Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.
ené Guénon penseur reconnu a apporté ses expériences religieuses et spirituelles dans le creuset maçonnique, ce nomade de la spiritualité est allé se confronter aux diverses sources et valeurs véhiculées par les religions. Il a tracé ainsi, les contours d’une religion universelle, qu’il a nommé Tradition Primordiale. La Franc-maçonnerie dans sa forme spéculative dès ses débuts c’est défini comme un Centre d’union fraternelle, avec pour mission, pour objectif de réunir ce qui est épars à la fois en nous et dans le monde, de relier les hommes entre eux. La subtilité et la force de la Franc-maçonnerie est quelle est capable d’agréger en son sein des hommes différents, ceux qui croient au ciel, ceux qui croient à la terre, ceux qui croient aux deux, ceux qui doutent, dans sa forme traditionnelle la Franc-maçonnerie rassemble ceux qui croient en un principe créateur qu’ils définissent comme Grand Architecte de l’Univers. Principe capable de générer l’Ordre à partir et après le chaos, de faire régner la Lumière à partir des ténèbres. (Ordo ab chao – Lux ex tenebris.) Elle a un caractère universel. Là se pose le problème de la définition du concept de religion qui est philosophique, car il s’inscrit dans le champ de l’universalité que le relativisme culturel des études d’ethnologie ou d’histoire des religions a rendue caduque. Ainsi l’historicisation du concept a pris la place de sa définition. C’est là qu’il devient intéressant de regarder deux thèses qui s’oppose le diffusionnisme et l’évolutionnisme.
L'Évolution selon Darwin
Bientôt les chercheurs en histoire des religions, se posèrent la question : comment expliquer les analogies entre les faits religieux relevant de cultures distinctes dans l’espace et le temps ? Une nouvelle discipline allait naître l’histoire comparée des religions. On en revient au début de ma réflexion et sur le travail de recherche et de pratique de René Guénon. La Franc-maçonnerie qui ne s’attache aux dogmes religieux, néanmoins reconnaît les valeurs et les vertus des religions, constructrices d’une morale universelle ou primordiale. Selon Dario Sabbatucci, le déclin des thèses évolutionnistes, a vu l’apparition de quatre nouvelles réponses : le « diffusionnisme »,il explique les analogies interreligieuses par la transmission des faits religieux d’une culture à une autre, on est dans une perspective ethnologique pour expliquer l’historicité des religions. La deuxième réponse est le « révélationnisme » qui cherche dans les analogies la preuve que toutes les religions dérivent d’une unique religion révélée, on est là dans une thèse plus religieuse que scientifique. La troisième réponse est « phénoménologique » dans les analogies, l’on voit la présence d’une unique réalité religieuse, transcendant les expressions phénoménales particulières. C’est une réponse très philosophique postkantienne. Enfin, la quatrième réponse est le « psychologisme », il interprète les analogies comme des convergences, c’est-à-dire comme des manifestations de mécanismes psychiques permanents et connaturels à l’homme c’est la réponse de C G Jung. Ces quatre réponses, semblent à la fois diffuses, parfois obscures et différentes et aussi dans leurs finalités souvent convergentes, c’est du moins mon ressenti personnel. Cela nous ramène une fois de plus au concept de religion primordiale rattachée à l’un. L’un est tout, et tout est dans l’un.
Raffaele Pettazzoni, historien des religions en vient même à nier les analogies comme des clefs d’interprétation, lesquelles renvoient d’une religion à une autre ou tout simplement à une religion unique, universelle. Il se souciera de l’étude du fait religieux lui-même en tant que création culturelle et non plus en tant qu’effet d’une cause déterminante.
Arrêtons-nous un instant sur deux réponses précédentes le diffusionnisme et l’évolutionnisme.
En anthropologie culturelle, dans l’étude de l’être humain et des sociétés humaines, le diffusionnisme est reconnu. En particulier quand nous regardons l’histoire et l’historicité des grandes religions.[1]La diffusion du spirituel, du religieux, du sacré dans nos sociétés modernes est factuel quel en est la cause ? [2]
C’est le dogmatisme religieux qui œuvra trop longtemps à séparer avec violence le profane et le sacré. La Franc-maçonnerie, elle admet une doctrine du juste milieu, plus harmonieuse tout en faisant la distinction entre profane et sacré, Amour de Dieu (principe) et Amour des hommes.
À propos du diffusionnisme Roger Bastide le caractérise ainsi, propagation des idées, mais aussi des traits culturels, des biens spirituels (parmi lesquels mythes et rites.) autant que matériels (Techniques.) de la société où ils sont apparus, à des sociétés culturellement différentes et ce oralement, par l’écriture ou toutes autres médias. Alfred Radcliffe-Brown bien qu’opposé au diffusionnisme à la fin de sa vie finit par admettre qu’une société était capable d’en influencer une autre et de provoquer en elle des changements.
Le diffusionnisme s’oppose à l’évolutionnisme… À SUIVRE
Jean-François Guerry.
[1] Dario Sabbatucci- Les grandes religions universelles- L’impossibilité de dissocier les religions des unités culturelles sert de fondement à une science historico-religieuse qui tend à identifier les cultures singulières à travers leurs expressions religieuses. Mais à cette indissociabilité semblent faire exception les grandes religions universelles telles que le bouddhisme, le christianisme, l’islam. Précisément en tant quelles sont universelles, elles prétendent transcender les cultures particulières et se présentent comme valeur pour tout homme, quelle que soit l’époque, ou la zone culturelle, à laquelle il appartient.
[2] Roger Bastide – C’est dans l’étude des évolutions techniques, économiques, de la naissance de nouvelles formes du pouvoir politique des changements de structures sociales que le phénomène de « désacralisation » apparaît ; mais il est plutôt postulé que montré… Les missionnaires dénoncent l’influence de l’école laïque, soit l’imitation de l’athéisme social. Mais il suffit de songer à ce que l’on sait de la pénétration du religieux dans le profane pour reconnaître que ce sont les Églises chrétiennes, en séparant radicalement le domaine du sacré, relevant de la loi divine, de celui du profane relevant du droit naturel et de la morale qui ont entamé le travail de désacralisation, anéantissant des pans entiers de civilisations tribales ou traditionnelles.
À SUIVRE....
QUELLE EST CETTE LUMIÈRE VERS OÙ....
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Lundi une journée ordinaire, il est 5h, mon réveil sonne, je m’étire et je sors des bras de Morphée.6h 15 il fait nuit, je prends ma voiture, direction la Haute-Savoie, il pleut ça bouchonne à la sortie de Grenoble, la radio crache : « Chaussée glissante sur l’autoroute on déplore un accrochage, soyez prudent, garder vos distances ». 8h 15 j’arrive dans ma salle de classe. 8h 30 : Bonjour Maîtresse Anne ! ! Ils sont adorables, le petit Jean vient se coller à moi il est autiste, il ne va pas me quitter de la journée.
J’ai de la chance j’exerce le plus beau métier du monde, chaque jour je vois briller les yeux de mes élèves, ils sont un peu tous mes enfants pour la journée. J’ai quitté sans regret tous les écrans de la compagnie d’assurance ou j’étais cadre responsable après mes 5 ans d’études supérieures. J’ai renoncé à mon 13ème mois, mes primes et bonus, mes tickets resto, mes réductions à droite à gauche etc… La vocation !
L’heure de la sortie sonne, je reprends ma voiture direction Grenoble, il pleut toujours, mais dans ma tête il fait beau, une heure et demie plus tard, Nestor m’attend balayant l’espace joyeusement avec sa queue. Une petite heure pour préparer la journée de demain il est presque 20h…
C’est la journée ordinaire d’une jeune professeure des écoles, après ses 5 années d’études supérieures et son diplôme de Master en poche elle a trouvé du travail ça recrute partout, après quelques emplois dans le privé, elle a trouvé sa voie, ce sera l’enseignement, elle a passé le concours tout en travaillant. Elle est maintenant professeure stagiaire pendant un an, ½ temps avec ses élèves, ½ temps en formation pendant 1 an. Son salaire net 1 771 €, l’année prochaine si elle ne craque, pas de fatigue et si l’inspecteur d’académie reconnaît son aptitude elle se gratifiée de 1 862 € soit 91 € de plus par mois. Pour rappel le SMIC net est de
1 426 € (Sans étude, sans qualification, sans trop de responsabilités). Est-ce vraiment sérieux ? C’est ainsi que nous gratifions ceux à qui l’on confie notre bien le plus précieux nos jeunes enfants. Oui mais ! Il y a les avantages de la fonction publique. Cette professeure n’a droit à aucune indemnité de transport coût mensuel de ses déplacements 600 à 700 € carburant, péage, assurance, amortissement du véhicule. Oui mais ! Elle n’a qu’à se loger sur place, sauf qu’elle exerce à la frontière Suisse (Elle n’a pas choisi son affectation), il n’y a pas logement le moindre studio est loué 1200 € par mois et accessible soit à des Suisses ou des travailleurs frontaliers travaillant en Suisse. Oui mais ! Dans certaines zones ! Il est octroyé comme une aumône par l’éducation nationale une indemnité de logement de 40€ mensuel merci bien ! Oui mais ! possibilité de logement social délai d’attente moyen 3 ans ! Je vous laisse calculer le reste à vivre selon la formule actuelle, quand on a payé toutes les charges fixes. Il reste une solution, empruntez pour travailler, et les restos du cœur. Conclusion ce métier, n’est pas une vocation, c’est un sacerdoce ! Je me demande pourquoi il n’y a pas une ordination des professeurs et des professeures.
Heureusement il reste les vacances scolaires, c’est pendant ces périodes que les enseignants font des économies en restant chez eux, preuve que le travail ne paye pas ! Sommes-nous sérieux ?
Le journal Ouest-France du Vendredi 5 septembre titre en première page : « Pourquoi tant de postes d’enseignants vacants. » Pas besoin d’être un grand journaliste d’investigation pour comprendre le peu de motivation de nos jeunes diplômés pour exercer ce beau métier. Dans le magazine Breton on pouvait lire une demande pourtant importante des enseignants souhaitant exercer en Bretagne, si bien que pour réussir le concours de prof des écoles en Bretagne il faut au moins 15/20 aux épreuves, alors qu’à Créteil on recrute avec une moyenne de 7/20, chercher l’erreur ! Pour résoudre le problème, les grands stratèges ont trouvé la solution baisser le niveau d’accès au concours, c’est avec cette méthode que surement le niveau général de nos petites têtes pensantes va s’élever pas de doute. Reste aussi le problème de la sécurité, non pas la sécurité d’emploi peu de chance que quelqu’un vienne prendre le poste d’un enseignant, je veux parler de la sécurité à l’école, des zones difficiles. Il m’a été rapporté que les enseignants qui n'arrivent pas à se faire muter dans une région réputée plus calme en viennent à démissionner et ensuite à repasser le concours d’entrée dans la région de leur choix. Parce qu’il y a aussi paraît-il une habitude d’expédier les plus jeunes enseignants dans les régions difficiles, c’est parfaitement logique puisque ce sont ceux les moins préparés. Sommes-nous sérieux ?
Malgré tout ça il y a encore des vocations, c’est un bonheur pour nos enfants que ces professeurs existent, je veux leur dire merci et bien plus.
Jean-François Guerry.
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n conclusion de cette brève réflexion, je fais le constat que c’est une gageure de vouloir définir le sacré avec précision, il est du domaine de l’invisible. Nous pourrions dire qu’il est un sas incontournable pour ceux qui ont décidés de donner à leur vie un sens plus spirituel et ont décidé de se rapprocher du divin, de l’unité, de l’harmonie, que l’on peut nommer Lumière, Vérité ou Lumière de la Vérité.
Il est plus facile d’appréhender les manifestations du sacré, des symboles, des lieux, des espaces temps sacrés. D’en ressentir les effets dans des cérémonies rituelles, d’en percevoir la lumière dans l’Ordre cosmique, et dans notre être intérieur. Une chose est certaine, il est un désir de l’homme qui ne s’estompe pas malgré la matérialité qui submerge notre quotidien. Le sacré reste accessible à celui qui se conforme à la tradition, c’est-à-dire la transmission du rite chemin qui mène au divin. Il permet de re-construire sa vie, de retracer sa route et pour le Franc-maçon ce passage secret par le sacré peut le mener à la sainteté forme ultime de la séparation de la matière et de l’esprit, de la distinction entre la matière et l’esprit, dont la finalité n’est pas la réalisation d’une initiation désincarnée, mais une association harmonieuse entre le corps et l’esprit ici et maintenant, c’est travailler à ce qui est à notre portée d’homme et c’est déjà beaucoup presque une forme de vanité. Il faut bien à l’homme un corps pour porter son esprit ! Le sacré n’a pas de réalité palpable, il est dans l’intérieur des choses, des manifestations, pour le sentir et le voir il faut y croire. Il est protéiforme, il emprunte tellement de masques, qu’il faut véritablement une intuition pour le ressentir. Parfois des idoles humaines prennent l’apparence du sacré, ce n’est que tromperie, la maçonnerie nous met en garde de ne pas forger d’idoles humaines. Toutes les théories, les dogmes, les doctrines religieuses ou politiques quand elles se parent du sacré et en abuse, elles finissent par imposer l’intolérance, le despotisme, la tyrannie. L’usage du sacré que font les dictateurs doit nous mettre en mode vigilance. Un dictateur qui anéantit un peuple sous ses bombes méthodiquement pour satisfaire son ego et se réfère au sacré d’une religion, reste un dictateur. L’initiation nous permet d’accéder à la porte du sacré qui mène au divin, donc de pénétrer dans le monde sacré, de nous élever avec force mais aussi humilité pour être capable de descendre toujours les hommes. Le sacré n’efface pas le pavé mosaïque, il permet de démontrer que l’on peut vivre avec cette ambivalence qui nous est consubstantielle, la conscience du sacré permet la réalisation de deux alliances l’amour des hommes et l’amour de Dieu. J’entends bien sûr par Dieu, le principe créateur, Grand Architecte de l’Univers à la Gloire duquel nous travaillons. Sacré travail !
Jean-François Guerry.
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uvrir la porte du sacré, c’est accéder à l’alliance avec le principe et être capable comme Moïse de redescendre de la montagne vers les frères qui nous attendent. Ainsi le sacré rempli sa mission de courroie de transmission aussi bien dans l’ascension que dans la descente, le rite initiatique est d’abord une descente au Nadir, pour entreprendre une montée au Zénith, et puis un va et vient constant le long du fil à plomb ou sur l’échelle Jacob ou encore celle de Jean Climaque. Ce mouvement perpétuel, cette transgression initiatique, finie, réalisée aboutie à la fusion entre le multiple et l’Un. Cette transgression de l’initié, qui passe du profane au sacré est comparable au solve coagula de l’alchimiste qui déconstruit, dissous, puis rénove et répare pour un retour à la quinte essence, l’essentiel. Le sacré travaille en quelque sorte à l’harmonie de toutes choses, à l’harmonie de la nature, il est un bien fait (Bienfait).
Nous entendons souvent dire, que nous vivons dans une société désacralisée ou en manque de sacré, une société trop matérialiste. Nous sommes passés du mode pontifical royal, c’est-à-dire de la concentration des pouvoirs temporels et spirituels la vox dei, à la démocratie de la vox populi. Pourtant le sacré est nécessaire à l’homme, c’est pourquoi il n’a pas fermé entièrement la porte au sacré. On voit encore paradoxalement les chefs d’états de démocraties et pas des moindres, prêter serment lors de leur investiture sur la bible, volume de la loi sacrée. J’y vois un désir d’espérance, et de sublimation de la fonction, de sacralisation de la fonction. Preuve que l’on peut associer le profane et le sacré, c’est ce que fait la Franc-maçonnerie avec le fonctionnement horizontal de ses premiers degrés et puis progressivement le caractère vertical de sa gouvernance, quand peu à peu le spirituel vient à primer sur le matériel. Ce qui est admis par les initiés qui reconnaissent l’autorité spirituelle qui impose le sacré, ils le manifeste par leur consentement par serments successifs et leur allégeance qui n’est pas soumission parce qu’il y a réciprocité entre l’Ordre initiatique et l’initié. C’est le compas qui est placé sur l’équerre. Mais équerre et compas forment un couple nécessaire et inséparable, symbolisant la loi « sacrée » du juste milieu.
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ous entrons dans la Loge comme dans une nouvelle demeure, une nouvelle maison, il n’est dès lors pas étonnant que certains obédiences multirites, parlent de Maison du Rite. Le rituel d’entrée et de sortie de la Loge doit-être fait selon l’ordonnancement du Rite car il est plein de signification. On peut ici lire Gennep,[1] qui nous renseigne aussi sur le secret qui entourait les rites à mystères comme ceux d’Éleusis [2] on remarquera les analogies avec l’initiation maçonnique.
Pour sortir du monde manifesté et entrer dans le monde invisible, passer véritablement la porte du sacré accès à l’alliance avec le principe, plusieurs éléments sont nécessaires outre la préparation du postulant sa vêture. Nous retiendrons les notions d’espace sacré, de temps sacré, de qualification nécessaire des officiants et des participants. C’est seulement lorsque « tout est conforme au rite », que le Vénérable prononcera l’invocation au Grand Architecte de l’Univers. Le sacré va alors se manifester dans une hiérophanie présence de Dieu, de l’Un dans les outils, instruments, objets symboliques, qui étaient auparavant inertes et ordinaires, ils vont devenir sacrés on parlera de grandes lumières comme le Volume de la loi sacrée, l’équerre et le compas. Ces objets vont remplir un rôle d’intermédiaire symbolique avec le principe, le Grand Architecte, ils vont établir un pont. Celui ou ceux qui sont capables par leur degré initiatique d’établir ce pont, de le construire, d’abattre le mur du profane, d’être des passe-murailles, seront qualifiés de la titulature de Pontife. Ils deviennent des intermédiaires, des médiateurs, des hommes du juste milieu, entre les hommes et le principe. On parle plus couramment de passage de la matière à l’esprit. Par leurs pensées et leurs actions ils font du sacré, ce sont par exemple les prêtres qui font les offrandes et les sacrifices, avant de pénétrer dans l’espace sacré. Ces mêmes prêtres auront accès au Saint des Saints, puisqu’ils se seront purifiés. Il est ici intéressant de réfléchir aux titulatures données aux frères en fonction de leur degré d’initiation, elles indiquent leur qualité reconnue, elles caractérisent non pas une hiérarchie d’honneur égotiste, mais une hiérarchie spirituelle signe d’élévation. À ce stade d’évolution spirituelle nous sommes au-delà du sacré, nous sommes dans la sainteté, c’est-à-dire dans la séparation profane sacré. Cette séparation, n’a lieu le plus souvent que dans des moments extatiques, dans un espace-temps intermédiaire, dans le temps consacré aux travaux spirituels. Ainsi une fois les travaux clos ou suspendus nous retournons dans le temps et l’espace profane, et je dirais c’est bien ainsi, car le but est après avoir fait une ascension spirituelle d’être en capacité de redescendre vers les autres ses frères, afin de réaliser le principe de la correspondance entre ce qui est en bas et ce qui est en haut.
[1]Arnold Van Gennep Ibid 6- Aux rites d'entrée dans la maison, le temple, etc., correspondent
des rites de sortie, qui sont soit identiques, soit inverses. À l'époque de Mohammed, les Arabes, en entrant ou en sortant, caressaient le dieu domestique de la main, le même geste étant ainsi, selon le moment, un rite d'agrégation ou un rite de séparation. De môme, tout juif pieux, chaque fois qu'il passe la porte principale de sa maison, touche du doigt de sa main droite la mazuza, coffret fixé au montant de la porte et où se trouve un papier, une bande d'étoffe, etc., avec, écrit ou brodé, le nom sacré de Dieu (Shaddaï) ; il baise ensuite un doigt et dit : « Le Seigneur préserve ta sortie et ton entrée, à partir de ce moment et à tout jamais !», le rite verbal s'adjoignant ici au rite manuel. On notera que d'ordinaire, seule la porte principale, soit consacrée par un rite spécial, soit parce qu'orientée dans une direction favorable, est le siège de rites d'entrée et de sortie, les autres ouvertures n'ayant pas ce même caractère de marge entre le monde familial et le monde extérieur.
[2]Arnold Van Gennep Ibid 6- Voici la séquence des rites d'initiation à Éleusis : 1° on assemhle
les candidats [128] et l'hiérophante met de côté, par un interdit (ta-hou), tous ceux dont les mains sont impures et qui parlent d'une manière inintelligible; ce choix se retrouve en Afrique, lors de l'initiation aux sociétés secrètes, et c'est un prêtre magicien qui en est chargé ; 2° ces néophytes étaient introduits dans l'Éleusinion et, en pénétrant dans l'enceinte, se sacralisaient au vase d'eau sacrée placé près de la porte [cf. nos bénitiers] dans le quartier du Figuier sacré, au palais de Crocon (safran), au domaine de Raria (l'aire sacrée), au puits Callichoros, à la pierre de Déméter, etc., stations qui ont toutes un caractère agraire ; 7° entrée à l'intérieur de l'enceinte dont les murs élevés avaient, comme à Athènes, pour but de dérober aux profanes ce qui se passait dans le monde sacré ; l'interdiction d'entrer portait sur le temenos entier et avait pour sanction la mort, au moins les jours de mystères. Ensuite on manque de renseignements sur le détail des cérémonies. On sait du moins que l'initiation comportait : a) un voyage à travers une salle divisée en compartiments sombres représentant chacun une région des enfers ; la montée d'un escalier ; l'arrivée dans des régions vivement éclairées et l'entrée dans [130] le megaron avec exhibition des sacra ; b) une représentation de l'enlèvement de Coré, avec des éléments inconnus des profanes.
Les novices éteint morts au monde profane parcourent l'Hadès puis renaissent, mais au monde sacré.
On voit que, dans ses grandes lignes, l'initiation aux mystères d'Éleusis répond, pour la séquence des rites, aux cérémonies de la même catégorie que nous avons examinées déjà. Cette même séquence se retrouve également avec la dramatisation de la mort et de la re-naissance du novice, dans l'initiation à l’orphisme, aux sociétés reli-gieuses thraces, de Dionysos, de Milhra (initiation par étapes), d'Attis, d'Adonis, d'Isis, etc. [131] L'initiation à la « fraternité isiaque » est assez connue, et « le passage par les éléments » dont parle Apulée exprime mieux encore que le voyage par l'Hadès, l'idée de mort du néophyte, puisqu'on admettait même, à ce qu'il semble, qu'il se décomposait pour ensuite se recomposer et former un individu nouveau.
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n maçonnerie il y a tradition c’est-à-dire transmission par les frères, la loge, le rite et ses rituels, mais interprétation et travail individuel, acceptation personnelle et ouverture très large du compas de l’esprit. En religion, il y a tradition et transmission mais de dogmes, sans oublier les vertus et les valeurs, ces dernières d’ailleurs sont largement reprises en maçonnerie, ce qui marque la différence c’est donc le dogmatisme. La quête initiatique est faite de degrés intermédiaires entre l’humain et le divin, elle est espérance « pour ici et maintenant », pas pour demain dans un autre monde il n’y a pas de récompense pour le bon et parfait maçon dans l’au-delà, simplement la reconnaissance par ses frères d’être tel par ses pensées, ses actions, sa glorification du travail, c’est sans hésitation qu’il se met à la disposition de l’atelier et de ses sœurs et frères, tout de suite, sans accepter pour autant des tâches qu’il sait par avance qu’il ne pourra pas accomplir, par respect pour sœurs et ses frères et par dignité pour lui-même. Il sait donner, se « sacrifier », c’est-à-dire aussi faire du sacré sans ostentation et sans orgueil. La volonté qui l’anime c’est d’être un homme entre terre et ciel, les pieds sur terre et la tête dans les …
Tuileur à la prte du Temple -
Comment passer du profane au sacré ? Par l’initiation qui suppose un rite de passage, ce rite suppose plusieurs phases, que je ne détaillerais pas ici, ces phases ont été étudiées par Arnold Van Gennep[1] et sont en correspondances avec la cérémonie d’initiation maçonnique. Gennep à propos des rites de seuil, parle de rite de purification qui sont des rites de préparation aux rites d’alliance. Cette graduation chronologique est bien présente dans la succession des cérémonies initiatiques maçonniques. Je le cite :Je propose en conséquence de nommer rites préliminaires les rites de séparation du monde antérieur, rites liminaires les rites exécutés pendant le stade de marge, et rites postliminaires les rites d'agrégation
au monde nouveau. Ces trois rites qui font une totalité, sont contenus dans la cérémonie d’initiation au grade d’apprenti, dans le passage du profane au sacré. Nous n’assistons pas assez dans les Loges symboliques (Bleues, des trois premiers degrés.) à la préparation spirituelle qui commence sur les parvis, ce sas entre l’espace profane et ce qui va devenir l’espace sacré. Pourtant nous respectons ce rite de seuil, de préparation, préliminaire pour les cérémonies initiatiques. Nous devrions avoir systématiquement un temps de silence sur les parvis, au regard de l’importance de ce qui nous attend. Les portes du sacré sont comme les colonnes du Temple, les portes de nos Temples sont analogues aux portiques rudimentaires d’Afrique, aux Portiques des temples grecs (Voir les philosophes du Portique les stoïciens), aux portiques des divinités asiatiques, aux arcs de triomphe de la Rome antique, ou ceux de l’Égypte ancienne ornés avec de grandioses statues. Ces endroits et leur représentation sont de nature à nous préparer à la séparation entre le profane et le sacré. Celui qui rentre dans une cathédrale ou une église, même s’il n’est pas croyant sent bien qu’il est dans un espace différent. Quand nous rentrons dans le Temple maçonnique, nous faisons une offrande, non pas un holocauste comme le faisait les hébreux, mais nous offrons une partie de nous-mêmes, de notre intime, nous donnons une parcelle du meilleur de nous-mêmes. Ce moment de franchissement est important ce n’est pas par hasard que dans certains rites il existe un tuileur placé à la porte, à l’extérieur du temple et que la charge de couvreur juste à l’entrée de la Loge est confiée à un ancien Vénérable Maître. C’est un signe d’humilité nécessaire, mais aussi de responsabilité, il est un des officiers de la Loge qui regarde directement la lumière de l’orient. Confirmation du passage secret du profane au sacré de la voie vers le céleste.
[1] Arnold Van Gennep. 1873-1957. Ethnologue et Folkloriste Français fait référence avec son ouvrage : Les Rites de Passage. Études systématiques des rites. ( En particulier avec les chapitres consacrés à la porte et du seuil, à l’hospitalité, à l’adoption, à l’initiation, à l’ordination, au couronnement.)
À SUIVRE...
LE PASSAGE VERS LA LUMIÈRE
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e que l’on peut dire avec certitude, c’est que le profane est l’opposé du sacré. Cela bien sûr ne définit pas ce qu’est le sacré, mais démontre que le sacré et le profane sont à la fois séparés et indissociables ! Pour nous aider, nous pouvons partir d’un aphorisme très usité qui définit la démarche maçonnique : un parcours initiatique doit conduire du profane au saint, en passant par le sacré. [1]. Élevé, nourrit dans la religion catholique, j’ai jusqu’au milieu de ma vie toujours placé le sacré devant le profane et pensé que le sacré était indissociable du religieux. Mon initiation maçonnique a inversé l’ordre je suis passé du profane au sacré, par la connaissance progressive des mystères de l’initiation. Ainsi, c’est dans le silence et le secret que j’ai pu concevoir le sacré d’une autre manière, plus intuitive moins dogmatique et formelle et connaître le sacré en lien avec une élévation spirituelle intérieure, une immanence qui tend vers la transcendance. Si le sort du profane est si j’ose dire facile à régler sur le plan de sa définition : tout ce qui n’est pas sacré, pour le sacré, la tâche est plus complexe.
L’étymologie nous aide, puisque sacré comme saint viennent du latin sancire qui signifie rendre réel, atteindre le sacré suppose donc une dynamique, une action, et non une réception passive. Le sacré apparaît rapidement comme un lieu, un espace, ou le ciel et la terre se confondent, c’est donc un espace à part, ou un moment intermédiaire pour un accès au saint. L’espace sacré pour le maçon est le temple, qui a plusieurs appartements, plusieurs portes qu’il faut pousser. Le symbolisme du Temple du Roi Salomon en est un exemple, on n’atteint pas facilement le Saint des Saints, sacrifice et sacerdoce mènent au sacré. Dans le temple, de manière perceptible quelque chose de sacré se montre à nous, c’est ce que Mircea Eliade appelle hiérophanie, c’est une force inconnue, surnaturelle, surhumaine, qui nous relie au divin.
C’est ainsi, que l’espace du temple nous apparaît comme différent, séparé du monde profane, dès le passage des deux colonnes une Force se dégage et s’établit. L’ouverture des travaux maçonniques construit du sacré, on ne vit pas, on ne parle pas dans la loge comme dans le monde profane [2], notre vêture, notre gestuelle est différente. À travers de la porte de la loge passe la lumière du sacré, une lumière que nous devons faire rayonner sur le monde. Derrière la porte l’on peut voir l’image du monde terrestre éclairée par la lumière céleste, confirmation que ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut. Ainsi naît dans la loge la transcendance, pour peu que nous la construisions avec un plan divin. Toutes les prescriptions de la construction doivent être respectées, jusqu’à celle du tabernacle.
La méthode initiatique permet la reconstruction du cosmos, ainsi le Frère expert, quant à l’ouverture des travaux sur injonction du VM il entreprend le tracé du tableau de loge, il reconstruit l’espace sacré primordial. Il pose les colonnes d’entrée du Temple, les marches d’accès et ainsi de suite, jusqu’à entourer l’espace sacralisé. Le tableau de loge peut donc à chaque tenue re-purifier, re-sacralisé l’espace de la Loge, permettant l’alliance entre le multiple incarné par les participants et l’unité du principe lumineux positionné à l’Orient. Ce qui explique les précautions extrêmes qui doivent être prises pour recevoir un frère ou une sœur qui voudrait pénétrer dans la loge après le début des travaux, ils doivent être reconnus pour tel. Tout doit être exécuté avec précision, dans l’agencement du Temple afin qu’il devienne un espace sacré, c’est la force de la tradition transmission. L’éternel dit à Moïse : vous construisez le tabernacle avec tous les ustensiles exactement d’après le modèle que je vais te montrer. [3] Moïse l’initié à transmis à Josué, puis Othoniel le premier juge (Surnommé Lion de Dieu), puis vinrent Saül, Eshbaal et David (Le bien aimé) les rois unificateurs, puis David et Salomon le juste et le constructeur, le Vénérable représente le Roi Salomon. David dit d’ailleurs à Salomon : tout cela…(Cette construction) se trouve exposé dans un écrit de la main de l’Éternel qui m’en a donné l’intelligence.Salomon conscient de l’importance de ses responsabilités et de son rôle n’a pas demandé à l’Éternel la richesse ou la mort de ses ennemis, c’est pourquoi l’Éternel, lui a donné, un cœur juste et intelligent.[4]
Ce bref exposé à propos de la construction du Temple de Salomon et son essence divine, est de nature à démontrer que les secrets transmis à l’initié, dans les règles mènent au sacré. Pour autant, il ne s’agit pas d’un sacré religieux intemporel et de valeur constante. La porte du sacré maçonnique ne s’ouvre que dans un espace et un temps limité. En effet, nous ne sommes dans l’espace sacré reconnu comme tel que quand le Vénérable Maître prononce les mots : Puisqu’il est l’heure, que nous avons l’âge, et que tout est conforme…. entrons dans les voies….[5] Il est d’ailleurs clairs qu’au terme des travaux, nous regagnons le monde profane et son espace. La porte du sacré maçonnique est ouverte au moment de l’initiation, on y entre avec difficulté, je dirais qu’elle est entre ouverte et le sera de plus en plus largement dans le temps. C’est encore une différence avec le sacré religieux, le sacré maçonnique est une suite de dévoilements et non pas une révélation totale et définitive. En effet le sacré, fermente, mature, après chaque tenue l’on ressent une augmentation du niveau du sacré en soi, c’est inexplicable, irrationnel. Sauf à comprendre que c’est nous qui par notre changement d’état d’être, la conversion de notre regard sur les autres et le monde entrons dans cet espace inconnu infini. Le sacré prend alors une dimension de l’ordre de la transcendance, il s’oppose à l’immanence et la rationalité du profane. Alors naît la possibilité de la séparation avec le profane, la possibilité du séparé, c’est-à-dire du saint. La vision du réel, possibilité de convergence, de rapprochement avec le principe d’unité et d’harmonie. Cet état ontologique que l’on croyait impossible, intervient bien après avoir reçu la lumière, en avoir été éclairé et illuminé, même après avoir aperçu la grande lumière au point du jour. À ce stade d’évolution initiatique on perçoit la permanence de la lumière qui vient des ténèbres. Lux ex tenebris. Le risque est alors non pas dans la Connaissance du sacré, mais dans la confusion qui pourrait nous faire croire que sommes devenus des dieux, ou semblable à ceux-ci. L’architecte Dédale est resté conscient de sa nature d’homme profane, ce qui ne l’a pas empêché d’essayer de sortir du labyrinthe de ses erreurs, alors que son fils enivré par son ego s’est pris pour un dieu. La démarche initiatique se réalise dans le chemin et non dans le but, en ayant conscience de sa nature et de l’humilité qu’elle impose. Le merveilleux de l’initiation maçonnique c’est la liberté d’esprit, c’est cette liberté active qui impose une pratique régulière, volontaire du bien, du bon, du juste, du beau. Elle suppose la conjonction de la pensée et de l’action en toute occasion, elle est à la fois proche et lointaine de l’attitude confessionnelle. En effet l’attitude confessionnelle est plus passive, elle est donnée le plus souvent depuis la plus tendre enfance. Je nuancerais avec le phénomène de conversion, par exemple l’essor de baptême des adultes. Ou la formule aide-toi et le ciel (ou Dieu) t’aideras, mais demeure le problème des dogmes, qui sont recevables si admis et consentis et non imposés. Preuve, que religion et maçonnerie ne sont pas contradictoires, mais que ce sont deux voies différentes vers la conscience du sacré. Nombre de sœurs et de frères mènent en parallèle leur quête initiatique et leur pratique religieuse, une pratique individuelle maçonnique dans un cadre collectif et une pratique religieuse collective. La ligne de crête semble étroite à première vue, cependant elle est assez large.
[1] Jean-Bernard Levy – Mythes et concepts- utiles aux initiés- initiants. Page 253 Éditions Selena.2023.
[2] Exode 3,5 : N’approche pas d’ici, dit le seigneur à Moïse, ôte tes chaussures de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une Terre Sainte.
Ne vous êtes vous jamais posé la question de ce qui était le plus important pour vous-même ? Qu'est-ce qui est réellement fondamental pour vous ?
Cette interrogation, bien que simple en apparence, nous entraîne dans un vertige de réflexions...
Que serait une vie humaine si l'individu ne s'interrogeait pas sur l'existence, sur la vie, la mort, ou le bonheur ?
De plus en plus nombreux, certains tournent le dos à l'engouement du questionnement, à la joie de la recherche. Le plaisir de la maïeutique ne les intéresse gère. Rares sont ceux qui s'engagent sur ces chemins et qui prêtent une oreille attentive à l'autre qui propose des points de vue auxquels seul nous ne pouvons accéder.
Petit à petit, l'oisiveté et la futilité de la jouissance remplacent le désir de progrès pour soi et pour autrui. Nos contemporains recherchent la stabilité : que surtout "rien ne change", pour que le confort de leur représentation du monde devienne immuable...
Adieu sacrifice individuel consenti pour le bien commun, bienvenu au sacrifice du bien commun pour le bonheur individuel !
Contrairement à la Franc-maçonnerie qui propose l'évolution de l'humanité en commençant par celle de l'individu, la pensée contemporaine privilégie au contraire l'évolution de la société pour permettre l'évolution individuelle !
Qu'avons-nous abandonné ? Pourquoi le questionnement ne règne plus en maître ? Pourquoi l'espérance d'un changement, d'une évolution positive s'est-elle évaporée ?
Mais pour l'heure et pour le plaisir de notre questionnement, je vous invite à vous interroger sur ce qui constitue votre fondamental, votre trésor le plus intime.
D’emblée, écartons les biens matériels et même les êtres qui nous sont chers. Non qu’ils soient secondaires, mais parce qu’avant de pouvoir les aimer, les protéger, ou même les percevoir, il nous faut une condition préalable : être en vie et conscient.
Ainsi pour certains notre plus grande richesse est d'être en vie et en bonne santé, pour d'autres c'est d'être conscients de nous-mêmes tout simplement. Pour beaucoup l'un ne va pas sans l’autre car pour être conscient il faudrait être en vie et inversement. Ces deux dimensions de vie et de conscience sont intimement liées, mais ne se confondent pas. En effet, être en vie ne garantit pas d’être conscient.
Lorsqu'on explore le concept de ce qu'est "être en vie", on découvre que certaines formes de vie ne semblent pas être conscientes d'elles-mêmes, elles ne font pas l'expérience suggestive du monde. Prenez un brin d'herbe, un papillon ou un poisson, sont-ils conscients d'eux-mêmes ? A priori non, même s'ils sont incontestablement vivants. D'ailleurs la perception de la conscience chez l'autre, notre alter-ego, est difficile, voire impossible, car comme pour l'animal qui pourrait être un automate vivant, tout semblable pourrait facilement se réduire à un automate humain tant il est compliqué d'expérimenter ou ressentir la conscience lorsqu'elle n'est pas la nôtre.
Cela pose une première distinction : la conscience n’est pas un simple produit de la vie : On peut vivre sans être conscient.
Mais peut-on pour autant être conscient sans être vivant ? Certains le croient. Ils parlent d’âmes, d’esprits, de conscience survivant à la mort bien que née de la vie. D’autres encore comparent la conscience à un réseau que capterait un être suffisamment complexe, à l’image d’un téléphone captant le Wi-fi, alors qu’une simple pile, bien que chargée, en serait incapable. Cette vision rend possible l'existence d'une conscience indépendante de la vie. La conscience pourrait-elle exister indépendamment de la vie biologique ? Cette hypothèse, bien qu’audacieuse, alimente une réflexion ancienne sur la nature de l’esprit.
On le perçoit la réflexion sur la consciente de soi est complexe et liée à ses croyances. Elle le devient encore plus lorsqu'on s'interroge sur l'introspection nécessaire à cette réflexion : comment un être conscient peut-il questionner sa propre conscience en mobilisant sa conscience... ? Ne devrait-il pas uniquement pouvoir questionner la conscience de ses semblables à qui il attribue une conscience ?
Regarder l'autre comme semblable à soi-même pourrait constituer la première étape avant de se questionner sur la nature de sa propre conscience ?
Tout ce que l'on peut déclarer à notre niveau c'est que prendre conscience d'être conscient à soi-même semble la plus grande des magies !
Il semble utile à ce stade de clarifier quelques termes dont les définitions semblent poreuses car comme pour l'amour ou la spiritualité chacun y va de sa définition de "être en vie" ou "être conscient".
Commençons par définir ce qu'est un être vivant ? Il s’agirait d’une entité autonome, organisée, capable de se reproduire et de puiser l’énergie dans son environnement pour entretenir son métabolisme.
Remarquons que cette définition exclut toute dépendance à une structure particulière comme l’ADN, bien qu’actuellement aucune autre forme de vie sans ADN n’ait été identifiée. Cette définition ne mentionne pas non plus la naissance ou la mort, pourtant omniprésentes dans notre conception du vivant.
Certaines espèces, telles les hydres, méduses, bactéries, semblent même défier la mort, qualifiées d'immortelles. Cela montre que la vie n’est pas nécessairement synonyme de mortalité, bien que l’évolution ait semble-t-il retenu l’obsolescence programmée comme un moteur puissant d’adaptation.
Concernant la conscience, elle est encore plus difficile à appréhender. On pourrait la définir comme la faculté de percevoir et de comprendre ses propres pensées, émotions et comportements. Une capacité de se savoir présent au monde. Or, cette perception est toujours partielle, biaisée et filtrée. En effet nous ne percevons du réel que quelques bribes au travers de la très incertaine représentation que nous nous en faisons. Ainsi même si la notion de conscience semble liée au monde physique, elle en est différenciée par nature !
La conscience semble donc être d’un autre ordre que le monde physique. Nos pensées, par exemple, ne possèdent ni forme ni masse, et pourtant elles agissent sur nous avec une force redoutable. De là, on pourrait concevoir que la conscience est distincte de nos pensées : elle les observe, les accueille et les interroge mais ne s’y réduit pas.
On confond souvent la conscience avec l’interaction que nous avons avec nos propres pensées. Le fameux " Cogito, ergo sum" de Descartes en est la parfaite illustration. Ne faudrait-il pas élargir ce concept culturel qui nous a certainement fait évoluer mais qui crée son propre carcan de pensée en limitant la nature même de la conscience ? En effet il semble restrictif de limiter la conscience à l'interaction qu'elle permet. Faire cette même réduction avec la vie reviendrait à réduire un être vivant à son interaction avec son environnement.
La conscience de soi ne se résumerait donc pas à "avoir conscience de ses pensées" ! Ceci est un épiphénomène, au demeurant non bijectif de la conscience.
Une autre clef de lecture est permis avec la notion de temps. La vie a besoin de temps : reproduction, croissance, adaptation. Elle suppose un devenir. La conscience, elle, semble suspendue au présent, indépendante du temps. Elle ne se développe ni dans le passé ni dans le futur, mais s’ancre dans l’instant. Elle paraît hors du temps et de l’espace, toujours là, immobile, stable, même quand tout change autour. Nous sommes conscients exclusivement au présent !
Peut-on être conscient de soi sans interaction avec l'extérieur à soi ?
Si on regarde l'analogie avec le corps, il semble admis que le corps existe indépendamment de l'extérieur... bien qu'il ait besoin d'interactions avec l'extérieur pour exister. Serait-ce la même chose pour la conscience de soi qui existerait par elle-même mais qui aurait besoin de l'interaction avec l'extérieur, pour exister ?
Pour le Franc-maçon cette notion de prise de conscience est fondamentale. Cela est illustré par la symbolique du miroir qu'il découvre très tôt dans sa progression. Non seulement le miroir renvoie l'image habituellement cachée à celui qui regarde mais surtout constitue une invitation à tourner son regard vers soi-même à la rencontre de sa propre conscience.
L'analogie entre conscience et vie ne s'arrête pas à l'interaction avec l'extérieur qu'elles engendrent. Il existe également une dimension évolutive qui permettrait de rapprocher la conscience de soi avec la spiritualité : la spiritualité serait à la conscience de soi ce que la
raison est à l'instinct de vie, son émanessence...
Dans la spiritualité la notion de temps intervient, devenant un axe fondamental de progression, à l'image de toute évolution qui implique un état qui se modifie dans le temps. Comment expliquer cela ?
Peut être que penser et avoir conscience de penser ne sont pas identiques, car dans le second cas la mise à distance de nos pensées permet la création d'un espace d'observation : de penseur nous devenons observateur ce qui nous place immédiatement dans l'action.
Rappelons-nous que le Franc-maçon est appelé à évoluer dans "le vaste domaine de la pensée et de l'action". Cette formulation éclaire le lien direct qui existe entre la pensée et l'action. Pourtant notre culture et notre conditionnement nous poussent à regarder la pensée, c'est à dire la prise de conscience de quelque chose, comme différenciée de l'action qu'elle appelle. Or, à y regarder de prêt, l'observation consciente d'une idée ou d'une chose est déjà une action en soi !
Pensées et actions ne sont pas divisées, malgré notre tentation de les séparer et de les regarder comme cause et conséquence. Nous sommes tellement conditionnés à penser que nous devons prendre conscience avant d'agir que nous engendrons cette dualité en nous.
Différencier conscience et action entraîne une posture d'attente vis à vis de nos pensées. Nous attendons que l'action se définissent avec l'aide de nos pensées. Pourtant l'action devrait se situer précisément dans l'observation de nos pensées, dans le choix de nos pensées, dans le regard que nous portons à nos pensées sur lesquelles nous souhaitons nous concentrer.
De ce point de vue l'origine de l'action devient la sélection de nos pensées et non une décision prise à la suite des pensées.
Maîtriser ses pensées revient à maîtriser ses actions...
Il est difficile d'être conscient sans action. Pour illustrer cela je vous propose de regarder une simple fleur. Quoi de plus simple.,, Et pourtant dans cette simple observation se cache une infinité d'interactions avec cette fleur.
Car nous y projetons tout notre savoir botanique, nos souvenirs de promenade ou de bouquets offerts, nos souvenirs de parfums, il se pourrait même qu'à la vue d'une fleur nous la comparions avec d'autres fleurs déjà vues, la classant soit parmi les plus belles, ou les plus colorées, etc... notre simple regard posé sur une fleur engendre de nombreuses réactions involontaires dans notre cerveau qui génère automatiquement nos pensées.
Ce constat peut se faire pour n'importe quelle observation ou prise de conscience, y compris sur nous-même. L'action qui va être engendrée de nos pensées automatiques ne peut qu'échapper à toute volonté !
On le constate conscience et action sont si intimement liées qu'on peut considérer la prise de conscience comme une action.
Peut-on réduire cette distance que nous engendrons malgré nous avec la chose observée pour véritablement concentrer nos pensées sur une chose sans la travestir de toutes nos pensées parasites ?
Lorsque l'on prend conscience de cette distance que nous créons involontairement on comprend que la difficulté est encore plus grande s'agissant de choses inconnues, et que nous n'avons jamais expérimentée.
C'est exactement le cas pour la spiritualité ou la métaphysique au sens le plus large. Mais même dans ces espaces qui nous sont peu communs, notre conscience fait appel à tous les artifices possibles pour nommer, classer, contrôler notre observation.
Pour être véritablement en conscience d'une chose, il nous faudrait vider notre cerveau de toutes nos expériences précédentes, de tous nos mécanismes de compréhension pour véritablement en faire l'expérience. Cela revient à créer un nouvel état de conscience en nous-même.
Ce qui est essentiel ne se trouve ni dans les objets que l’on possède, ni dans les idées que l’on défend, mais dans cette capacité rare à se savoir vivant et conscient. La vie est mouvement, la conscience est présence. Elles se croisent, se nourrissent, mais ne se confondent pas.
Notre plus grand défi n’est peut-être pas d’expliquer ce qu’est la vie ou la conscience, mais de les habiter pleinement. Être là, lucide, face à soi-même, sans fard, sans projection.
Être dans cet instant où rien n’est à saisir, sauf peut-être cette étrange lumière qui fait de nous des êtres pensants capables de s’observer penser.
C’est là, peut-être, que réside notre essentiel.
Philippe DUBACH
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