COURTE RÉFLEXION SUR LE DEVOIR.
Il est plus facile de faire son Devoir que de le connaître. Cette affirmation interroge. Et si faire son Devoir avait un sens moral, en rapport avec notre morale propre individuelle, en quelque sort agir sous le regard du tribunal de sa conscience, de son être intérieur. Faire son Devoir serait alors si personnel que cela aboutit à une sorte d’idiosyncrasie. Je m’explique l’idiosyncrasie est une manière d’être particulière à chacun qui amène à un comportement propre, individuel. Alors chacun sa morale ? C’est un peu court, le Devoir serait alors si personnel qu’il n’aurait rien d’universel donc de moral, puisque admis par moi-même seulement, ce serait égoïsme pur et justification de désordre chacun ayant sa morale propre et serait incapable de toute sociabilité, de toute fraternité, de toute notion d’égalité, il ne serait même pas libre puisque qu’enfermé dans ses certitudes. Mon devoir ne serait pas le Devoir, mais un devoir particulier. Kant nous donne la solution pour sortir de ce qui a l’apparence d’une aporie. Nous pouvons être soi, penser par nous-mêmes, être nous-mêmes, mais aussi porter notre regard au-delà de nous-mêmes vers les autres. Faire son Devoir c’est alors faire en sorte de devenir universel nous-mêmes et manifester son respect pour l’humanité dans l’autre, la loi morale dans l’autre, la raison dans l’autre. Notre devoir, (petit d) devient alors le Devoir. (Grand d) Nous sortons ainsi de l’idiosyncrasie qui accorde plus d’importance à l’amour de soi qu’à l’Amour des autres et à la loi universelle. La Franc-maçonnerie permet avec son initiation spécifique cette réalisation du Devoir, puisqu’elle associe l’initiation individuelle et le cadre collectif : sans mes frères je ne suis rien, je ne peux rien faire de grand !
Cela répond aussi à mon sens à la répulsion compréhensive que nourrissait Hannah Arendt vis-à-vis du devoir : Je hais le mot « devoir ». Je ne vois aucune noblesse dans le devoir. Cela me rappelle Eichmann, qui déclarait devant ses juges à Jérusalem qu’il n’avait fait qu’accomplir son devoir et rien d’autre [1]
Il faut donc toujours parler du Devoir avec un grand D, et faire comme Kant se rapprocher d’Aristote[2]qui considérait la justice comme la somme de toutes les vertus dans nos relations avec les autres, la pratique des vertus morales est un Devoir envers soi-même, et a pour conséquence le bonheur nous pas pour soi-même mais pour les autres, là est notre Devoir. Il n’y a donc plus rien à dire, mais à faire…
Jean-François Guerry.
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