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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Elie Vidrequin
Étiquette 450 FM

Étiquette 450 FM

La parole est donnée à Elie Vidrequin à propos du Rite. Compte-tenu de la densité de sa réflexion elle vous sera communiquée en plusieurs fois. Il est néanmoins possible d'obtenir l'intégralité du texte immédiatement sur simple demande à l'adresse mail suivante:
courrierlafmaucoeur@gmail.com
Bonne lecture et surtout bonne méditation.
Jean-François Guerry. 

Le Rite, principe fondamental de la Franc-Maçonnerie

L'inspiration traditionnelle

L'inspiration traditionnelle

 

Nous pouvons penser que les traditions des constructeurs, des chevaliers, des gnostiques ne correspondent plus aux exigences d'une initiation moderne. Nous pouvons exprimer le désir de changer la figure et l'expression de ce que nous reconnaissons comme les sources de notre démarche spirituelle et le fondement de notre action temporelle. Nous pouvons imaginer qu'à une époque où les métiers ne sont plus que des techniques, les combats pour la justice et la dignité, aux dires de certains, d'un autre âge, la recherche de la Lumière une exigence illusoire, nos rituels ne sont plus accordés aux impératifs de la vie et du monde moderne. Nous le pouvons, pourquoi pas ? Mais il faut savoir ce que l'on veut. Je crois qu'il est possible de caractériser la nouvelle situation de l'homme dans le monde comme la plus précaire et la plus glorieuse qu'il lui ait jamais été donné de connaître. La plus glorieuse car le triomphe des techniques fait de l'homme un prodigieux conquérant ; la plus précaire parce que nous sommes tous aussi incertains que jamais de notre devenir.

      En fait, les informations nous assaillent, les contraintes nous paralysent, les techniques nous aveuglent. Dans ces conditions peut-on garder encore quelque illusion sur la maîtrise que nous pouvons exercer sur nos pensées et sur nos actes ? Nul ne contestera combien sont difficiles les voies de la sagesse et combien d'êtres désemparés se vouent à toutes les exigences plus ou moins authentiques de mages, de yoghi, voire de charlatans purs et simples, faute de percevoir ce que notre Ordre maçonnique leur offre de prudente approche spirituelle, de progression mesurée, de modestes découvertes, certes, mais de fraternelle sécurité. Ce qu'il manque à ce monde, ce n'est pas une âme, c'est véritablement un corps pour la porter. Sinon un corps, du moins des principes pour soutenir cette espérance. Et, puisque les hommes ne savent plus où trouver la foi, faut-il beaucoup de vanité pour croire que c'est encore possible dans nos Loges ?

   Il revient d'affirmer que toute société (et notre société initiatique plus spécialement) est animée d'un double courant qui inspire sa vie organique. Un courant ascendant qui porte en lui la richesse des peuples, les aspirations du grand nombre, les exigences immédiates, manifestées sous les formes diverses et multiples des rapports d'intérêt, de puissance et de droit. Et un courant descendant, moins abondant mais plus pur, qui déverse les clartés de la connaissance, qui expose les préceptes de la sagesse et se manifeste sous la forme permanente d'une exigence de désintéressement, de libération d'harmonie. Or ce double courant, que nous constatons dans toutes les sociétés réellement constituées organiquement, paraît indispensable à la vie mais à l'Ordre même. Nous le retrouvons sur tous les plans, évidemment sous des aspects différents, mais analogiques et parfaitement comparables. L'un de ces mouvements, vers le bas et l'harmonisation, est manifestation de liberté ; l'autre, vers le haut et l'uniformisation, est effet de la nécessité. Une société, une cellule mais certainement aussi un monde ou un univers cosmique où ces deux mouvements ne s'accorderaient pas serait rapidement voué à la ruine. On comprend mieux, dès lors, le rôle majeur du Rite dans nos Ateliers placés au point de rencontre de ces deux courants.

       Que serions-nous sans lui ? J'ai, quant à moi, le sentiment qu'il ne serait pas difficile de trouver des itinéraires pervers que certains ne manqueraient de qualifier d'ouvertures originales. L'accord avec les exigences du monde moderne ? C'est le leitmotiv d'une génération de Maçons qui reprochent au Rite son formalisme, son ésotérisme, sa figuration d'un état culturel prétendument dépassé. À la limite le Rite toucherait à l'âge fétichiste voire à l'infantilisme. Parler de Dieu comme les hommes nos ancêtres, en ont parlé, serait-ce se diminuer, serait-ce y croire ? Et pourtant, qui n'a jamais prétendu que la culture était autre chose que le sentiment bien compris des tentatives passées, des efforts continus, des espérances ferventes de l'humanité en marche vers l'avenir ? Nous n'avancerons pas sans avoir reconnu par quels chemins sont passés les hommes qui nous ont fait ce que nous sommes. Il y a quand même un peu trop d'orgueil et de stupidité à croire que le monde est né avec nous, même si chacun, de nous représente une nouvelle chance pour l'humanité.

        Quoi qu'il en soit, il paraît nécessaire d'affirmer quelques exigences rigoureuses quant au Rite. La première est celle de la signification et de la cohérence du Rite. Un Rite doit intégrer les données de la connaissance sur tous les plans : de l'homme, de la vie, de l'ordre universel et de l'expérience vécue. En ces matières, il est très difficile de savoir sur quoi débouche une initiation. On juge l'arbre à ses fruits. L'ancienneté des rituels permet de s'assurer sur ce point quant aux effets de leur mise en œuvre. Mais, aspect beaucoup plus important de la question, un Rite n'est pas une création rationnelle. S'il est œuvre où l'esprit et l'expérience conjuguent leurs efforts pour l'élaboration d'une méthode, il est exclu d'espérer qu'elle surgira toute achevée de l'esprit d'un homme. Il faut de longues confrontations pour découvrir le sens d'un Rite. Les grands thèmes de la tradition viennent du fond des temps et leur mise en œuvre est une lente, très lente épreuve de l'esprit humain face à ses problèmes. Bouddha, Jésus ont exalté la flamme et marqué des moments de l'humanité mais ils n'ont été que des signes dont les générations qui les ont précédés, comme celles qui les ont suivis, ont porté l'expression jusqu'aux aspects que nous connaissons. C'est en ce sens, d'ailleurs, que leur existence historique n'a pas grand intérêt. Il semble que les Rites naissent d'une rencontre entre des traditions qui cherchent une formule et des images et des sages qui savent traduire les aspirations de l'homme, comme les nécessités de sa condition, en fonction de la sensibilité des temps. Il y a des âges de l'homme et, sans doute, à chacun ses caractères propres et ses formes d'initiation.

Elie Vidrequin.

À SUIVRE...

Le Rite Elie Vidrequin - Part II
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LA LUMIÈRE DU RITE 
Le Rite Elie Vidrequin - Part II

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Publié le par Elie Vidrequin.
Étiquette 450 FM

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Un moment de respiration, je pose les Essais de théodicée temporairement pour laisser la parole à Elie Vidrequin à propos du Rite. Compte-tenu de la densité de sa réflexion elle vous sera communiquée en plusieurs fois. Il est néanmoins possible d'obtenir l'intégralité du texte immédiatement sur simple demande à l'adresse mail suivante:
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Bonne lecture et surtout bonne méditation.
Jean-François Guerry. 
LE RITE PARTIE I
LE RITE - Elie Vidrequin.
        "Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés".

Le Rite, principe fondamental de la Franc-Maçonnerie

*

Dans le cadre de la Franc-Maçonnerie du 21ème siècle se développent un certain nombre de systèmes initiatiques. Ils sont caractérisés par le particularisme de leurs rites et l'orientation spécifique de l'itinéraire initiatique subi par leurs adeptes, S'ils comportent tous au moins trois degrés, ils se développent selon des étapes dont le nombre peut varier. Ils concourent tous à donner une vision symbolique de leur démarche mais ils peuvent emprunter des voies différentes.

       C'est ainsi que l'on distingue le Rite français, dont la symbolique a été très simplifiée en 1877 par le Grand Orient de France, le Rite Émulation, qui est peut-être le plus proche du rite des premières années de la Maçonnerie spéculative, le Rite Ecossais Rectifié, essentiellement chrétien, le Rite Ecossais Ancien et Accepté à vocation plus universelle, le Rite de Memphis Misraïm, contrefaçon exotique de la Maçonnerie, aujourd'hui marginalisé, ...

        Chacun de ces rites fait appel, de la part de l'initiable, à des tendances particulières, à des aptitudes et à une sentimentalité qui peuvent différer, à des épreuves dont le caractère et le rythme varient.

        Ce serait une erreur de croire que puisse s'établir une hiérarchie entre les initiés. Ce serait une erreur plus grave encore de supposer que le chiffre exprimant l'étape franchie confère une supériorité quelconque à un initiable pratiquant l'un ou l'autre rite. Le domaine de leur rayonnement et la nature de leurs vertus sont distincts et ne doivent pas être confondus ; il n'y a pas de hiérarchie entre le saint, le héros, le sage ou l'artiste.

             

                  

La Franc-Maçonnerie est liée à un rite initiatique

    

 Si la Franc-Maçonnerie était une société de pensée, il est probable que le Rite y serait depuis longtemps passé au second plan, comme accessoire. Seuls, peut-être, quelques pédagogues soucieux de méthode et de discipline, conserveraient pour lui un intérêt un peu désuet.

      Mais la Franc-Maçonnerie est une voie initiatique, c'est à dire conduisant à la connaissance de soi, du prochain et du Monde. Sans doute est-il d'autres voies qui ont aussi leurs rites : l'alchimie en fut une. La recherche scientifique en est une autre et Jacques Monod a quelques raisons de voir dans la méthode scientifique les moyens d'une ascèse ou les prolégomènes à une éthique. Au reste, les rites de chasse, de tir à l'arc sont extrêmement formateurs.

    Le Rite est un moyen. Et le moyen de la continuité par excellence. Notre société maçonnique tient au maintien du Rite dans la mesure où celui-ci constitue l'élément éducateur, le facteur d'initiation aux conditions de l'existence, l'instrument de stabilité. Il est bien vu que les rites d'agrégation, de communion, de passage et même d'excommunication constituent la trame sur laquelle se développe et perdure la vie culturelle.

      Mais le Rite que l'on observe dans les Loges est aussi un Rite de préservation. Dès lors, ce qui compte, c'est le sérieux avec lequel nos rituels sont vécus et conservés. Il n'est pas question de les pratiquer sans conviction ni compréhension. D'ailleurs, minimiser le rôle du Rite paraît assez difficile. Le Rite est sécurisant, il est un élément de communion, un code de communication. Il peut fournir d'excellents thèmes de réflexion. Enfin, en tant que corpus, c'est à dire en tant que système de rituels complémentaires, il peut constituer un élément efficace d'initiation. "On passe de l'acte à la pensée par le rite" dit Konrad Lorentz. Ce ne sont pas les conceptions métaphysiques, ce n'est pas le discours rationnel et logique qui règlent nos comportements fondamentaux, c'est un ensemble de relations organiques signifiantes. Le Rite pourrait n'être ainsi que la codification intellectualisée des comportements inspirés par les nécessités de l'ordre grégaire. Il serait bien porteur d'une connaissance, sans doute différente de celle que nous lui prêtons volontiers, mais ce qui est en bas n'est-il pas comme ce qui est en haut ? Et il nous faut regarder en haut et en bas si nous voulons comprendre ; la tradition est aussi un phénomène organique et irrationnel. Or deux dangers menacent les sociétés traditionalistes. Le premier est celui qui transforme le Rite en liturgie sous l'effet d'un mysticisme lié au comportement religieux. On passe du ritualisme au dogmatisme dès qu'on cesse de considérer l'aspect symbolique du message pour adopter l'attitude explorante et le souci perfectionniste. Il y a longtemps que l'on sait que la lettre tue et que seul l'esprit vivifie. II faut vivre le Rite en état d'éveil : c'est le premier devoir du Franc-Maçon. Le second danger est, au contraire, celui que nous constatons dans les sociétés qui n'ont pas acquis le sentiment de l'efficacité radicale du Rite. La dispersion, l'absence d'unité intérieure, l'illusion d'une pensée qui serait mieux assurée sans objet et sans discipline. De ce point de vue, on peut dire que le plus mauvais des rituels est encore préférable à l'absence totale de rituel.

      Corps de rituels, ensemble de pratiques traditionnelles, le Rite codifie une expérience communautaire quasi-immémoriale. Il nous rattache à des traditions : celle des constructeurs, celle des chevaliers, celle des gnostiques, celle des païens, celle des Juifs, celle des Chrétiens et, certainement, à la tradition égyptienne, c'est à dire qu'il nous rattache à l'expérience humaine.

      Cette expérience humaine est si diverse dans ses expressions mais si cohérente dans son fonds qu'on ne peut pas prétendre connaître toutes ces traditions ni se sentir diminué parce que les circonstances nous amènent à travailler plus selon l'une ou quelques-unes d'entre elles. Nous suivons, nous, la Tradition occidentale d'un courant initiatique mondial. C'est peut-être pour cela que certains peuvent considérer, au nom de l'universalisme, que notre tradition est trop circonscrite et qu'il nous faut emprunter à d'autres rites, à d'autres traditions. D'autres, étourdis par le changement de société généré par la course exponentielle du progrès affirment que les vieux ne détiennent plus le secret des choses et que, dans ces conditions, notre Tradition est devenue désuète voire obsolète.

Elie Vidrequin 

À SUIVRE...
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Que la lumière du rite vous éclaire...
LE RITE - Elie Vidrequin.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE VI

 

DE L’HARMONIE VI

 

La lumière de la vertu, n’a jamais été le partage du grand nombre. Il ne faut point s’en étonner, rien n’est si conforme à la faiblesse humaine ; nous frappés par l’extérieur, et l’interne demande une discussion, dont peu de gens se rendent capables. Comme la véritable piétée consiste dans les sentiments et la pratique, (…)

 

                                                       Gottfried Wilhem Leibniz- Préface Essais de théodicée.

 

 

Leibniz semble proposer son œuvre majeure, Essais de théodicée, à tous ceux qui cherchent, au-delà du visible, l’invisible. À tous ceux pour qui les apparences ne sont pas le monde réel ; ceux qui, à la recherche de la Lumière, sont devenus ses enfants. Ceux qui sont conscients de la faiblesse humaine, mais aussi conscients de sa possible grandeur.

 

Ce sont ceux qui, regardant chaque jour le soleil qui se lève et la rose sans pourquoi, se prennent, dans la retraite de leur cœur, à penser plus grand qu’eux-mêmes et sourient à la vie en rendant gloire au Grand Architecte des Mondes.

 

Leibniz constate que : les cérémonies de la pratique ressemblent aux actions vertueuses, mais elles y ressemblent seulement. Il constate aussi que les formulaires de la croyance sont des ombres de la vérité et approchent plus ou moins de la pure lumière.

Toutes choses que nous pouvons rapprocher du corpus initiatique maçonnique, qui a aussi ses cérémonies et ses formules. L’essentiel restant la pratique effective, la communion spirituelle et fraternelle dans le creuset des loges, et les portes ouvertes sur le monde profane : la lumière que porte les humbles flambeaux que sont les sœurs et les frères.

 

Tous les enseignements initiatiques forment un chemin où les dalles, posées une à une, mènent vers la lumière divine. Un chemin tracé dans le désert par Moïse, puis David et Salomon et l’accompli par le prophète Jésus le plus humble de tous.

 

Leibniz écrit dans sa préface : « L’on voit que Jésus-Christ, achevant ce que Moïse avait commencé, a voulu que la divinité fût l’objet, non seulement de notre crainte et de notre vénération, mais encore de notre amour et de notre tendresse. (…) Car il n’y a rien de si agréable que d’aimer ce qui est digne d’amour. (…) et rien de plus parfait que Dieu. »

 

Avant de monter sur l’échelle mystérieuse de la spiritualité, il faut s’assurer que ses deux montants qui sont amour de Dieu et amour des hommes sont solidement posés en terre ; que la matière a été suffisamment pénétrée par l’esprit ; que notre corps est léger capable de réaliser cette ascension vertigineuse.

Pour Leibniz, Dieu est un océan dont avons reçus les gouttes, exprimé souvent autrement par la flamme éternelle qui brûle en nous, symbolisée par celle qui brille sans interruption sur le plateau du Vénérable Maître en Franc-maçonnerie.

 

Dieu est harmonie, flamme dont les rayons concourent à l’harmonie universelle ; aux hommes de remplir leur part du travail, d’entretenir de rénover souvent cette harmonie. Comment ? En faisant des bonnes actions, des actions vertueuses.

Ces actions transportent l’homme vers le centre de son âme ; ainsi l’humain contemple le divin. En faisant notre Devoir d’homme, c’est-à-dire en obéissant aux ordres de la suprême raison, cette raison qui n’est point différente de la Gloire de Dieu.

 

Leibniz nous dit : « Notre charité est humble et pleine de modération, elle n’affecte point de régenter : également attentifs à nos défauts et aux talents d’autrui, nous sommes portés à critiquer nos actions et à excuser et redresser celles des autres : c’est pour nous perfectionner nous-mêmes, et pour faire de tort à personne ».

 

À nous, de prendre les saines habitudes de travailler à notre perfectionnement par la pratique des vertus, en mettant en avant notre bonté naturelle, en nous éduquant, en fréquentant les personnes vertueuses.

 

La vraie religion c’est de se relier aux choses vertueuses et aux hommes vertueux.

 

Les chrétiens qui pratiquent la loi d’amour, ne peuvent être vertueux sans aimer leur prochain et plus encore leur lointain.

 

Ainsi Leibniz relie ses pensées sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal.

 

                           À suivre…

                                                     Jean-François Guerry.

DE L'HARMONIE VI

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE V

 

DE L’HARMONIE V.

 

Ce n’est pas moi, ce n’est pas ma faute, c’est sa faute à lui !

 

 C’est affirmation, souvent entendue dans les cours de récréation, est le symptôme d’un manque de maturité, aurait dit Emmanuel Kant, qui, dans sa réponse célèbre à l’interrogation Qu’est-ce que les Lumières ? , affirmait : l’homme des Lumières est l’homme qui sort de sa minorité, l’homme qui pense par lui-même, donc responsable de ses jugements et de ses actes, un homme raisonnable.

 

Il abondait en ce sens, comme Leibniz le cri de Platon : « Dieu n’est pas responsable ! » Pourquoi faut-il donc que l’innocence de l’un soit automatiquement la responsabilité de l’autre ? Pourquoi s’excuser en accusant ? Ne peut-on pas concilier Fides et Ratio, Foi et Raison ?

 

Dans la chanson de Bob Dylan (1963), Qui a tué Davy Moore ?, reprise en français par Graeme Alwright, la question de la fuite devant la responsabilité du mal est bien illustrée :  l'arbitre, les spectateurs, le parieur, le manager, le journaliste et le boxeur adverse qui expliquent chacun, à leur tour, pourquoi la mort de Davy Moore n'est pas de leur faute. En définitive, c’est la faute au destin, à Dieu pourquoi pas.

 

Il y a une certaine facilité de l’homme a s’auto innocenter et à culpabiliser Dieu, en lui donnant tous les noms : le hasard, la nature, le destin, le manque de chance. Leibniz, fut sans doute le premier à faire l’association entre les deux mots grecs Theos et Dicée, entre Dieu et Juste, sans doute par une géniale simplicité de quelque chose de complexe et souvent indéfinissable : Dieu et la Justice. En associant les deux mots, il donne du corps à la Justice Divine, du moins à cette justice à rechercher, qui soit à la fois Ordre de la loi et Amour de l’autre, Justice et équité.

 

Comment, d’ailleurs imaginé que Dieu ne soit pas juste ? Leibniz, qui avait su gagner les faveurs de la princesse Sophie-Charlotte, fille de l’Électeur de Hanovre Ernest-Auguste, et qui deviendra reine de Prusse par son mariage avec Frédéric III de Brandebourg, participa probablement à l’élaboration de ses idées. Cependant, c’est toujours Leibniz qui avait la main sur ses écrits ; il s’intéressera surtout de « la grande question du libre et du nécessaire, surtout dans la production et l’origine du mal ».

 

On retiendra de Leibniz qu’il fut porteur de la paix de la raison, surtout dans les dissensions religieuses, et un fondateur de l’œcuménisme. Pour les enfants de la Lumière et des Lumières Leibniz apparaît comme un modèle quand il veut rapprocher la justice des hommes de la justice divine, en quelque sorte la recherche d’une véritable justice universelle. L’exercice consiste à soumettre la justice divine à des règles qui peuvent entendues par tous les esprits.

 

En associant les deux justices, il semble qu’il associe le Grand Esprit de Dieu et l’esprit des Hommes, grand Esprit et esprit de moindre grandeur, dans une recherche par degrés de la « Charité du Sage ». Si l’on voit dans Dieu un Grand Architecte, l’on peut y voir aussi un Grand Calculateur raisonnable, capable de volonté mais aussi d’Amour.

 

Avec cette idée du meilleur des mondes possibles, Leibniz active une dynamique de foi dans Dieu et de foi en l’homme. Cette dynamique est initiatique : elle est recherche de la vertu, d’un monde possible en constante amélioration grâce à l’amélioration de l’homme. C’est un formidable message d’espérance.

Mais c’est aussi un constat incontournable : la bonté du monde ne se constate pas ; le passé et l’actualité en témoignent. C’est bonté du monde, du monde meilleur, se démontre, se construit par notre action, qui fait suite à notre pensée. Cela suppose de tenir fermement en main la balance et ses deux plateaux, où se pèsent l’Ordre de la loi et l’Amour de l’autre. Ceci est bien de notre ressort et de notre responsabilité, c’est ainsi que le devient un Frère éclairé.

 

                                                     A SUIVRE…

                                                                                Jean-François Guerry. 

DE L'HARMONIE V

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE IV

DE L’HARMONIE IV

 

Nous pouvons dire que Leibniz fut un génie du rassemblement de ce qui paraissait épars, du rassemblement des idées. Il fut un conciliateur des idées du passé et des idées modernes. Il osa la réunion entre Aristote, Descartes et Spinoza. En Franc-maçonnerie, nous disons vivre le présent et bâtir l’avenir en s’inspirant des enseignements du passé, afin de ne pas tomber dans le labyrinthe des erreurs.

 

Cette dispersion des idées pourrait avoir pour conséquence une extrême confusion. Leibniz échappe à cet écueil grâce à sa croyance en Dieu, principe d’harmonie pour lui. Pour lui, la création est bonne et le mal relatif : c’est la base de sa Théodicée, dont le titre résume sa théorie : Essais de Théodicée- Sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal. Ce titre peut être inspirant pour un franc-maçon, qui croit en un principe créateur qu’il nomme Grand Architecte de l’Univers et qui affirme, ou non, que cet architecte est Dieu, et qui, parallèlement, a foi en l’homme.

 

La Théodicée de Leibniz tente de répondre aux sceptiques qui s’interrogent face aux malheurs du monde et la responsabilité de Dieu dans ces malheurs : si Dieu est bon, pourquoi tous ces malheurs ? Thomas, un des apôtres du Christ, se posait la même question, s’interrogeant sur l’incapacité de Dieu face au malheur des hommes.

 

En effet, l’on peut à juste titre s’interroger sur réalité des attributs que l’on concède à Dieu : son omniscience, son omnipotence et sa bienveillance. Trois attributs en contradiction avec le monde tel que nous le vivons. Il semble, que Dieu soit aux abonnés absents dans les plus grands malheurs qui nous accablent !

 

Cela nous conduit irrémédiablement à l’adoption du manichéisme, du dualisme ; pourtant dualisme, n’est pas dualité. Et, en creux, l’on peut conclure que Dieu n’est pas omnipotent ; et, si on continue à croire qu’il l’est, alors il n’est pas bienveillant. C’est la théorie énoncée par Bayle, que Leibniz va s’efforcer de démonter rationnellement, afin que tous les hommes ne deviennent pas des athées.

 

En effet, la raison peine à accorder l’omnipotence et la bienveillance de Dieu avec l’existence du mal : Dieu ne peut pas alors être synonyme de perfection. Ce constat, crédibilise sans restriction la moralité des athées et, par extension la spiritualité sans Dieu, qualifiée de laïque.

 

C’est sans doute pour cela que Leibniz choisira la rationalité pour « sauver » l’omnipotence et la bienveillance de Dieu, par l’explication de l’origine du mal. Il nous faut admettre que, si nous ne croyons pas en Dieu, l’origine du mal est à chercher en dehors en Dieu, donc en nous.

 

C’est à partir de cette réflexion, que Leibniz développera son premier principe, le principe de « Raison suffisante », selon lequel (nihil sine ratione) rien n’est sans raison.

 

                                    À SUIVRE…

 

                                            Jean-François Guerry.

DE L'HARMONIE IV

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Publié le par Jean-François Guerry
Etienne Morin Genèse du Rite - Étiquettes je pense.org

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LE RITE

 

Le rite maçonnique a fait l’objet de multiples définitions. La plus courante est celle d’un ordre prescrit de cérémonies qui se pratiquent dans le cadre d’une religion. Par extension, dans un processus initiatique, quand on parle d’initiation, il est caractérisé par son caractère inamovible, immuable, voir dogmatique ; toute modification ne se fait qu’avec prudence.

 

Il est un héritage spirituel : seuls des experts ayant étudié son histoire et chaque expression du rite - que ce soient les mots, les paroles, les gestes, les cérémonies ou les exhortations - ont la capacité non pas de le changer, mais de le faire évoluer pour qu’il soit compréhensible dans un espace-temps donné et lisible par les seuls initiés.

Il est un support de valeurs fondamentales intemporelles et, le plus souvent, universelles. Plus il est riche de ces valeurs, plus il comporte de degrés.

 

 « Les rites sont comme des guides qui nous conduisent par la main dans des routes qu’ils ont souvent parcourues ; les lois, comme des plans de géographie où l’on a tracé les chemins par un simple trait,et sans égard à leurs sinuosités »[1]

 

« Nos rites, nos mystères, ne peuvent point changer, ne sont point incertains. Comme ces faibles lois qu’inventent les humains »[2]

 

En fait, le rite ne change donc pas, ou peu : c’est son interprétation et les travaux sur le rite qui changent. Suivant sa richesse, il est assorti de qualificatifs, d’adjectifs, voire d’images tendant à exprimer sa densité ou sa simplicité. Concernant le Rite Écossais Ancien et Accepté, il a été souvent dit qu’il est « une éponge », qualificatif pas très esthétique, mais qui renseigne bien sur sa nature et ses capacités.

 

Les travaux maçonniques, véritables exercices spirituels, prennent pour fondement le rite et ses enseignements. Ces travaux sont de véritables palimpsestes, dans le sens de réemploi d’un matériau, mais aussi de façonnage de celui-ci, d’interprétation des symboles qu’il véhicule suivant l’expression courante : chercher l’idée sous le symbole.

 

Il est intéressant de constater la particularité du rite maçonnique (du moins du Rite Écossais Ancien et Accepté) : les palimpsestes sont individuels et collectifs et s’appuient les uns sur les autres, comme autant de marches permettant de reprendre un élan ascendant ; on parle de spirale. On pourrait parler aussi d’emboitements successifs.

 

Le rite rempli son rôle de pierre de base, assurant la solidité et la pérennité de l’œuvre, mais aussi proactif, permettant les ascensions spirituelles individuelles, dans les limites du respect de la liberté de chacun, dans une forme de médiété assurant le rejet tous les extrémismes qui détruiraient le fondement du rite, lequel est un centre d’union fraternel et initiatique.

 

On Constate ainsi que chaque Loge maçonnique est une entité spécifique, avec ses particularités, ses travaux, ses qualités. Le rite permet à chaque membre et aux visiteurs de passage de se retrouver dans un corpus commun et de bénéficier d’ouvertures multiples pour leur esprit.

À chaque réunion, il est important de marcher avec les deux jambes du compas : celle de l’ouverture spirituelle et celle de l’humanisme, qui permet la jonction fraternelle entre tous les assistants. Les palimpsestes proposés sont, au fil de l’ascension des degrés autant de pierres de construction de la pyramide finale.

 

                                    Jean-François Guerry.

 

[1] Barthelémy (L’ABBÉ) – Anacharsis, 3ème édition Paris.

[2] Voltaire.

LE RITE

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE

DE L’HARMONIE PART III

 

Notre monde est le meilleur des mondes possibles selon Leibniz. Cette affirmation, qui s’apparente à un optimisme béat, quasi inconditionnel, lui a valu les railleries de Voltaire, expert en la matière. Voltaire, grand critique, par exemple de l’esclavage, et dont les écrits ne furent pas toujours, sur ce point, en rapport avec sa pratique.

 

Leibniz, nous l’avons vu, met en avant une radicalité rationnelle pour justifier son affirmation : si notre monde était si mauvais, Dieu, son créateur, ne serait pas bienveillant, ce qui contredirait ce qu’il est, suivant son principe même. Le franc-maçon, qui croit en un principe créateur suivant la déclaration préalable du Convent de Lausanne des Suprêmes Conseils du Rite Écossais Ancien Accepté, ne peut concevoir un Grand Architecte de l’Univers qui serait malveillant.

 

Notre monde n’étant pas idéal ni optimum, pas plus que nous qui en faisons partie, notre Devoir est de travailler à notre perfectionnement personnel afin d’améliorer notre monde ici et maintenant. On peut dès lors dire que Leibniz, comme Augustin et les francs-maçons s’accordent sur la possibilité d’un monde meilleur grâce à l’action de l’homme. Cette action se concrétise par les différents degrés initiatiques qui, par leur acquisition, permettent une élévation de l’esprit, une élévation de la conscience.

Le manque de perfectionnement de l’homme et de la société devient une espérance de la vie bonne grâce à la pratique du rite initiatique, ce qui rend les Sœurs et les Frères contents et satisfaits.

L’image employée par Leibniz, pour illustrer ses Essais de Théodicée peut être rapprochée de celles employées en Franc-maçonnerie. Il s’agit de celle de la pyramide sans base, divisée en de multiples chambres. Le voyageur, est invité à parcourir ces chambres, ou du moins quelque unes d’entre elles. À la manière d’un voyage initiatique, c’est un chemin qui s’éclaire de plus en plus en se dirigeant vers le sommet de la montagne ou de la pyramide.

La base de cette pyramide, non fermée, englobe la terre et l’infini, comme la montagne descend vers les Vallées et les englobe. Ainsi, la totalité du monde se trouve irradié par la spiritualité provenant du sommet spirituel unique. L’esprit pénètre peu à peu la matière, à la manière de la Jérusalem céleste descendant sur terre.

La chambre qui se trouve juste sous le sommet de la pyramide est la plus parfaite : elle est harmonie, provenant de l’unité représentée par la pointe du sommet. Certains verront dans cette pointe, celle de l’âme fortifiée par l’esprit. À ce sommet règnent la vertu et le courage, qui permettent au Chevalier Franc-maçon de se libérer de ses chaînes et d’accéder au monde réel de la Vérité et de la Lumière.

Le récipiendaire, en observant le tableau de Loge triangulaire d’un certain degré de perfection, verra qu’il peut libérer son âme grâce aux trois alliances. Il accédera à la vérité du réel, au sommet où brûle le feu spirituel ; il est alors plongé dans le troisième ciel de l’harmonie. Il constate qu’il est dans le meilleur des mondes possibles : le monde vivant de la terre où nous sommes.

 

« De cela s’ensuit que Dieu veut antécédemment le bien et conséquemment le meilleur. Et pour ce qui est du mal, Dieu ne veut point du tout le mal moral, et il ne veut point d’une manière absolue le mal physique ou les souffrances ; c’est pour cela qu’il n’y a point de prédestination absolue à la damnation ; et on peut dire du mal physique que Dieu le veut souvent comme une peine due à la coulpe, et souvent aussi comme un moyen propre à une fin, c’est-à-dire pour empêcher de plus grands maux ou pour obtenir de plus grands biens. La peine sert aussi pour l’amendement et pour l’exemple, et le mal sert souvent pour mieux goûter le bien, et quelquefois il contribue à une plus grande perfection de celui qui le souffre, comme le grain qu’on sème est sujet à une espèce de corruption pour germer : c’est une belle comparaison dont Jésus-Christ s’est servi lui-même »[1]

 

         On comprend ici la nécessité des épreuves initiatiques pour prendre conscience de notre part d’ombre, et la nécessité des épreuves de purification, la dernière d’entre elles étant celle du feu régénérateur permettant de se rapprocher du feu unique, de l’harmonie et de la lumière de la Vérité.

 

                                    À SUIVRE…

 

                                            Jean-François Guerry.

 

[1] Leibniz- Essais de Théodicée. Première partie §23, Page 117 et 118. Éditions GF Flammarion 1969.

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Publié le par Jean-Laurent Turbet

Cet article est reposté depuis Le Blog des Spiritualités.

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Publié le par Jean-François Guerry
DE L'HARMONIE PART II

DE L’HARMONIE PART II

 

« Quand on voit, dans nos procès humains, un accusé confier le soin de sa défense à un avocat particulièrement célèbre, on se prend parfois à penser : faut-il que son affaire soir mauvaise ! A ce compte, l’affaire de Dieu, si l’on ose dire, ne serait pas loin d’être désespérée. »

                                   Jacques Brunschwig – Introduction Essais de Théodicée. De Leibniz.

 

 

Soyons raisonnables : le mal existe comme le bien. La Loi Mosaïque et son pavé mis sous nos yeux en attestent, si besoin était. Hannah Arendt a démontré la banalité du mal ; bien avant elle, Leibniz avait constaté que le mal est présent dans le monde. Il pensait que ce n’était pas un désir de Dieu, mais plutôt sa volonté de le faire coexister avec le bien, afin qu’il participe d’un principe d’harmonie du Tout. Suivant le principe que tout est dans l’Un, et que l’Un, est le Tout. Rendons grâce au Grand Architecte de l’Univers, créateur du monde, rendons lui Gloire.

 

Leibniz suivant le principe d’économie, pense que Dieu ne peut pas créer un monde entièrement bon, car il se dédoublerait lui-même. Suivant ce principe, il choisit de faire le meilleur des mondes possibles, donc un monde imparfait. Un monde que nous avons la charge, malgré notre imperfection liée à notre caractère humain, de parfaire, puisque étant imparfait nous sommes perfectibles. Le mal reconnu par Leibniz, il le qualifie de mal métaphysique, qui contient en lui la finitude, l’imperfection. Sur le plan physique, c’est la douleur, et sur le plan moral, c’est le péché. Le mal voulu par Dieu, n’est pas un mal total et irrémédiable : c’est un moindre mal, qui porte en creux l’espérance, la possibilité du bien. Car s’il y avait mauvaise intention de Dieu, malveillance de sa part ce serait contraire à son principe même.

« On peut prendre le mal métaphysiquement, physiquement et moralement. Le mal métaphysique consiste dans la simple imperfection, le mal physique dans la souffrance, et le mal moral dans le péché. Or, quoique le mal physique et le mal moral ne soient pas nécessaires, il suffit qu’en vertu des vérités éternelles ils soient possibles. Et comme cette région immense des vérités contient toutes les possibilités, il faut qu’il y ait une infinité de mondes possibles, que le mal entre dans plusieurs d’entre eux, et que même le meilleur de tous en renferme ; c’est ce qui a déterminé Dieu à permettre le mal ».[1]

 

Dieu ne cause donc pas le mal comme un bien, parce qu’il est sans malignité. Le mal apparait comme un bien : il est la possibilité d’amélioration. Nous voyons et reconnaissons le pavé mosaïque, image du bien et du mal, en même temps que possibilité de faire pénétrer le bien dans le mal, de réduire nos imperfections. C’est dualité et non dualisme. S’il y a réalité du bien et du mal, nous ne sommes pas passifs face à cette réalité, mais actif dans notre volonté de pratiquer la vertu et de fuir le vice. La théorie de Leibniz est rationnelle, puisque le mal existe. Mais Dieu, étant omniscient, il tolère le mal parce que tout autre monde contiendrait plus de maux que celui dans lequel nous existons. La volonté divine n’est donc pas désir du mal, mais elle est volonté de coexistence du mal avec le bien, dans le but d’une recherche d’harmonie du Tout - en clair, un mal pour un bien.

« Mais quelqu’un me dira : Pourquoi nous parlez-vous de permettre ? Dieu ne fait-il pas le mal et ne le veut-il pas ? (…) »[2]

 

                                            À suivre….

                                                     Jean-François Guerry.

 

 

[1] Leibniz- Essais de Théodicée- Première Partie § ,21, Page 116. Éditions GF Flammarion 1969.

[2] Ibid 1- § 22 page 117.

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