
Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.
RÉNOVER NOTRE SOCIÉTÉ AU VITRIOL
Notre société ne rend plus Gloire au Travail, pour preuve nous parlons plus d’emploi que de travail. Gloire est faite aux startups (entreprises qui démarrent), celles qui pérennisent le travail, celles qui à force de persévérance établissent, érigent, construisent sont presque incongrues. Pourtant comme un paradoxe nous inquiétons de la protection du patrimoine en tant que bien commun, bien pour faire du commun pour remplir la valise usée du Vivre Ensemble ! Il faut toujours un alibi aux assassins. Ne nous réjouissons pas trop vite, il y a des symptômes de cette maladie que l’on nomme Cancel culture. La preuve quand on parle de patrimoine le mot protection et sauvetage apparaissent bien vite, le travail et le patrimoine méritent mieux qu’un jeu de loto même si le croupier est talentueux, travail et patrimoine sont bien en bernent. Aujourd’hui il faut faire vite, bien si possible, et vendre, gloire à la célébrité, à la communication, au commerce.
Tout change et rien ne meurt, attention à ne pas succomber aux charmes de la nostalgie. En réalité nous voulons simplifier tout dans une société qui se complexifie. Et si nous entendions à nouveau les leçons du passé pour vivre le présent et inspirer notre avenir ? Qu’est-ce qui fait que dans notre nature, nos gènes qu’à chaque fois que nous tombons, nous nous relevons, comme le Phénix oiseau mythique qui renaît sans cesse de ses cendres. En réalité le corps du Phénix a peu d’importance c’est son âme qui le fait vivre et revivre, il périt par le feu et renaît par le feu. Le feu qui est à la fois destructeur et principe de lumière et vie. Caput mortum ? Il faut bien mourir pour renaître plus radieux que jamais.
Il est constant d’observer et constater comme le disait le sage Humboldt que : Les gens commencent par nier une chose ; puis ils affirmeront qu’elle n’a pas d’importance ; et pour terminer ils s’écrieront que « tout le monde le savait » depuis bien longtemps…
Il est temps de rénover, d’initier in-ire c’est-à-dire : « aller au-dedans » franchir la porte qui est en dedans comme il est écrit sur la porte de l’église du Graal à Tréhorenteuc.
On se doit de se passer au Vitriol des sages pour accéder au monde de l’esprit au monde réel. Le Sefer Yetzirah [1] nous dit : Cherche, pense, combine et rétablis, en clair fait travailler ton esprit. Presque tous les anciens maîtres disaient : Ora, lege, lege, lege, relege, labora et invenies. Cette incitation à la prière est en réalité une quête de la Lumière et du divin et ouverture de l’âme. Ainsi l’on prépare son esprit en passant par de multiples états de conscience, on s’élève sur les barreaux de l’échelle initiatique et bientôt notre cœur sera prêt à recevoir la sagesse. C’est prière n’est pas pour moi, mais pour la Gloire du Grand Architecte et pour les hommes. Cette supplication est Amour de Dieu et Amour des Hommes elle figure les deux montants de l’échelle mystérieuse qui sans ces montants ne tiendrait pas debout. L’humanité ne peut se tenir debout sortir de l’animalité que par l’Amour du divin et la fraternité humaine les deux murs porteurs de la Franc-maçonnerie de tradition.
Lege, lis car cette la voie de la Connaissance celui qui ne sait ni lire ni écrire ne peut pas y accéder. Il faut que l’initié assimile, digère, mache, mature les vérités universelles, il faut qu’il mette en pratique la règle d’Or. Quand il aura acquis les connaissances et affleurer la Connaissance, il aura le Devoir du partage avec ses sœurs et ses frères. Partager cette Lumière qui éclaire les autres et le monde donne un sens aux travaux spirituels pratiqués en loge.
Conscient de son imperfection : j’ai à me perfectionner l’initié Relege chacune de ses relectures lui permet d’approfondir et de redécouvrir des mystères par nature cachés derrière les symboles. On affine, on purifie, on ôte les impuretés et alors apparaît à force de tamisage au plus profond de soi l’once de l’or pur, de l’Or spirituel qui va servir à garnir les murs porteurs du temple éternel de l’humanité. Celui qui possède l’art des métaux peut construire le Temple de l’esprit.
Jean-François Guerry
À POURSUIVRE….Vers l’initiation au Nadir puisque ma Loge s’étend du Zénith au Nadir.
[1] Le Sefer Yetzirah Hébreu- Livre de la création, de la formation ou de l’émanation.
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C’est ce en quoi la vertu d’un homme pourra survivre à l’homme lui-même et rester dans nos mémoires, car la mort physique telle qu’elle nous est rapportée classiquement renvoie dos à dos potentialité et spiritualité. Cette capacité à être séparé qui paradoxalement offrira à l’initié son libre arbitre, son esprit critique et une forme de résilience face à ce qui deviendraient sinon des obstacles insurmontables à franchir, car se « nourrissant sur la bête », sans possibilités de s’en échapper. C’est toute la différence entre l’individuation, qui nous rend singulier, et l’individualisme, sorte d’égocentrisme borné. L’être individué sera alors capable, puisqu’il le fait pour lui-même, de discerner et donc d’assembler dans une même éthique liaison et séparation.
En fait, moins l’homme est individué, plus ressent-il l’espace avec son prochain comme possiblement inquiétant : c’est normal, car ayant peu d’assise initiatique, il doit alors déléguer à l’espace intercessif une fonction de lien, d’accolure, d’attache propres à lui permettre de subsister. C’est là où les termes liaison et séparation peuvent être affectés à des sentiments bellicistes, comme on le constate en psychologie cognitive concernant le syndrome du narcissisme, forme pathologique de l’individuation, où la vie du malade s’arrête à lui-même, et le coupe et non le sépare d’un monde extérieur fatalement vu comme nocif et dangereux. C’est pourquoi tout narcissique est paranoïaque.
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En franc-maçonnerie, toutes les idées-forces qui caractérisent le contenu de chaque grade produisent une séparation, dans la mesure où elles apportent une spécificité nouvelle et originale déclinée suivant l’esprit du degré considéré : c’est ce qui les distingue ainsi de toutes les autres idées présentes aux autres degrés : ces idées pourront alors être symbolisées par un mot-clé, dans le dessein de rendre le plus didactique possible cette façon de considérer chaque étape gradative du rite. Car quand l’idée surgit, l’idée sépare : elle est assimilable en maçonnerie symbolique au ciseau, c’est-à-dire à un outil dont la fonction est de séparer : la taille, qui en est la conséquence, est tout d’abord une séparation entre un éclat, qu’il soit physique ou intellectuel et une « masse confuse », comme disaient les alchimistes. Cette masse restante, soumise mécaniquement à l’acutesse de l’outil, symbolisera le substrat destiné à faire émerger quelque chose qui le dépasse, une forme de terreau en quelque sorte.
Etymologiquement, l’idée symbolise d’abord les formes des choses présentes de toute éternité en Dieu. Puis chez Oresme, vers la fin du 14ème siècle, l’essence éternelle et purement intelligible des choses sensibles : tout est dit, car l’intelligibilité des choses ne peut se faire sans séparation préalable de ce qu’elle régit. Ainsi, l’intelligence, placée en amont des « choses de la vie » dans une sentence du 12ème degré (« L’intelligence est la lumière jetée sur les choses de la vie »), apparaîtra alors comme inductrice et génératrice, là où l’esprit placé en aval, sera exaltateur et émancipateur. Et c’est cette séparation qui permettra d’accepter comme tel lesdites « choses ». La thèse commune aux différents platonismes verra les idées comme des entités intelligibles indépendantes de la pensée humaine auxquelles on accéderait par l'intellect seul, sans recours à l'expérience sensible. Cette indépendance validera alors la séparation fondamentale qui existe entre sensibilité et intellect.
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La différence au 30ème degré sera, nous en reparlerons, que c’est la séparation elle-même qui deviendra le viatique du Chevalier Kadosch. Ainsi chacune de ces idées découvertes jusqu’au 29ème degré constituera un avatar de cette séparation ontologique sans laquelle l’évolution progressive du maçon serait impossible. Pour en revenir aux grades symboliques, l’identité sera donc l’avatar de la séparation au 1er degré ; puis l’altérité recherchée par le compagnon deviendra l’avatar de la séparation au 2ème degré ; enfin, le Maître maçon verra la solitude comme l’avatar d’un séparatisme particulier qui le différenciera des 2 grades précédents. Ainsi, grâce à la séparation, chaque nouveau chantier entrepris au sein d’un grade viendra s’ajouter au grade suivant, à la façon dont on archive des données.
Au 3ème degré, Si Hiram Abif est assassiné, c’est parce que l’outil, de pacifique et de supplétif prolongeant la main de l’initié, sera devenu contondant, de par sa séparation temporelle et spatiale. Aux 2 1ers degrés, les outils « collent » à la main de l’initié qui se construit, que cette main soit factuelle ou métaphysique. Par contre la course, la vitesse et l’angle d’attaque de l’outil devenu, durant la cérémonie d’exaltation, une arme, ne seront réalisables que parce que l’outil deviendra séparé de ce sur quoi il agit, contrairement à son usage utilitariste, qui nécessite, lui, une continuité entre l’homme et son ustensile. Cette séparation reflètera un statut dans lequel sera mesurée en permanence une distance. La distance de l’épaule ou du crâne de Hiram Abi servira alors d’élan imprimant à l’outil son caractère blessant puis létal. Dit autrement, c’est l’approche et l’appréhension évolutive, dans le temps, de l’initié qui va en moduler l’usage. Ainsi Hiram Abif, nous donnera, par la solitude du Maître, plus qu’une simple séparation, car appuyant un regard philosophique approfondi sur lui-même, comme si chaque cycle amenait à une forme d’inventaire. Lorsque l’on dit, au 3ème degré, « le Maître est seul », il s ’agit à la fois d’évoquer à demi-mots l’idée que l’initié a amorcé sa séparation, et en même temps, le Maître étant le premier grade d’initié à vivre cette occurrence, il reçoit grossièrement cette séparation, en n’y voyant que l’aspect foncièrement négatif d’une solitude existentielle.
Au grade de Chevalier de Royal Arche, dans le narratif du 13ème degré du REAA, l’initié se verra séparé entre d’une part, Johaben et Stolkin restés en surface, assurant une nécessaire base arrière, et entérinant alors les découvertes de Guibulum « l’électron libre », nouvellement actif. La descente de Guibulum s'apparentera ainsi à une séparation intrinsèque des contingences d'un être limité par sa corporéité (Guibulum), et d’une autre voie laissée sous le boisseau (Johaben et Stolkin). Stolkin et Johaben ne seront pas moins honorables que Guibulum, ils furent simplement engagés plus tôt dans un processus dont ils étaient les acteurs incontournables.
En fait, dès que la recherche de la Voûte Sacrée deviendra prééminente, à savoir soulever l'anneau puis explorer la cavité, les spécificités de Stolkin et Johaben deviendront des freins à une poursuite plus directe : chacun des deux a déjà eu son temps de gloire : en refusant de relayer Guibulum, ils l’empêcheront alors, tout comme le héros des Noces Chymiques, de retourner en arrière. Cette séparation entre Guibulum d’une part, et Stolkin et Johaben d’autre part sera due au fait que, pour les 2 derniers cités, leur heure est initiatiquement venue plus tôt. Johaben a porté en son temps une transgression dont les valeurs et conséquences ont contribué aux principes d'un monde remodelé.
Même chose pour Stolkin, qui fut le découvreur du corps d'Hiram Abif. Cette « entité triple » mais séparée sera la condition sine qua none à l’atteinte par Guibulum, le pôle actif, de l’ineffabilité du Nom. En plus des séparations particulières générées à chaque degré s’imposeront des séparations systémiques, plus globales, actant la fin de chaque cycle du REAA. Ainsi l’immanence de Galaad à la fin du cycle de Perfection, l’incarnation du messie christique à la fin du cycle capitulaire et donc la séparation du Chevalier Kadosch à la fin du cycle philosophique pourront être perçues comme de véritables dérélictions, si l’on ne prend pas soin de s’y pencher sincèrement.
Il n’est qu’à imaginer Hiram Abif, terrorisé dans sa solitude vaine à échapper aux 3 meurtriers, ou Galaad, condamné à occuper un endroit avec l’unique perspective de contempler le Mot Ineffable. Cette dernière occurrence se formalisera à travers la position qu'occupait Galaad au sein de la Voûte Sacrée : en effet, dans la légende du grade, Galaad, le chef des lévites, existait sans être découvert, et pour cause, puisque seul le Temple érigé était à considérer. Galaad assurait des prérogatives qui étaient à la fois flatteuses et obsolètes, mais « invisibles », tranchant avec celles de ses subordonnés les lévites, bien visibles et indispensables mais subsidiaires, cantonnées à la fonction liturgique de « servir Dieu et bénir le peuple », comme le dit le rituel du 4ème degré du REAA. Galaad est un très bon exemple de séparation ontologique car il fut à la fois, sur un plan fonctionnel, chef des lévites et, sur un plan structurel, Gardien de cette voûte fort peu accessible. Or le chef est à la tête d’un ensemble dont il fait partie, alors que le gardien se sépare, lui, de cet ensemble, engagé qu’il est dans un engagement de sa pérennité. Ainsi, l’antériorité narrative de Galaad aura pour vertu de l'installer en fondateur immémorial et en conservateur. L’émergence de Galaad au 14ème degré exprimera aussi le fait qu’à ce stade la position de lévite sera consommée, et donc séparée dans ce qu’elle eut d’utile et de nécessaire.
C’est pourquoi également l’apparition furtive de Galaad à ce degré sera conditionnée par la destruction du Temple, et que son ensevelissement témoignera du terme d’un processus : Galaad fera enfin corps avec cette terre qui avait été refusée bibliquement depuis toujours à ses ancêtres lévites. Il disparaîtra donc, mais en s’intégrant à un socle, un acquis (les ruines du temple) sur lequel le récipiendaire pourra s’appuyer par la suite. Enfin, séparatisme suprême , Galaad ne subira pas, mais choisira cet ensevelissement : si l’on transpose sur le plan maçonnique, cela signifie que le travail initiatique, par essence confiné à l’individu, rendra progressivement plus libre, et que le bénéfice qui ressortira de ces morts successives grandira, et perdurera quant à son rayonnement sur l’avenir : « choisir d’être enseveli » signifiera opter en toute conscience et en toute liberté pour un aboutissement dont on a complètement pris conscience.
Un épisode biblique de la Genèse, dont la substance est contenue dans le 21ème degré du REAA, Noachite ou Chevalier Prussien, celui de la Confusion des langues, deviendra paradoxalement un acte de discernement, qui nous renverra plus tard au 5ème échelon de l’Échelle Mystérieuse du Chevalier Kadosch, : « Hamah Scheal », clairvoyance lumineuse dont le faisceau séparera l’existence telle qu'on la connaît en ses 2 versants, le contingent, la substance : Nemrod et le structurel, l’essence : Phaleg. En rendant inintelligible le dialogue entre les hommes, la confusion des langues sera une façon de libérer, d’émanciper le Peuple en peuples, et d'obliger les hommes à se créer leur propre vision du monde, leur propre culture, en somme à acquérir une liberté de conscience qui forgera son sentiment de séparation et d’indépendance
Cette « théologie du choix » sera aussi parfaitement illustrée dans « Les Noces Chymiques », ouvrage du 17ème siècle attribué à Johann Valentin Andreae, où le héros peut potentiellement cheminer sur 3 voies qui s’offrent à lui : la 1ère, courte et périlleuse, la 2ème, longue et sécure. Ces 2 1ères voies n’en constituent en fait qu’une seule, à savoir un cheminement bref mais dangereux, ou bien un cheminement durable mais sans attrait. Il y aura enfin une 3ème voie, dite Royale, dans laquelle le héros s’engagera, possédant à elle seule les 2 pendants de la vie. Il n’y aura donc pas, dans cette 3ème voie, de clivage conjoncturel, comme avec les 2 1eres voies, mais une séparation structurelle. C’est ce que le héros agréera par ces mots : « Je chassais le corbeau et je délivrais la colombe… ». Le prérequis de cette voie royale conditionnera, contrairement aux 2 1ères voies l’impossibilité de retourner en arrière: il ne faudra pas y voir une coercition gratuite, mais un façon de s’imprégner d’un état d’esprit qui nous rendra définitivement acteurs de notre destin, et donc symboliquement comme devant toujours avancer , car à chaque pas le passé se transformera, ne nécessitant plus le besoin d’un quelconque retour (on retrouve cette obligation dans les différentes déambulations en loge, qui se font presqu’exclusivement vers l’avant). Déclinée sur le plan maçonnique, la logique de continuité que l’on mettra en évidence en passant d’un degré écossais à un autre obligera à tordre la raison jusqu’à l’amener en un endroit où celle-ci n’aura plus droit exclusif de cité.
Ce sera le temps de l’Apocalypse et du 17ème degré du REAA, où la raison triomphante devra composer avec le reste de ce qui fait l’humain, à savoir le sentiment et l’intuition. Le mécanisme macrocosmique de l’Apocalypse nous signifie en fait ce que cette « lutte des prééminences » engendrera, à l’intérieur de chacun, quand celles-ci tenteront d’occuper le terrain de l’autre, car la Nature a horreur du vide, surtout celui « laissé par le « camp d’en face ». Plus profondément, ce combat servira de tremplin à l’intime de chacun, qui devra découvrir en lui ce qui s’oppose le plus, pour que la liberté qui en ressortira soit la plus forte possible. Cette liberté sera nécessaire pour appréhender le temps messianique, qui, au 18e degré, pour les chrétiens, est celui du Christ.
Ce mix de liberté et d’opposition génèrera encore une fois ce qu’on appelle une séparation. Le Kaïros, ou « moment de vérité » pourra alors être considéré comme l’expression temporelle de cette séparation : il représentera, au 18ème degré, l’« heure du Parfait Maçon » qui se concentrera d’une certaine façon en un seul point, celui de la reprise et de la suspension des travaux. Ce temps messianique, isolé par essence de la contingence, sera fatalement douloureux car, s’il permettait le salut, c’est-à-dire la liberté, cette séparation passerait nécessairement par l’abandon d’une certaine forme de toute puissance, comme nous l’illustre bien la Passion christique, toute puissance à laquelle personne n’échappe... Si le passé pourra nous guider et le futur nous aider à nous projeter, seul le temps présent nous transformera vraiment parce qu’il sera le réel, celui qui se conforme au rythme où l’on respire, et qui n’est que la scansion des battements de la vie. Car l’homme étant par nature conformiste, il vivra comme une profonde souffrance cette alternance d’états.
Ça n’est pas spécifiquement tel ou tel état qui le perturbera, mais leur succession, à la façon d’une « sourde dilacération » de ses standards. L’avènement, au 18ème degré, du Prochain viendra relativiser ce sentiment, en y adjoignant une forme de partage, de charité et d’incarnation, luttant pied à pied contre le sentiment sourd de la déréliction. C’est tout le malheur de l’être humain que d’être partagé entre une indispensable individualité et une façon de refléter cette dernière sur un autre que soit. Rien, en fait, ne résoudra véritablement cette quadrature du cercle, tout au plus pourrons nous nous approcher de ce dilemme ontologique en éprouvant le sentiment ambivalent de séparation appliqué ,cette fois, aux 3 valeurs de la Foi, de la Charité et de l’espérance. Vous me direz peut être aussi que l’existence sensible est déjà tout entière affaire de choix, donc de séparations : en fait, non, car lorsque le profane avance, il emprunte uniquement la voie qui correspond à ce tri, en laissant à part l’autre direction. Le « produit perdu » lors de la séparation pourra néanmoins subsister sous forme d’un à-côté, d’un fardeau pénitentiel, d’un « côté sombre » qui plombera plus ou moins le profane et le ralentira, voire le stoppera dans sa connaissance intime de lui-même. Ce sera tout l’objet de la recherche initiatique que d’approcher cette arborescence des voies possibles sans s’y noyer. Par contre, la mécanique initiatique fera que les faux-semblants, les non-dits subsisteront un temps, jusqu’à ce que l’initié ait la capacité de les mettre en lumière pour plus tard réellement les éliminer, lorsque le moment propice arrivera (voir l’évolution, parfois visible, parfois cachée, des 3 mauvais compagnons, successivement agents, puis patients et enfin « victimes », entre le 3ème et le 11ème degré du REAA).
C’est seulement au 30ème degré du REAA que l’exercice d’une « émergence cumulative des avatars de la séparation » connaitra son apothéose, au travers de la titulature de Kadosch, qui signifie « séparé » en hébreu. Le Chevalier Kadosch ne se réduira pas, lui, à un nom ou un personnage, il caractérisera non cet habit transitoire qu’est l’avatar de la séparation, mais la séparation elle-même. Le Kadosch est dit « séparé » par essence (c’est la signification hébraïque de son nom). Si nous devions « personnaliser » le Kadosch, il serait une forme de syncrétisme entre les 2 poursuivants, mais aussi le résultat d’une confluence sommitale portée par l’Échelle Mystérieuse, ou bien d’une zone grise définie physiquement par la séparation liturgique de la loge en 2 grands espaces, l’un noir et l’autre blanc. Nous aurons donc ici un faisceau amontal de concepts validant l’idée d’un « dépassement de fonction » où seul serait à considérer l’essence même, à cet égard innommable, de la séparation.
Les 2 poursuivants du 30ème degré seront l’expression la plus parlante de cette séparation : ils expriment violemment le verbe de leur séparatisme, ils nous obligent à recevoir avec le minimum de protection les propos très frappés qu’ils délivreront. Les poursuivants expriment des archétypes de pensée qui ne sont pas viables isolément, car leurs injonctions se résolvent dans leurs dialogues croisés et donc séparés : la vérité ne sera pas définie par l’un ou l’autre des poursuivants, mais par la nuance que saura leur apporter le Chevalier Kadosch. Il ne s'agira donc pas d'un dialogue, mais de 2 monologues séparés, relayés simplement par l'écoute du récipiendaire. Les 2 poursuivants nous montreront que les choses ne sont jamais toutes blanches ou toutes noires, auquel cas ne survivraient-elles pas à l’exercice de la vie ordinaire.
Car la vie réelle est le résultat permanent d’une somme infinie d’adaptations qui permettent justement de ne pas disparaître. Ce seront ces adaptations qui permettront de considérer dans un même élan, pour l’initié abouti, liaison et séparation. Pourquoi la séparation est-elle le concept ultime de notre progression maçonnique ? Eh bien parce que le schéma que je viens de vous décrire ne peut pas se produire si l’initié n’est pas, un tant soit peu, « séparé » de ce qui se fomente en permanence en lui. Sans cette séparation ontologique, le concept ou la valeur qui mûrit en lui tout au long d’un degré ne pourra pas s’en « détacher » s’il ne possède pas un minimum de distance avec ledit concept. Cette séparation, qui est l’acte ultime que peut accomplir l’initié, se devra alors de devenir l’objet absolu, celui que représente donc le Chevalier Kadosch. C’est pourquoi ce degré coiffe plutôt qu’il ne prolonge les 29 degrés précédents, tout simplement parce qu’il ne s’agit plus là d’extirper une valeur ou un concept subsidiaire, mais de formaliser LE témoin définitif, celui de la séparation permise par l’analogie de départ. Ce témoin unique et définitif en fin de 29ème degré, s’était déjà vu révélé par « l’unique clé » citée à la 7ème et dernière vérité du 28ème degré, dont le texte exact était « L’analogie est l’unique clé de la Nature ».
Cette « unique clé » sera le pont ultime entre le Chevalier Kadosch et les 29 degrés qui l’ont précédé. Une fois cette séparation objectivée, tout sera « sur la table », et la locution Nec plus Ultra, « Rien au-delà » prendra tout son sens, constituant alors non pas la qualification d’une idée nouvelle, mais le mécanisme même de chaque idée-force et de toutes les précédentes. D’où ces phrases sibyllines du 30ème degré : « « Nous n’avons plus d’autre enseignement à vous donner […] Nous n’avons pas de mot d’ordre à vous donner […] Vous êtes désormais le soldat de l’Universel et de l’Éternel », qui détermineront plus une situation de fait qu’un principe transitoire. Il faut ici entendre transitoire non pas comme éphémère, mais de subrepticement créé, afin d’être ajouté au fond même de l’évolution.
Cette spécificité de la séparation, qui est quelque part bâtie sur une distinction de dynamiques, sera à la fois le moteur et le frein de notre progression. C’est pourquoi chaque grade qui se succèdera maintiendra une « mise en tension » de l’initié qui sera le résultat de forces contradictoires dont la résultante fera du degré suivant la complémentation du précédent. Je parle de forces contradictoires car la nature conteste toujours l’apport d’une nouveauté, par principe irruptive, car elle met en danger l’orthodoxie précédemment établie : c’est ce « combat des chefs » qui posera une nouvelle légitimité : ce sera toute l’histoire du 6ème degré du REAA. Cette opposition « de forme » viendra télescoper, puis accompagner l’acte créatif qui sanctionnera l’avènement d’un nouveau degré (c’est tout le comportement, cette fois, du roi Salomon et de Johaben au 9ème degré du REAA).
Le simple fait de compartimenter le chemin en degrés signera une séparation factuelle qui visera à la fois à mettre en lumière le contenu propre d’un degré, et de créer, sinon une hiérarchie, en tout cas un continuum articulé de grades. Nous parlerons de hiérarchie non dans son sens trivial de subordination, mais dans celui d’une gouvernance du sacré, chaque grade apportant en effet un « plus » qui viendra là « épouser » une idée, pour en faire le momentum de la suivante.
La sentence du 30ème degré « Son nom fut autre et le même pourtant » acte la séparation, ontologique s’il en est, pour passer de l’artifice au fondement, du moyen à la fin. « Son nom fut autre, et le même pourtant » témoigne ainsi du dépassement de cette analogie, où le miroir de l’initiation va enfin laisser place à l’Échelle Mystérieuse, renvoyant à l’opposition principielle des arts et des vertus portée par les 2 volées de barreaux. C’est ce que nous susurre à demi-mots cet extrait d’un rituel où il est dit que « Lorsque le récipiendaire est au dernier échelon, cette Échelle se brise… ». Ce bris est symbolique, il signifie que l’Échelle Mystérieuse, une fois parcourue en ses 2 volées, disparait au moment où l’initié parvient à son sommet. Le « Nec Plus Ultra », (rien au-delà) est la façon la plus explicite de signifier la séparation de l’initié avec tout ce qui fut produit avant. Car c’est là où le bât peut blesser : en effet, l’humain ne peut normalement jamais se départir de ce qui l’a amené à une place particulière, tout simplement parce que ce qui le constitue procède en partie d’une pensée et d’une action génératives, puisées dans son passé. Cette caractéristique forte légitime l’humain par rapport à son passif, mais en même temps le « plombe » quelque peu dans son aspiration à se porter en homme neuf.
La séparation est donc la posture intellectuelle et physique la plus à même de rendre efficient le travail maçonnique, car elle permet de maintenir l’intégrité de l’initié tout en le rendant poreux et perméable au mieux à ce qui l’entoure.
Thierry Didier.
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LE TEMPLE QUEL TEMPLE ?
PART III et FIN
N’y a-t-il vraiment que trois temples ? Dans certains rituels de consécration de Loge maçonnique, ainsi que dans ‘Le catéchisme’ de l’Apprenti Cohen il est écrit qu’il y a cinq sortes de temples : Le simple, le parfait, le symbolique, le juste et l’apocryphe. Aux questions posées il est répondu :
Quel est le simple ?
C’est le corps de l’homme.
Quel est le parfait ?
Celui du corps universel.
Quel est le symbolique ?
Celui du corps terrestre général.
Quel est le juste ?
Celui du corps inférieur matériel.
Quel est l’apocryphe ?
C’est le conventionnel que les hommes s’efforcent d’établir impunément dans l’erreur.
Dans certains rites, le temple qu’il convient de reconstruire n’est pas celui de Salomon, mais celui de la Jérusalem céleste, Vision de béatitude.
Abu Bakar Siraj Ad Din a écrit dans : The Book of Certainty : L’homme ne peut atteindre la connaissance directe de la vérité la certitude, s’il n’est pas ‘touché’ en son centre par un rayon de la lumière qui provient du soleil et de l’esprit de la vérité. [1]
Sans négliger la rénovation des anciens temples suivant l’image des cieux, ce qui est primordial c’est de construire nos propres fondements, les fondements de notre être, de notre conscience, en partant de la caverne jusqu’au sommet de la montagne. Poser chaque jour une pierre sur le chemin de notre vie, en s’inspirant de ce que nous avons vu dans la voûte souterraine cette plaque d’Or burinée, qui a déclenché en nous une expression d’admiration et de joie. Quand la joie est dans les cœurs la demeure céleste est proche, alors ne se pose plus la question quel temple ?
Jean-François Guerry.
[1] Martin Lings connu sous le nom de Abu Bakar Siraj Ad In. (1909-2005) de famille protestante, il s’est convertit à l’Islam. Inspiré très tôt par Schuon et Guénon dont il fût le secrétaire. IL a été sa vie durant à la recherche d’une voie spirituelle authentique.
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La joie est, tour à tour, comme les quatre éléments : légère comme l’air, fluide comme l’eau, lumineuse et brûlante comme le feu, profonde et solide comme la terre. « Joie, joie, pleurs de joie », c’est le grand feu pascalien — ces mots qui ouvrent le texte que l’on appelle le Mémorial de Blaise Pascal, retrouvé après sa mort dans la doublure de son manteau. On imagine un grand feu, buisson ardent ou feu de joie. Serait-ce cela, la joie ? Certes, mais il est des joies moins flamboyantes, moins mystiques. Comme le feu est aussi dans la braise qu’on entretient, la joie connaît toutes les intensités — mais elle est toujours plénitude. Il n’y a pas de demi-joie.
L’homme méfiant ne peut pas être dans la joie ; le soupçon ne connaît pas la joie. La joie est-elle réservée aux instants exceptionnels — à la victoire du champion, à l’Eurêka du chercheur, à l’accomplissement de l’artiste, aux moments où l’homme se surpasse ? Ou bien peut-elle devenir notre état ordinaire ? C’est la même question que l’on se pose à propos de l’expérience spirituelle. Ainsi, le sentiment océanique décrit par Romain Rolland ne serait-il réservé qu’à quelques instants d’extase, de plénitude, avant de s’évanouir ? Ou peut-il nous habiter au long des jours ? La réponse tient peut-être à notre propre disposition intérieure : il ne tient qu’à nous de nous situer dans cette plénitude, de l’accueillir, d’y demeurer. Il en est de même pour la joie.
Car si la joie est toujours reçue, elle est aussi un don qui se partage, à condition d’en reconnaître les signes. Joie de l’amitié. Joie du lien au réel, qui trouve son acmé dans l’attention à mon Frère. La joie est toujours communicative, et l’on ne trouve sa joie véritablement que dans celle de l’autre. La joie est une œuvre, toujours une alchimie. D’ailleurs, en alchimie, on parle de « la joie des philosophes » celle de la pierre parvenue au blanc parfait. Toute joie est rencontre. Même la joie mystique, qui peut sembler la plus solitaire, est toujours rencontre avec plus grand que soi.
Illustration : La joie de Virginie tracée sur le sable ©Radio France - Elise Andrieu
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Le milieu sacré de la loge ne se distinguera pas du milieu profane par une rupture radicale, ou un clivage disruptif mais 1°) par un arrangement syncrétique et profane : ce sera la vie matérielle et profane, où les éléments de vie se mêlent et se démêlent, entre déterminisme et libre arbitre ; et 2°) par un arrangement « distribué », ordonnancé, codifié, ce sera le milieu sacré. C’est beaucoup plus ce « différentiel de contenu » qui déterminera la nature profonde de chaque environnement, plus que la césure physique arbitraire produite par un mur de briques. Le sacré sera donc une forme ponctuelle, circonstancielle et pratique de la séparation. Ledit sacré possèdera en fait des bornes et des limites qui jouxteront et non cliveront ou couperont la tenue. Ce sera une forme « tranchée », sans jeu de mots, apte à communiquer une énergie particulière alimentant la concentration méditative et le déroulé ordinaire d’une tenue.
Paul Naudon déclarait que « le progrès moral doit s’unir au progrès intellectuel, permettant de faire avancer l’instruction générale ». Ce qu’il voulait peut être dire par là est que les parties qui nous constituent doivent avancer de concert, quel que soit leur nature, et que pour cela, il faut d’abord les discerner, les séparer, pour plus tard les accorder. Nous faire bouger équivaudra en effet à déplacer un ensemble hétérogène d’éléments, et durant cette phase, nous ne serons jamais suffisamment armés pour abandonner cet environnement immanent qui était le nôtre avant, protecteur et confortable, ni pour se contenter d’une transcendance insuffisante à nous satisfaire complètement.
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Ainsi naîtra le temps de la séparation, qui durera tant qu’il y aura à intégrer et admettre des sentiments divers provenant de cette différenciation. Il faut bien comprendre, je le répète, que l’évolution maçonnique trouvera son viatique dans ce postulat que l’initié se construit en s’émancipant de ce qui l’a généré. Ainsi chaque pas franchi amènera à plus de structuration individuelle, et partant, de distanciation d’un modèle qui demeure néanmoins bien présent. C’est pourquoi les degrés qui se succèdent sont gigognes : ils contiennent le tissu initiatique du grade précédent, et y ajoutent la nouveauté du suivant. Le terme de gigogne permettra de les absorber sans s’y confondre, maintenant cette séparation ontologique entre les degrés, définis en une hiérarchie constitutive. En fait, la notion de séparation sera présente dès le 1er degré, où il sera fait référence à ce ciment qui unit les frères, objectivé sous la forme de briques ou de pierres jointoyées. A ce stade, on parlera d’un lien indéfectible qui unit les initiés : le ciment primera donc, quelque part, sur une entité, l’apprenti, encore inapte à définir sa substance propre, et donc a fortiori à préserver son intégrité. C’est ce qui explique le retrait symbolique de l’apprenti sur la colonne du nord, loin du verbe solaire, fécondant mais aussi très discriminant. Le schéma différera au fil des degrés, où ce ciment sera peu ou prou maintenu, mais la façon de l’éclairer se transformera lentement, faisant de celui-ci non seulement un lien, mais également une « substance de séparation », placée entre chaque maillon humain.
Jointoyer permettra effectivement d’ « occuper » symboliquement les espaces interstitiels qui demeurent à jamais entre 2 entités foncièrement distinctes. L’ambivalence du joint devenant séparation se verra étymologiquement corroborée par le sens du verbe « joindre », issu du latin jungere, appartenant au groupe de jugum ( ꟷ˃ joug), signifiant coercition, contrainte, mais aussi lien, assemblage, attelage, conditionnant une forme de bonne intelligence, de concorde fraternelle.
Un tournant se produira discrètement au décours du dernier grade de Perfection, celui de Grand Élu, 14ème degré, où apparaitra nommément la texture symbolique propre dudit ciment, dénommé alors « ciment mystique ». L’épithète accolée à ce ciment en fera donc une locution bipolaire intercessive entre matière et esprit, plus avancée spirituellement que le « ciment ordinaire » des grades symboliques, et constituée ici de 4 éléments hautement symboliques : le vin, dont l’« esprit » le liera au Feu, la farine, produite par la Terre ; l’huile, dont l’onction caractérise la spiritualité, et donc l’Air ; et le lait, nourricier et gestatif, relatif à l’Eau générative. Nommer « bibliquement » ce ciment, et donc « créer » et isoler celui-ci reviendra à en asseoir l’origine et en légitimer la portée.
En mettant ici en évidence son principe qui était présent dès l’initiation, ce ciment se verra objectivé par 2 fondements symboliques puissants : 1°) Au-delà du ciment lui-même, les objets utilitaires permettant ce jointoiement seront mis en exergue lors de la cérémonie d’initiation au grade de Grand Élu, Parfait et Sublime Maçon, à savoir une auge d’argent et une truelle d’or rejoignant, par leur dualité texturale, la gouvernance binaire de l’existence et donc de l’initiatique, mais aussi, par l’or, la discrète influence progressive du divin en l’homme .
2°) Une sentence, peut-être la plus importante du 14ème degré, « La vertu a uni ce que la mort ne pourra séparer », car en maçonnerie, l’évolution ne conduit pas seulement, comme dans le monde profane, à un sommet qui vous distingue de l’autre, mais conduit aussi à faire fi de ce que cette action a construite, pour se centrer sur celui qui l’a construite : initiatiquement, l’action révèlera l’individu dans sa profonde simplicité. C’est cette dynamique de séparation des principes que j’appellerais la vertu. Cette séparation se retrouvera dans les vertus et les arts de l’Échelle Mystérieuse portés par ses 2 volées. Selon le sens étymologique commun, le terme vertu provient de Vir, l’homme : la vertu est donc intimement attachée au statut de celui-ci, en tant que source, qu'origine. Mais la vertu d’un homme ne se manifeste donc pas uniquement par les qualités intrinsèques qu’il est censé posséder, mais aussi par la possibilité qu’il aura de les exprimer, de les développer à des fins d'extension de ses prérogatives : ce développement séparatiste sera tout le secret de l’Échelle Mystérieuse, dont, je le répète, les 2 volées distribuent les vertus en reflet des arts qui les substantialisent (et les arts en reflet des vertus qui les essentialisent). Les vertus sanctionneront donc la capacité que nous aurons de nous découvrir plus avant, de nous agrandir, par nous-même et pour nous même, et donc d'aller « au-delà de », interprétation biblique et signification hébraïque possible du terme de Galaad. « Au-delà de » est une expression qui tient à la fois de l’endroit où l’on se trouve, et de la projection que l’on peut en espérer, en termes de franchissement, d’appel à un autre état.
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Il s’agit donc bien aussi ici d’une séparation, chapeautée par le « Nec Plus Ultra » du grade de Chevalier Kadosch, 30ème degré du REAA, qui ne peut se concevoir que si une frontière, une limite a été préalablement posée par la conscience qu’à l’homme d’exister. En effet, si l’homme a conscience d’exister, c’est également qu’il a conscience de la finitude que lui impose ce statut. Ce bruit de fond diffus existentiel qu’est la finitude se verra rejoué en permanence durant l’instruction et le rituel maçonnique. C’est aussi ce même mécanisme que l’on rencontre quand un être important pour soi disparaît : il arrive qu’on ait le sentiment qu’il continue de vivre en nous. C’est en fait la relation à celui-ci qui subsiste, dans ce qu’elle a pu avoir de constitutionnelle, d'émancipatrice et de structurante : ce que nous avons construit à partir de l’autre, ou ce que nous avons trouvé chez l’autre ne s’effacera pas avec sa disparition, mais viendra s’intégrer à ce que nous sommes.
THIERRY DIDIER
À SUIVRE …
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"En dépit de tous les progrès, l'inintelligence cependant subsistera.
Géant stupide, elle produira des désordres, tant qu'elle ne sera pas
immobilisée. Il faut que les retardataires de l’évolution intellectuelle soient rivés au sol devant l'entrée du grand Temple humanitaire."
GOETHE Märchen "Le serpent vert"
Comme toutes les histoires, celle-ci commence par il était une fois...
Il était une fois un roi, le plus puissant de tous les temps, créateur de l'Univers, puisque lui seul avait pu accéder à la connaissance de l'Absolu.
Celui-ci avait peu de distractions, la seule qu'il avait eu jusqu'ici était de pouvoir faire couler entre ses doigts toute cette poussière de petites planètes dorées qui volaient çà et là à travers l'espace infini.
Un jour, il connut la monotonie et eut envie de quelque chose de nouveau. Il prit entre ses doigts l'une de ces petites poussières, l'éleva jusqu'à son visage et lui donna un nom : Terre. Désormais, ce serait déjà plus drôle, celle-là, il l'a reconnaîtrait.
Mais ce n'était pas suffisant. Pour compléter son oeuvre, il créa sur cette planète quelque chose qui pouvait se mouvoir et se reproduire : ainsi apparut la vie.
Il s'amusait beaucoup à regarder ces formes bouger, ramper, se multiplier, pouvant elles-mêmes donner naissance à la vie. Toutefois, il leur manquait quelque chose et il décida d'attribuer à ces amas de matière vivante le pouvoir de se suffire à eux-mêmes, de mieux accéder à la liberté, il voulut leur donner une qualité qui les rendaient plus proches de sa propre image ; il leur donna l'Esprit. Ainsi naquit l'animal.
Mais tous ces animaux étaient absolument égaux entre eux, faits de manière identique, se nourrissaient des mêmes aliments et avaient une pensée uniforme. En observant l'un d'entre eux, il les connaissaient tous. Son œuvre n'était pas parfaite, il fallait la compléter. Il décida que la seule manière de rompre cette monotonie (et en même temps de satisfaire sa curiosité) serait de créer l'inégalité entre ces animaux. Il les convoqua donc tous ensemble (il y a bien des millions d'années) et leur fit la proposition suivante :
"Animaux ! J'ai décidé de vous donner à choisir entre trois manières d’être :
- soit vous aurez une forme physique considérable mais vous ne pourrez vous reproduire que très lentement.
- soit vous serez petits et fragiles mais alors vous pourrez vous reproduire très rapidement.
- soit, enfin, vous ne serez ni l’un, ni l'autre, mais je vous donne l'Intelligence."
Les animaux se concertèrent. Il y avait, bien sûr un choix très difficile à faire. Manquant du fruit de l'expérience, on ne pouvait compter que sur le seul raisonnement et il était évident que de cette décision dépendrait le sort de l'espèce qui serait dorénavant créée.
A la date prévue, les animaux se rassemblèrent à nouveau et firent part de leur choix. Beaucoup optèrent pour la force physique, d'autres préférèrent la multiplication rapide, mais celui qui surprit le plus l'assemblée fut une sorte de singe que l'on appelait Semos et qui fut le seul à choisir l'Intelligence. Ce choix provoqua le rire de toute l'assemblée et c'est à partir de ce jour que, par raillerie, les autres animaux le surnommèrent "Semos sapiens". Que pourrait-il bien faire de cette Intelligence ? Il était certain que le sort de cette espèce était réglé d'avance.
Ainsi tous les animaux repartirent sur la Terre et la lutte pour la vie commença.
Les premiers temps, la vie des Semos fut très difficile. La race faillit disparaître plusieurs fois. Toujours attaqué et toujours vaincus par des bêtes beaucoup plus fortes qu'eux, c'est avec énormément de peine qu'ils trouvaient leur nourriture. Ils en étaient réduits à manger essentiellement des végétaux et il leur fallait se contenter d’attraper des animaux plus petits mais souvent plus rapides à la course qu'eux. Les enfants qu'ils faisaient étaient rares par rapport à ceux d'autres espèces. Ils durent leur survie à leur ingéniosité à se cacher, à lutter contre le froid en s'abritant sous les rochers, en se vêtant de feuilles ou de peaux de bêtes.
Un jour, cependant, les Semos prirent conscience du profit que l'on pouvait tirer de l'usage d'un bâton ou d'une pierre : l'outil était né. Ils comprirent que certaines formes de pierres étaient plus meurtrières que d’autres : ce fut l'avènement de la pierre taillée.
Un jour de félicité, ils découvrirent une puissance considérable, à la fois matérielle et spirituelle : le feu. Le feu, source de chaleur, leur permit de se protéger du froid et de rendre plus digestes les aliments. Il leur donna aussi la possibilité de pouvoir modeler une matière appelée métal selon la forme désirée.
C'est ainsi qu'après avoir eu tant de mal à survivre, grâce à l'outil dont ils étaient les seuls capables de se servir, un équilibre se fit peu à peu entre les Semos et les autres animaux. Bien sûr, il restait ceux qui avaient une puissance considérable mais ceux-ci se reproduisaient si lentement que peu à peu leur espèce disparut. Les Semos eux, grâce à leur Intelligence, inventèrent des instruments de plus en plus perfectionnés pour la chasse ou la pêche, des outils pour cultiver la terre afin de tirer le meilleur profit du monde végétal qui les entourait. C'est aussi à cette époque qu'ils commencèrent à dessiner, à chanter et à faire des sons harmonieux, seuls ou en groupe, répondant aux besoins esthétiques inconscients de leur esprit.
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Ce fut une étape importante dans l'évolution de la race des Semos lorsqu'en plus de l'utile ils découvrirent le beau. Les Semos se rendirent compte que les sons qu'ils émettaient pouvaient être modifiés et utilisés pour communiquer entre eux. Par convention, certains sons prirent une signification précise que l'on appela mot: le langage parlé était né et devint de plus en plus élaboré. Ils arrivèrent même à traduire ainsi toutes leurs pensées. Des dessins correspondant à ce langage furent ensuite créés : ce fut l'avènement de l'écriture.
Au début, les Semos formaient des groupes de sexes différents certes, mais tous égaux entre eux. En se multipliant, les groupes devinrent de plus en plus importants. Comme l'indiscipline naissait, on établit une règle et des responsables furent désignés mais il était bien entendu que ces responsables n'auraient aucun pouvoir sur les autres.
Les Semos avaient malheureusement deux inquiétudes : d'une part, ils ne connaissaient pas la raison de leur vie sur la Terre et, d'autre part, chacun d'entre eux savait, contrairement à d'autres animaux, qu'un jour prochain il serait frappé par une mort inévitable. Or, doté de l'intelligence et de la vie, ils ne pouvaient supporter l'idée d'être faits de la même matière que les choses.
Ils pensèrent donc logiquement qu'il y avait un créateur tout puissant qu'il se mirent à adorer. Tous n'étaient pas d’accord ; les uns crurent en un phénomène naturel, d'autres en des animaux, d'autres encore en un Semos réel ou imaginaire élevé au rang de divinité. Ces croyances leur promettaient l'éternité au-delà de leur mort, ce qui apportait de cette manière un remède à leur angoisse. Les religions prirent ainsi naissance mais chacune avec les divinités et leurs rites propres.
Les Semos vivaient ensemble en bon accord n'ayant ni le sens de la propriété, ni celui de la puissance. Ils se contentaient de cultiver et de chasser pour se nourrir. Le soir venu, ils se réunissaient autour du feu dans des cavernes abritées sans qu'il n'y eut jamais la moindre querelle entre eux. Ils vivaient en équilibre parfait avec le milieu naturel, ne mangeant que lorsqu'ils avaient faim, ne buvant que lorsqu'ils avaient soif et ne faisant l'amour que lorsque l'instinct le leur dictait.
Pour mieux vivre, ils se mirent à conquérir des territoires de plus en plus vastes. Ils asservissaient aussi des animaux les uns pour les faire travailler, les autres pour les manger. Si quelquefois l'autorité des Semos était contestée par quelque bête sauvage, celle-ci était pourchassée et impitoyablement mise à mort. Ils étaient ainsi devenus les maîtres de la planète.
Les animaux alors s'inquiétèrent de la puissance qu'avaient prise les Semos. Craignant qu'un jour il n'y ait plus suffisamment de territoires pour eux-mêmes, ils élirent un roi qui fut délégué auprès du Créateur de l'univers pour obtenir que l'Intelligence fut accordée aux animaux. Le Créateur de l'univers rappela que le choix avait été fait en toute liberté et que les ancêtres des animaux n'avaient pas manqué de rire des Sémos lorsque ceux-ci avaient opté pour l'Intelligence. De toute manière, il était bien entendu que la décision avait été prise une fois pour toutes et qu'il n'était pas question de la remettre en cause. Cependant, avant de congédier le roi des animaux, le Créateur lui dit: "Ami, ne t'arrêtes pas à ton observation présente, redescends sur Terre et dis à tes disciples que si l'Intelligence des Semos fait leur félicité d'aujourd'hui, elle contient peut-être en elle le germe de leur malheur de demain".
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Les Semos, qui étaient arrivés à être la race la plus puissante de la Terre, avaient jusque-là vécus en paix. On aurait pu croire qu’ils avaient trouvé la clef du bonheur universel. Mais ce qu'ils n'avaient pas pu vaincre en eux c’était l'inquiétude et la peur primitives qui les habitaient alors qu'ils avaient à se défendre du milieu hostile qui les entouraient. Il en résultait un besoin de puissance, puissance qui, une fois acquise, les sécurisait. Au fur et à mesure des générations, cette inquiétude se perpétuait et ce besoin de puissance allait croissant, les entraînant dans une étrange folie : l'obsession de dominer.
Chaque Semos délimita une parcelle de terre et déclara qu'elle était à lui ; il était même prêt à se battre pour en interdire l’accès : ce fut l'avènement de la propriété. Les groupes mirent des frontières à leurs territoires morcelant ainsi toute la surface de la terre. Certains groupes voulurent en posséder beaucoup plus que leurs besoins ne l'exigeaient. Un jour, les frontières d'un groupe rencontrèrent celles d'un autre groupe et, comme les Semos étaient habitués à ce qu'on leur cède, ils commencèrent pour la première fois à se battre entre eux et à utiliser leur puissance contre leurs congénères. Ainsi certains groupes de Semos disparurent ou furent asservis au même titre que des animaux.
Leurs chefs étaient de nature encore plus inquiète que les autres, ce qui augmentait d'autant leur besoin de puissance. Ils contraignirent leurs condisciples à penser comme eux, soit par la parole, soit par la force. Ainsi la mission de responsabilité qui leur avait été confiée se commua en un véritable pouvoir. Certains mêmes voulurent le transmettre à leur descendance, prétendant qu'ils l'avait reçu du Créateur lui-même, ce qui rendait leur puissance absolue et indiscutable.
Les motifs de querelles entre les Semos devinrent de plus en plus nombreux et d'une futilité parfois surprenante. Ils s'aperçurent, par exemple, qu'il existait entre eux certaines différences par la taille, par les cheveux ou par la peau qui était blanche, jaune ou noire. Pour cette seule raison ils s'entretuèrent. Chaque groupe de Semos avait adopté une religion et chacune d'elles croyait posséder la Vérité. Ce qui est curieux, c'est que toutes voulaient le bien de l'ensemble des Semos et, cependant, elles les faisaient se massacrer sous prétexte que la vérité de l'une était différente de celle de l'autre.
Il régnait donc sur la Terre d'incessantes querelles. Au début, les Semos employèrent des armes rudimentaires proches de l'outil. Mais, au cours des temps et au fur et à mesure de l'expérience acquise, ils confectionnèrent des machines capables de lancer des flammes ou de projeter des morceaux de métal afin de mieux exterminer leurs semblables.
Les Semos ne se contentaient pas de se battre entre eux ; leur besoin de puissance les conduisaient à tuer les autres animaux, sans raison apparente, menaçant ceux-ci de disparition totale. Il en fut ainsi de certaines espèces, notamment celles qui n'eurent pas la chance de pouvoir se reproduire assez rapidement.
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Grâce à leur ingéniosité, les Semos avaient confectionné des machines de plus en plus perfectionnées, les soulageant peu à peu de toutes les peines physiques. Certains même eurent l'idée d'inventer d'étranges petits chariots montés sur quatre roues dans lesquels ils se déplaçaient très vite et qui leur évitaient de marcher. Ils fabriquèrent même des machines pour aller sur ou sous l'eau et d'autres qui leur permirent de voler à la manière des oiseaux. Mais, pour fonctionner, ces machines avaient besoin d'énergie qu'il fallait puiser dans les ressources naturelles qui s'appauvrissaient rapidement. Pour augmenter leur confort, ils fabriquaient beaucoup d'objets mais les industries ainsi créées polluaient sans vergogne l'atmosphère et les eaux.
Comme nous l'avons relaté, les Semos primitifs ignoraient la propriété qui était devenue pour les Semos d'aujourd'hui le souci essentiel. Pour échanger cette propriété, on avait d'abord eu recours au troc mais cela était peu aisé; on créa donc un intermédiaire nécessaire qui possédait en lui le symbole de la propriété. Ce moyen était fait de petits ronds de métal ou quelquefois de feuilles de papier conventionnellement imprimées de certaines de signes et d'images. Certains Semos comprirent vite l'avantage qu'il y avait à en posséder beaucoup. Ils acquéraient ainsi aux yeux des autres une puissance potentielle très importante. Mais, comme leur fortune était souvent entreposée en quelque endroit obscur, leur souci était de faire connaître aux autres l'importance de celle-ci. Différents moyens étaient possibles :
- la manière de se vêtir de peaux de bêtes jugées très rares
- de porte des bouts de métal ou de pierres décrétées précieux
- de posséder une plus ou moins grande cabane pour s'abriter
- ou encore d'avoir un important chariot pour se déplacer
Certains Semos, plus raisonnables que d'autres, essayaient de convaincre leurs congénères que cela ne pouvait en rien leur apporter le Bonheur mais en vain.
Les Semos avaient ainsi acquis de plus en plus de savoir. Ils pensaient même pouvoir atteindre la Connaissance absolue et apaiser leur inquiétude de manière définitive mais à chaque fois qu'un problème était résolu un autre se présentait immédiatement. Par ailleurs, beaucoup craignaient que les forces qu'ils avaient engendrées échappent à leur contrôle. En effet, s'ils avaient inventé des machines suffisamment perfectionnées pour pouvoir supprimer toute peine physique, ils avaient aussi découvert l'arme absolue qui permettait de supprimer toute vie sur Terre en un instant. Cela avait au moins pour conséquence de mettre un terme aux conflits car celui qui en aurait déclenché un en aurait du même coup péri.
On pourrait croire que dégagés de bien des soucis de la vie matérielle et n'ayant plus à craindre de nouvelles querelles, les Semos auraient désormais vécus parfaitement heureux mais l'histoire démontre le contraire.
Comme ils ne faisaient plus marcher leur corps, celui-ci dégénéra au fur et à mesure des générations. Cela fut aggravé par l'apparition d'une science dénommée médecine qui permettait aux êtres faibles de survivre et de se reproduire. Ce corps était tout juste bon à soutenir une tête considérable car seule la tête, siège de l'Intelligence, continuait à évoluer.
Ce qui était encore plus grave pour les Semos, c'est que la tristesse s'installa en eux de manière permanente. A cela il y avait deux raisons. La première était que l'avènement de la machine avait supprimé tout travail artisanal or celui-ci semblait nécessaire à l'équilibre des Semos. En effet, c'est par l'œuvre accomplie qu'ils justifiaient leur existence et prenaient conscience de leur utilité. La deuxième raison était d'avoir complètement perdu la notion de la relativité qui leur permettait d'accéder au Bonheur intérieur. Ne connaissant plus ni la peine ni la douleur, ils ne pouvaient concevoir ce qu'était la joie. Ce qui avait été source de bonheur pour les parents devenait chose normale pour les enfants. Ils en étaient même arrivés à perdre la notion d'Idéalet prenaient peu à peu conscience de leur inutilité. Ce sentiment de tristesse devint si fort que certains Semos en arrivèrent à supprimer volontairement leur vie. D'autres se mirent à inventer des sources de plaisir artificiel en absorbant des liquides ou des poudres qui leur permettaient d'oublier un instant leur condition mais cela était préjudiciable à leur santé physique et les conduisaient à peu près sûrement à la mort.
Cette tristesse fut un tel fait commun que l'ennui de se suicider collectivement leur naquit peu à peu. On décida de réunir une assemblée générale pour savoir si l'on pouvait porter remède à cet état de chose ou s'il valait mieux supprimer la race des Semos. Il apparut rapidement à l'assemblée qu'il n'était pas possible, en l'état présent de conformation physique et intellectuelle des Semos, de pouvoir survivre. Le suicide collectif fut décidé.
Ainsi disparut la vie sur la Terre…
Alors le narrateur se tourne vers le Principe Créateur et le voit la tête entre les mains en train de pleurer. Lui qui était si puissant, lui qui n'avait jamais fait la moindre erreur, venait de commettre sa première faute : celle de n'avoir pas su donner aux Semos le complément nécessaire à l'Intelligence, la Sagesse.
"Dis, monsieur, elle n'est pas en vrai ton histoire ?
"Bien sûr que non, mon enfant ! Elle n'est pas en vrai, ce n'est qu'un conte, un conte pour grands"
Yann Vidrequin
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RECENSION : THIERRY DIDIER : LA TABLE D’ÉMERAUDE UNE APPROCHE MAÇONNIQUE PART II.
Dans une première recension le moment de vérité de l’initié à été évoqué par Thierry Didier dans son approche originale de la Table d’Émeraude. Il nous propose ensuite un chapitre qu’il intitule : Du périple souterrain, immédiatement nous percevons le rapport qu’il fait entre le texte hermétique et le chemin initiatique maçonnique.
Dès l’introduction de ce chapitre il convoque Apollonios de Tyane le grec, que les arabes nomment Bélinous nous rapportant ce prologue supposé de la Table : Tandis que je dormais, un vieillard dont la figure ressemblait à la mienne, se présenta devant moi et me dit : lève-toi Bélinous, et entre dans cette route souterraine. La corrélation avec le périple initiatique est faite, au-delà avec le rêve de Jacob, ou l’Apocalypse de Jean de Patmos. La Lumière apparaît aux apprentis.
J’ai relevé une analyse pertinente des deux verbes : entendre et écouter et aussi voir et regarder. Nous avons tendance intellectuellement à mettre l’accent sur écouter et regarder. Thierry Didier en fin analyste guide notre réflexion en s’appuyant sur le texte biblique Genèse 41.15 Pharaon s’adressant à Joseph : Il te suffit d’entendre un songe pour pouvoir l’interpréter… De même pour Jean de Patmos il est bien question de vision, en rapport avec le verbe voir et non de regarder. Je vous laisse à votre réflexion.
Le texte de la Table d’émeraude est décrit par l’auteur comme une clé (4ème degré) ou un anneau à soulever pour Guibulum, pour avancer vers le cœur de l’initié.
C’est en se débarrassant de tous nos encombrants intellectuels et psychiques, de tous les vêtements qui nous alourdissent que nous pouvant espérer sortir du centre des ténèbres comme le Chevalier du Soleil 28ème degré du R E A A. Entendre ou écouter, Voir ou regarder à vous de choisir !
L’auteur conclu son chapitre en mettant le doigt sur le moment où l’esprit échappe à l’entendement rationnel. Je le cite : En clair, si cette Table est symboliquement lisible dans la profondeur de l’obscurité, et ne l’est plus sous le soleil de la lumière rationnelle, c’est que ladite Table est porteuse de caractères ésotériques qui ne se laissent dévoiler que dans le cadre très particulier de la recherche initiatique. C’est l’ouverture vers les analogies entre les 12 préceptes de la Table et les degrés initiatiques initiant, du Rite Écossais Ancien et Accepté qu’il nous rapporte dans sa vision, son approche maçonnique de la Table. Une approche riche en découvertes qui n’étaient que voilées et dont il soulève le voile dans son œuvre.
Jean-François Guerry.
À SUIVRE…
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Une des caractéristiques majeures de la franc-maçonnerie est que la construction qu’elle induit de façon progressive chez l’initié pousse ce dernier à s’en émanciper. En effet, en Franc-Maçonnerie, dès que l’on construit quelque chose, l’édifice se distingue de ce sur quoi il s’est fondé, et si la construction individuelle est souvent perçue comme un ordonnancement qu’il conviendrait d’achever, elle est aussi libératrice car il faut être détaché de ce qui nous a généré pour percevoir une destinée qui aurait pris sa source depuis que le monde est monde. Ce double mécanisme concomitant s’appelle une séparation, et cette séparation va conditionner tout ce qui aura trait à cette discipline initiatique. La séparation en degrés va aider à faire émerger en nous des sentiments et des postures initialement suffisamment enfouis pour que nous puissions les vivre sans nécessairement être capables de les objectiver complétement. Nous en ferons alors des sujets discrets, indexés, mêlés à notre personnalité, qui vont cheminer dans notre for intérieur avant, à un moment déterminé, de se voir projetés sur le devant de la scène, comme un objet posé devant soi : on appelle cela l’objectivation, et celle-ci signera alors la capacité de l’initié à passer au grade suivant.
Exemples : la recherche identitaire accompagne l’apprenti depuis son initiation, elle lui est consubstantielle durant tout le temps d’apprentissage. Elle n’est pas détectable en tant que telle, car elle représente à ce niveau tous les champs des possibles. Elle se construit néanmoins progressivement à l’intérieur de l’apprenti jusqu’au moment où celui-ci en prend réellement conscience. A ce moment précis, l’identité de l’apprenti, de sujet devient objet, et l’apprenti pourra s’appuyer sur cette nouvelle donne, maintenant bien visible, non plus seulement pour être le viatique discret de son évolution, mais aussi pour devenir un point d’appui permettant de se projeter autrement. Cette présence identitaire incontestable aura pour conséquence, à partir du moment où elle sera objectivée, d’interagir avec un environnement qu’elle ne peut plus alors ignorer. Cette prise en compte de l’« avec » qualifiera alors le passage de l’apprenti au compagnon, dont on sait que la racine cum, signifie justement « avec ».
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Le verbe séparer préserve les parties, qu’il contribue néanmoins à isoler, à individualiser. Á la fin du 15ème siècle, ce verbe signifiait : « éloigner d’une destination, en parlant d’une distance ». Á l’origine, le verbe séparer est emprunté au latin separare « mettre à part », composé de « -se », marquant la séparation, et de parare, arranger et parer. L’intensif, en linguistique, renforce la notion exprimée. Séparer est un intensif de parere, qui signifie « procurer », et par spécialisation, « faire naître ». Ce mot emprunté à separare signifiait aussi « se diviser en plusieurs éléments ». En fait, l’initiatique maçonnique consistera à individualiser les situations, les objets et les rencontres afin d’imprégner au mieux chaque initié. Cette séparation donnera plus d’acutesse au rituel, qui agira alors à la façon d’un ciseau, contondant et pointu, sur cette masse confuse que symbolise la vie telle qu’elle est perçue par l’humain, c’est-à-dire un bain existentiel globalisé.
C’est ce en quoi le sacré collera au réel : il réemploiera des schémas qui existent naturellement dans la vie quotidienne, mais qui deviendront, dans ce cadre restreint, des niveaux de séparation, et donc des échelles d’appréhension qui égrèneront, autant que nécessaire, tout ce qui sera susceptible d’influer durablement sur l’être humain. La séparation est donc bien un acte de création, établi à partir d’une source qui trouvera son énergie, à la façon de la fission nucléaire, dans la distinction de ses 2 pendants. La séparation, ontologique et verticale telle que nous venons de la définir, se résoudra au quotidien et dans l’esprit de chacun, en une séparation horizontale dont l’avantage sera de considérer chaque groupe par rapport aux autres, chaque idée par rapport à une autre sans en affecter l‘existence. La séparation marquera au cours des cérémonies et des tenues régulières la spécificité de chaque élément symbolique y contribuant.
C’est pourquoi les éléments alchimiques sont éprouvés séparément (les 4 épreuves) par le candidat, avec toute l’âpreté de leur acutesse. C’est aussi toute la subtilité des sentences lapidaires, acérées et mordantes présentes dans le Cabinet de Réflexion, qui contribueront à exalter la sagacité de l’impétrant ; ce sera également l’occurrence du sel, du soufre et du mercure décomposant la nature humaine en un tryptique ontologique. Enfin, le temps linéaire lui-même sera séparé en 3 composantes, le Coq, inducteur, le sablier, cyclique et renouvelable, et le crâne, finalisateur. Ces composantes archétypiques du temps s’effaceront sous l’action de la flèche d’un temps qui les contiendra tous : on dira que Chronos ingérera, absorbera ses enfants. Cronos sera ainsi le « coupeur » entre le ciel nocturne (Ouranos), symbolisé par le Cabinet de Réflexion et le ciel diurne, celui de la manifestation ostensible de la suite de la cérémonie d’initiation.
La morale sera également très présente, moins pour qualifier une éthique que pour donner, par les sentiments puissants qu’elle induit traditionnellement, (honte, crainte, impuissance, médiocrité supposée, etc…) une énergie considérable, tel le sentiment d’amertume, ressenti jusque dans sa chair, celui de l’exposition violente à la scène du parjure ou celle de l’inconfort extrême que suscitera en fin de cérémonie l’exigence immédiate, par le néophyte, du don des métaux « pécuniaires ». Ces exacerbations morales augmenteront encore cette « fragmentation » de l’initié. Les phrases du rituel participeront aussi à cette séparation sémiologique, par l’oralité alternante des différents officiers, souvent distribuée en question et réponse qui détermineront, par leurs saccades, une scansion « perturbante et donc prometteuse », comparée au phrasé délié habituel du langage commun.
Ce sera aussi le cas de la déambulation, dextrocentrique, qui au-delà de son caractère symbolique et moral, séparera, en évitant à tout moment une circulation dans l’autre sens (sauf à un court moment, lors de l’épreuve de l’Air, mais là à dessein). Dans la vie profane, on retrouvera à certains moments l’essence de chacun de ces composants, mais ceux-ci seront alors emportés dans une mouvance globale mue par la flèche du temps et par le volume indistinct de l’espace. En fait, ce ne sont pas là les éléments qui s’agrègeront, c’est l’homme qui, dans son insatiable quête, finira par lisser en un tout plus ou moins confus et global ce qu’il vit en temps réel. Pour résumer en quelque mots l’initiation, il s’agira de reproduire le mouvement de la vie, mais en contrôlant le caractère « contingent » qui colore nécessairement les remous, bouillonnements et animations de la vie profane. Or quoi de mieux, pour maitriser ces contingences, que de les séparer afin d’en contrôler l’incidence ? Un profane qui regarderait une tenue maçonnique y verrait des « cassures » permanentes, du rythme, des acteurs et de leur marches « erratiques », là où un initié confirmé, conscient de son statut et de ses prérogatives, se verra simplement « séparé », c’est-à-dire structurellement présent, mais fonctionnellement éloigné de ce cadre ontologiquement violent sans pour autant y perdre de sa substance et de son jugement. Tout choix rituel sera ainsi une discrète séparation, dans la mesure où un choix est forcément dichotomique : ces choix seront théorisés et mis en exergue par le rite, par l’impact qu’il aura sur l’initié.
Cette séparation, codifiée et entretenue, permettra également de ne pas se perdre, et donc d’exercer la différenciation des concepts, des formes et des structures sans affecter la conscience de l’initié. Le bruit de fond sera alors au signal ce que le conjoncturel sera à l’essentiel, c’est-à-dire une séparation ontologique destinée à terme à se réunir en une synthèse plus vivante, plus puissante car renouvelée. Pour rester didactique, cette séparation induira aussi de nécessaires temps de repos, afin de valider en soi lesdits concepts. Comme le précise une sentence du 3ème degré : Q- : « Comment êtes-vous parvenu à cet endroit ? R- : Par un escalier tournant, comportant 3, 5 et 7 marches, séparées par 2 repos ». Pour filer la métaphore, le rite permettra à l’initié de « se perdre dans un milieu normatif », où le seul vrai danger serait de vouloir renoncer à sa propre évolution.
La séparation renverra donc dos à dos les 2 volets qu’elle contribue à distinguer. Il s’agira là d’une véritable action ternaire où seront préservés lesdits volets, mais aussi l’acte lui-même de séparation, qui est le tiers inclus de cette action. Cette action séparatiste aura la vertu de ne pas toucher à l’intégrité des constituants, contrairement au clivage, à la coupure ou à la césure, qui produisent, eux, une action incisive et violente, obérant nécessairement l’intégrité des 2 parties. Cliver ou sectionner est quelque chose de nécessairement blessant, chaque partie « clivée » conservant le souvenir douloureux de cette coupure. Or la recherche initiatique est une discipline holistique : elle ne laisse personne sur le bord de son chemin, sans quoi ne serait-elle qu’une simple variation de la vie profane qui, elle, ne s’embarrasse pas, et c’est humain, des impasses, des non-dits ou mauvais choix laissés pour le coup sur le bord de la route.
Vivre le temps de la séparation, pour un initié, sera donc évaluer en soi ce qui s’écarte : cet écart ne sera pas un écartèlement, auquel cas ne serait-il vécu que comme une dissociation. Au contraire, la séparation appellera à une prise de conscience de ce qui se sépare en nous lorsque nous évoluons. La séparation exacerbera ce qu’il y aura de plus pur en nous : tous les sentiments liés aux contingences journalières n’auront alors plus lieu d’être : on pourra appeler ça le sacré. Le candidat aura donc le sentiment d’un parcours particulier, émaillé de postures, de sentences et de sensations codifiées, ce qui est exact, mais il ne percevra pas immédiatement le caractère séparatiste des valeurs qui lui sont soumises. Il acquerra ainsi une « tendreté initiatique », sous les coups de semonce de la cérémonie d’initiation, qui visera à l’imprégner, au début à son insu, de principes particuliers qu’on qualifiera d’initiatiques. Cette double dynamique de structuration et d’émancipation conduira à une forme d’« écartèlement doux », où sera préservée ce qui fait la nature d’un initié, c’est-à-dire le maintien de son intégrité physique et intellectuelle. C’est en cela que la séparation n’est pas une cassure ou un clivage car, dans ces derniers cas , une véritable ligne de rupture entre 2 milieux se fera jour, alors que la séparation conduira au contraire à ménager entre structuration et émancipation une sorte de zone franche sommitale, de « Nec plus Ultra », d’Ein Soph kabbalistique, pas franchement délimité , qui nous renverront physiquement à la houppe dentelée qui jouxte par ses nœuds lâches et desserrés le milieu profane, extérieur et le milieu sacré, à l’intérieur de la loge constituée.
À SUIVRE …..
Thierry Didier
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LE TEMPLE QUEL TEMPLE ?
PART II
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eproduire sur terre l’image du ciel, c’est construire le temple spirituel ou plus exactement le rénover retrouver son état antérieur, tel qu’il était dans l’Eden, mythe de l’éternel retour ? C’est agir en bâtisseur, en architecte, en démiurge humain, en répétant les actes primordiaux animé par la Force, la Sagesse et la Beauté qui est en nous. C’est-à-dire comme le faisait les manichéens plonger avec vigueur dans les ténèbres pour y chercher les rayons de lumière, et mettre ces rayons dans la matière pour la spiritualiser. C’est cela mettre de l’Ordre dans le Chaos pour faire que toutes choses soient harmonieuses comme un ciel d’été en pleine de lumière.
Pénétrer dans notre temple intérieur rénover, c’est entrer en communication avec le divin dans un espace sacralisé par nos actes et notre esprit, c’est combattre l’ignorance et rechercher la Vérité qui est Connaissance, cette Connaissance qui est Amour.
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Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité.[1] Non pour eux-mêmes, mais pour la Gloire du principe d’unité et d’harmonie. Parce nous savons que l’esprit du principe habite en nous, Plotin l’avait compris avec ses hypostases il parvint paraît-il dans de rares moments d’extases à admirer son âme sortie de son corps.
L’art de bâtir le temple idéal et tout son symbolisme dévoilé est le fondement l’objectif idéal de la Franc-maçonnerie. Le temple de Salomon est le prototype de cet idéal. Cette construction du temple est à mettre en analogie avec la transformation progressive, la métamorphose intérieure et extérieure du franc-maçon. Chaque degré maçonnique est une pierre spirituelle agrégée par l’initié sur l’édifice de son être intérieur, le ciment qui relie toutes ces pierres est façonné dans la loge creuset alchimique vase clos à l’écart des impuretés extérieures. Les sœurs et les frères contribuent ensemble à transmettre la méthode de la construction. Prenez place mes sœurs et mes frères chacune, chacun à la vôtre.
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Le symbolisme de la construction, intègre, assimile, en son sein une double tradition, la tradition hébraïque dans sa forme ésotérique et la tradition hermétique c’est-à-dire la Kabbale et l’Alchimie. La Kabbale enseigne et déclare que la Connaissance véritable du royaume des cieux n’est possible que grâce à la vision du cœur, à l’œil présent sur le tablier du Maître Secret qui est le Maître intérieur, la clé est là à portée de la main guidée par le cœur. Celui qui médite en silence communique avec les mystères du sacré, il associe en triangle les trois ‘S’ Silence, Secret, Sacré, ainsi il peut tourner son regard vers les hautes sphères de la Connaissance spirituelle qui est Amour du principe et Amour des hommes.
Le temple matériel physique que Salomon a construit sur le mont Moriah, (ce mont qui fût aussi celui sur lequel était venu Abraham avec son fils Isaac). Ce temple fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises, cependant ses fondations traversent le temps, sont indestructibles. Le nom même de Salomon (Sol-om-on) représente le nom du Soleil, Lumière de la Justice et de la Vérité qui éclaire le monde. Le temple de Salomon est avant tout le temple de la Lumière, la demeure de la Lumière éternelle, celle qui brille en permanence sur le plateau du Vénérable. Dans le Saint des Saints, cette Lumière brille toujours dans les ténèbres les plus profondes, cette Lumière est la Vérité qui sort du puits.
Des enseignements mystérieux parlent de trois temples du Roi Salomon : le premier temple est la grande habitation de l’univers dans laquelle le soleil s’assoit sur un trône d’or, il est entouré des artisans et compagnons qui sont les douze signes du zodiaque ils rendent gloire à leur seigneur le soleil ainsi est la grande demeure de l’univers. On y voit briller trois lumières la lunaire, la solaire, la stellaire qui illuminent ce temple cosmique. Dans ce temple universel le Roi Salomon se promène libre, son cortège est composé de planètes, de lunes, d’astéroïdes, porteurs de flammes. Hiram l’architecte est la lumière du soleil, Salomon son invisible inconnaissable effluve spirituelle.
Le deuxième temple symbolique est le corps humain, une humble demeure mais faites à l’image de la demeure universelle. Paul interrogeant l’homme lui demandait : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? Et que l’esprit de Dieu est en vous ? Ainsi nous pouvons dire que la Maçonnerie à l’intérieur d’un temple de pierre ne peut être que spéculative, à l’intérieur du temple vivant qu’est le corps elle devient opérative, messagère de l’Amour. Un point est important, il est dit dans les rituels que nous devons porter au dehors les enseignements reçus au-dedans. Si la porte d’entrée est bien en dedans, la finalité de la Maçonnerie est bien de transmettre au dehors. Ainsi intériorité et extériorité se complètent pour faire une unique chose harmonieuse. Emmanuel Levinas le philosophe de l’altérité nous l’a bien enseigné. Ceux qui méprisent le corps oublient qu’il est le support indispensable de l’esprit et de l’âme. La méthode maçonnique avec ses travaux véritables exercices spirituels n’a pas de ‘sens’ si elle est désincarnée. Faire l’homme, construire l’homme c’est donc bien construire le monde.
Le troisième temple symbolique est invisible, c’est le temple de l’âme. Un édifice caché sous l’habit de mariage décrit par Paul comme Soma Psuchicon. Un habit de sacerdoce, construit par l’artisan bronzier dans le moule d’argile. Il est appelé : le temple de la Mer d’Airain, là où est possible l’alliance avec le sacré. Cet habit de mariage est tissé par trois Maîtres Maçons qui personnifie la Sagesse, l’Amour service des autres, et la Beauté. Le temple de l’âme est la véritable demeure éternelle, et celui qui a acquis la possibilité de la construire mérite sans aucun doute le nom de Maître Maçon.
Jean-François Guerry.
À SUIVRE …
[1] Jean IV-24
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LE TEMPLE QUEL TEMPLE ?
PART I
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e symbolisme de la construction du Temple est le fil rouge de la voie initiatique. Une fois cette affirmation posée, la question suivante est mais encore ? C’est sur les traditions qu’il faut s’appuyer d’abord, ce sont les pierres de base, les racines solides qui traversent le temps et l’espace. Les hommes de ces traditions fascinés sans doute, inspirés surement sont les acteurs de la construction des édifices qui par analogie sont les constructions de l’homme. Une volonté d’élever sa pensée plus haut pour se rapprocher de l’unité, engendre une volonté de construire pierre après pierre dans un monde bien plus enclin à détruire qui nourrit la haine et le désespoir. Le Temple a toujours été un lieu de transcendance, préparé, dédié pour que l’homme soit dans le Temple plus grand, en pénétrant une région, un espace plus pur. Le Temple peut être un édifice de pierre, de bois, une tente de toile, un bateau dans la tempête, simplement une clairière dans la forêt, c’est vous qui faites le sacré du Temple. Le plus beau, le plus simple, le plus pur des Temples est dans votre cœur rempli d’Amour infini.
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Ce temple est comme le Ciel dans toutes ses dispositions.[1] Dans ce temple égyptien d’Abou Simbel, le Naos est un édicule de pierre, comparable au Saint des Saints ou au Tabernacle cœur vivant du temple à Abou Simbel, figurant les portes du ciel, il semble qu’il a la forme et les dimensions d’un carré long.
Tu m’as ordonné de bâtir un temple sur ta sainte montagne et un autel dans la ville où tu as établi ta demeure, à l’imitation du tabernacle saint que tu avais préparé dès l’origine. [2] Les temples sont par nature plus que des édifices matériels ce sont des centres spirituels, des foyers où rayonne la Lumière, des lieux d’accueil de la Lumière spirituelle qui irradie tout homme capable de méditer sur son intériorité. Les temples sont des lieux où se croisent deux mondes, la terre et le ciel. Leur architecture découle de la géométrie sacrée régie par les nombres, ces nombres que l’on retrouve dans tous les degrés initiatiques qui rythment l’harmonie, unifient donc mettent fin au chaos pour faire régner l’Ordre. Ainsi à l’entrée du temple à l’Occident nous avons inscrit la devise Ordo ab Chao ou encore nul ne pénètre ici s’il n’est géomètre, le plus grand des géomètres est le Grand Architecte de l’Univers il est dans l’azur céleste, sur terre est le Grand Maître Architecte qui sait manier les instruments que contient un étui de mathématique. La rencontre de la géométrie céleste sacrée et de la géométrie terrestre de la raison a lieu dans le temple matériel qui devient peu à peu un temple de l’esprit. Avant que l’homme ne devienne lui-même un temple en capacité d’accueillir la Lumière, c’est le passage alchimique de la clé d’ivoire matière humaine à la clé d’Or de l’esprit. Le Grand Maître Architecte est celui qui a construit le Tabernacle ou brûle la Lumière éternelle. Il symbolise le lien indéfectible, intime, indissoluble entre l’objet matériel et sa signification spirituelle. Encore démontrant que l’analogie est la clé de la compréhension de la nature.
Le maçon qui tout au long de son parcours rencontre les nombres et les formes géométriques doit toujours en chercher la signification. Les formes architectoniques naissent de la géométrie et des nombres. Pythagore le premier des philosophes l’avait découvert sans doute par héritage, lui qui fut qualifié de demi-dieu, même de dieu par ses élèves. Il croyait à une cosmologie par les nombres.
Sed omnia in mensura, et numero et pondere disposuisti – Toi qui régis toutes les choses avec mesure, nombre et poids [3]
On peut en Vérité dire, que le premier grand temple a été construit par le Grand Architecte de l’Univers, c’est ce que l’on nomme le macrocosme. Il contient toutes les formes et les symboles, il est la manifestation de l’universel, de l’univers complet.
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Nos constructions sont des temples traditionnels des univers miniatures des microcosmes. Nous-mêmes, nos corps sont des temples qui renferment nos âmes qui contiennent l’esprit. Notre parcelle de la Lumière divine, brille, brûle dans le tabernacle de notre âme. Notre travail initiatique consiste après avoir bâti notre temple matériel à construire un autre temple non avec nos mains mais avec notre cœur et notre esprit un temple spirituel capable d’accueillir l’homme véritable prêt à recevoir la Jérusalem céleste celle de Jean de Patmos qui avait été annoncée par Ézéchiel. Nous qui étions comme Jacob endormis la tête sur une pierre brute, nous voilà réveillé par le choc de l’initiation et animé du désir de monter les barreaux de l’échelle vers la Grande Lumière.
Jean-François Guerry.
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