Il est des vertus silencieuses qu’il faut nommer. La pudeur, par exemple — non comme contrainte mais comme respiration. Dans un monde surexposé, elle seule nous apprend encore à approcher l’autre sans le profaner, à laisser la beauté se révéler dans le secret du voile.
Connaît-on encore la pudeur, en ces temps brutaux d’exhibition permanente ? Réhabilitons-la… Non comme un « cachez ce sein » hypocrite, ni comme un père-la-pudeur moralisateur, mais comme un souffle léger de fin silence.
La pudeur n’est pas qu’affaire de corps ; elle est ce qui rend nos relations humaines respirables. Elle est l’art de laisser à l’autre son secret, un espace intérieur, un jardin secret. Pudeur des sentiments, des mots, des gestes qu’on retient pour ne pas blesser : délicatesse du cœur qui approche l’autre non pour le dévorer, mais pour l’accueillir.
La honte doit changer de camp. Elle n’est plus chez les timides, les silencieux, les discrets, mais chez les cyniques, les voyeuristes, ceux qui s’exposent sans retenue, qui confondent sincérité et exhibition. À force de tout montrer, ils détruisent l’espace du lien, ils étouffent le mystère.
Contre cette brutalité, nous avons besoin de voile. Comme le Voile d’Isis, ce que la nature montre en se cachant, ce qu’elle dévoile en se voilant. Le bourgeon fermé annonce la fleur. La brume sur la mer la rend plus vaste. Ce n’est pas un refus, c’est une invitation, une découverte progressive, patiente, respectueuse.
Nous avons besoin de passages subtils, de la discrétion au secret, de la retenue à l’offrande, jusqu’à la juste approche de l’autre, là où renaissent souffle, grâce et profondeur.
La pudeur comme une fidélité : à soi, à l’autre, à la beauté fragile des mondes.
Ne perdrez pas de temps.
Sans pudeur je vous le dis, ne perdez pas de temps.
Dites que vous les aimez, à ceux que vous aimez.
Dites-le aujourd'hui demain il sera trop tard.
Nous ne disons jamais assez à ceux que l'on aime, que nous les aimons.
Sans naïveté, l'Amour désamorce le pire, il nous rend heureux et heureux ceux qu'on aime.
Ne perdrez pas de temps, dites que vous les aimez, à ceux que vous aimez.
Et dites aussi à ceux qui ne vous aime pas, que vous les aimez. Parce qu'ils sont comme vous des femmes et des hommes, quoi de plus beau qu'un homme, malgré ses défauts, malgré tout, l'homme reste un homme. Affirmer le contraire, c'est désespérer des autres et de soi-même.
Sans pudeur dites aux femmes et aux hommes que vous aimez, que vous les aimez.
Jean-François Guerry.
Georges Brassens.
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