FRAGMENTS DE RÉFLEXION-V-
Dans la poursuite de la réflexion sur « Qu’est-ce qu’une nation ? », la conférence d’Ernest Renan de 1882. Ce que nous avons vu pour la race, il faut le dire de la langue.
« La langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. »
L’exemple donné par Renan :
« La Suisse, si bien faite, puisqu’elle a été faite par l’assentiment de ses différentes parties, compte trois ou quatre langues. Il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté. La volonté de la Suisse d’être unie, malgré la variété de ses idiomes, est un fait bien plus important qu’une similitude obtenue par des vexations. »
Renan ne fut pourtant pas infaillible dans ses jugements, quand il écrit :
« Un fait honorable pour la France, c’est qu’elle n’a jamais cherché à obtenir l’unité de la langue par des mesures de coercition. »
Il semble avoir oublié les obligations faites aux Bretons de renoncer à la langue bretonne, ainsi que les brimades qui s’ensuivirent ! La pratique obligatoire de la langue française a souvent été associée au fait de faire nation. Les Bretons, les Basques, les Corses, les Occitans, les Alsaciens qui furent nos grands-parents s’en souviennent.
Il écrit pourtant :
« Ne peut-on pas avoir les mêmes sentiments et les mêmes pensées, aimer les mêmes choses en des langages différents ? »
« L’importance politique qu’on attache aux langues vient de ce que l’on les regarde comme des signes de race. Rien n’est plus faux. »
« On quitte le grand air qu’on respire dans le vaste champ de l’humanité pour s’enfermer dans des conventicules de compatriotes. »
L’humanité, la fraternité, ne saurait se réduire à la pratique d’une langue.
« Avant la culture allemande, française, italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’Antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain ; ils s’y dévouaient corps et âme. Comme ils le firent bien ! »
Bien sûr, à cet instant, nous pensons à Marsile Ficin, à Pic de la Mirandole, Galilée, Giordano Bruno, Léonard de Vinci et, avant eux, Érasme.
À suivre… La religion, qui ne saurait non plus offrir une base suffisante à l’établissement d’une nationalité moderne. Renan pensait à 1905 déjà en 1882 !
Jean-François Guerry.
FRATERNITÉ POÈME DE PHILIPPE JOUVERT
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