, les sculptures rapportées qui représentent un bouquet d'immangeables fruits exotiques attachés ensemble par un flot de ruban. En ce qui concernait mon père, cela ne le gênait guère : le mauvais goût était pour lui, comme pour moi, une seconde nature.
Ma mère était moins malléable, et comme ni elle, ni mon père n'avaient les moyens de se payer d'autres meubles, ce fut le buffet qui céda. La méthode, fort simple, était fondée sur la soustraction. Ma mère a d'abord enlevé la galerie pour la transformer en étagère à livres. Diminué en hauteur de près de trente centimètres, le buffet est immédiatement devenu un meuble de style Henri IV le plus pur. Quelques temps plus tard, ma mère s'est avisée de supprimer le fronton, obtenant ainsi un bahut breton tout à fait typique. Ce fut pourtant un demi-succès car il fut impossible de trouver un emploi pour le fronton. Dernièrement, je l'ai trouvé au grenier de la maison familiale et je le laisserai partir pour un prix avantageux. Enfin, dernière transformation, les fausses colonnes ont disparu sans doute un jour de grand froid où il n'y rien pour allumer le chauffage central. Le résultat final fut appelé, pour des raisons assez vagues, du " colonial hollandais ".
Mais, au fond, pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que ces souvenirs me font penser aux méthodes qui président aux remaniements ministériels.
YANN
ABONNEZ-VOUS EN DÉPOSANT UNE ADRESSE MAIL DANS LA FENÈTRE S’INSCRIRE A LA NEWSLETTER. (GRATUIT)
POUR LES ABONNES : IL EST POSSIBLE DE RECEVOIR GRATUITEMENT LES TEXTES DES ARTICLES AU FORMAT WORD EN ECRIVANT A L’ADRESSE SUIVANTE :
INFO : LE BLOG RESPECTE LA LOI RGPD
WWW.LAFRANCMACONNERIEAUCOEUR.COM
DÉSABONNEMENT SUR SIMPLE DEMANDE SUR LE SITE OU À L’ADRESSE MAIL : COURRIERLAFMAUCOEUR@GMAIL.COM
ASTUCE : CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGGRANDIR.
FAITES CONNAÎTRE LE BLOG À VOS AMIS.
/image%2F1752520%2F20250915%2Fob_1e0699_capture-d-ecran-2025-08-29-a-08-07.png)
/image%2F1752520%2F20250915%2Fob_5f7c74_img-2402.jpeg)