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la Franc Maçonnerie au Coeur

la Franc Maçonnerie au Coeur

Un blog d'information, de conversations sur le thème de la Franc Maçonnerie, des textes en rapport avec la Franc Maçonnerie, comptes rendus et conseils de lectures.

Publié le par Thierry Dubach
22 SEPTEMBRE EQUINOXE - Philippe Dubach

Equinoxe crépusculaire

L'équinoxe d'automne est arrivé. Lundi 22 septembre la durée du jour sera égale à la durée de la nuit.

Cette date historique fut retenue par la première République en 1792 pour installer le calendrier républicain qui débutait, heureux hasard, le jour de l'équinoxe d'automne.
Ce jour devient le premier jour du nouveau calendrier, marquant d'une date solaire la rupture assumée avec le calendrier clérical.  Le 1er vendémiaire de l' an I, équivalent au 22 septembre 1792, lendemain de l'abolition de la monarchie, devient symboliquement le premier jour de l'« ère des Français ».

Ce lundi 22 septembre tout l'hémisphère Nord sera exactement à mi-chemin entre l'été de juin et l'hiver de décembre. Dorénavant les jours seront plus courts. Avec l'automne arriveront les rosées des matins embrumés et des récoltes finissantes.

Le temps est à la fête pour cette transition qui marque la fin d'un cycle d'abondance, qui nous a mené par le réveil, la croissance de la nature jusqu'aux moissons de ses fruits mûris au soleil estival. Cet équinoxe crée un passage doux entre deux extrêmes. Il représente l'équilibre parfait, le centre, un milieu. Le ciel au-dessus de nos tête rentre dans la constellation de la Balance. Symboliquement cette date représente le midi de toute vie, le moment situé entre la naissance et la mort. Un moment de bilan regardant le passé et l'avenir à accomplir.

Voici le temps des récoltes, celui des vendanges de l'été solaire, le temps des réserves et de la préparation à l'épreuve qui s'annonce, car la lumière va décroître. L’équinoxe ouvre le temps de l'introspection,  de la digestion qui va se réaliser dans nos tréfonds. Ce moment d'équilibre entre deux pas, marque le pas-sage du savoir à la connaissance. Loin de la fougue du printemps, équinoxe opposé, l'équinoxe d'automne nous invite au calme et à la sagesse.

Nos âmes vont devoir s'habituer à percevoir la lumière qui diminue au fur et à mesure que nous avançons dans le non-realisé.

La magie de l'équinoxe d'automne offre de nous reconnecter à la Terre, à nos origines. Avec une lumière extérieure qui décroît, une autre lumière intérieure brille de plus en plus fort, plus vivante que jamais.

Plaçons nous sous le chêne, regardons-le se dévêtir de son manteau de feuilles pour se préparer à combattre le ténébreux hiver. Regardons le chêne offrir ses fruits murs. Car bientôt la transmission des glands tombés au sol fera par la germination apparaître de nouveaux plans vigoureux.

La transmission de la vie atteint son apogée.  L'équinoxe d'automne fête la Vie. Je vous souhaite de ressentir cet équilibre de guérison, de justice et d'espérance.
 
Philippe Dubach 
22 SEPTEMBRE EQUINOXE - Philippe Dubach

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Publié le par Thierry Didier
ANOMALIES Par Thierry Didier Part V

L

a suite de l’Histoire se déroulera aux 11ème et 12èmedegrés, qui serviront à « digérer, prolonger, compléter » l’anomalie. Et le passage du 10e degré au 11e degré sera celui de Emeth, la Vérité, à Emerek, l’« Homme vrai en toutes circonstances » : on passera d’un concept encore désincarné, à son incarnation au cœur du Sublime Chevalier Élu. Enfin, le candidat Grand Maître Architecte fera, au 12ème degré trois fois le tour du temple, en notifiant ses lignes structurelles, signifiant qu’il est maintenant apte à jeter un regard sur lui-même, et mieux, sur ce qui l’a fondé. Cette liberté constitutionnelle de l’initié Grand Maître Architecte va amener à la 4ème anomalie, celle qui apparaitra au 13ème degré, sous la forme de Guibulum, « l’électron libre ». Au 13ème degré, L’affairement des 2 compères Stolkin et Johaben, sous forme d’une agitation, d’une effervescence en surface, correspond à un effet-levier objectivé par leur refus de succéder à Guibulum dans sa descente progressive de la crypte voûtée, le « condamnant » alors à s’enfoncer plus avant. Symboliquement, l’initié se voit scindé entre d’une part, Johaben et Stolkin restés en surface, assurant une nécessaire base arrière, entérinant alors les découvertes de Guibulum mais refusant de le relayer. C’est qu’initiatiquement leur heure est venue plus tôt : Johaben a porté en son temps une transgression dont les valeurs et conséquences ont contribué aux principes d’un monde remodelé. Même chose pour Stolkin, qui fut le découvreur du corps d’Hiram Abif. Nous retrouvons au grade de Chevalier de Royal-Arche les 2 caractéristiques de l’anomalie, à savoir un réarrangement des rôles, celui des 3 compères, et un milieu délimité, celui de la crypte voûtée située sous le sanctuaire du Temple, cantonnant l’irrégularité, sanctionnant l « ’effondrement lumineux » de la paroi de la 9èmevoute.

La descente de Guibulum s’apparentera ainsi à un compromis permanent entre une voie que l’on subodore sacrée, (Guibulum) et les contingences d’un être limité par sa corporéité et son entendement (Johaben et Stolkin). Cette chair, celle de Guibulum le constructeur, ceint d’une corde, sera soumise aux aléas anomalistiques d’une descente incertaine, hachée et quelque peu laborieuse, car la chair a la fragilité de l’éphémère et du temporel. La sentence maçonnique : « Guibulum est un bon maçon », vient entériner ses qualités mises à jour par son parcours anomalistique, sachant que le qualificatif « bon » dérivé du latin bonus, signifie dès le IXème siècle, « convenable estimable, brave et bienveillant ». Excusez du peu. Le degré suivant, celui de Grand Élu de la Voûte Sacrée, va révéler l’individu dans sa profonde simplicité.

Cette potentialité ne peut être mieux illustrée qu’au 14e degré, degré « prolongateur » où l’ensemble des acteurs des degrés précédents se voient rassemblés, de plus dans un endroit qui possède tous les attributs du Temple de Salomon. Même l’ensemble des nombres évoqués et des mots sacrés et de passe nous fait survoler les degrés déjà constitués. On a le sentiment d’une « condensation » d’éléments à même de nous ouvrir la future voie de l’incarnation du principe. Le 14ème degré, tout comme d’ailleurs, nous le verrons, les 18ème et 30èmedegrés, ne seront donc pas anomalistiques, mais porteront au contraire cet équilibre qui sied aux ensembles finis.

Rien que de très normal, puisque ces grades-là déterminent des fins de cycle dont le but, est, soit, d’entériner les contenus antérieurs, mais aussi de ne pas obérer la suite… L’exception sera venue de l’anomalie constatée au 3ème degré, qui fut également une fin de cycle, mais bien particulière, correspondant à l’achèvement des degrés symboliques. Contrairement à l’anormalité, l’anomalie n’a pas de coloration morale : j’en veux pour preuve la double anomalie, ou plutôt l’anomalie duale portée par Zorobabel, au 15ème degré du REAA, le rituel nous dit : « …elles (les troupes ennemies de Zorobabel) attaquèrent sur le pont du Starbuzanaï […] mais furent mises en pièces jusqu’au dernier […] alors que les hébreux ne subirent aucun perte ». Ce fait d’armes unilatéral, très surprenant, caractérise la 1èrepartie de cette 5ème anomalie, à laquelle répondra plus tard une seconde partie, celle où Zorobabel et les siens se devront de combattre « tenant la truelle d’une main et l’épée de l’autre ». Un peu comme Hiram Abif en son temps, loué puis fragilisé, les louanges extrêmes censées encenser un Zorobabel tout-puissant lors de son affrontement sur le pont du Starbuzanaï l’affaiblirent, contraint de s’écarteler plus tard entre combat et construction. Pour utiliser une métaphore médicale, n’est immunisé contre les virus que celui qui y fut confronté auparavant. Zorobabel n’a pas ici engrangé les « bénéfices » d’une frustration suffisante qui aurait été générée par, au moins, des pertes relatives, et ce manque d’expérience lui sera préjudiciable face aux samaritains, dans son impuissance à reconstruire seul le Temple.

Le cas de conscience de Zorobabel, dans son impuissance à reconstruire seul le Temple illustre la désunion symbolique de ses 2 bras, porteurs de 2 objets de nature différente : truelle et épée. Le constat d’un écartèlement physique et moral, se verra objectivé au degré suivant, par la transposition cosmologique de cette opposition intestine en une lutte front à front du Bien et du Mal : ce sera l’Apocalypse (17e degré). L’acte révélatif de l’Apocalypse, au 17ème degré, qui est une forme de résolution des contraires, ne doit donc pas être considéré comme anomalistique mais conséquent, inhérent au déchirement intérieur et à l’opposition intestine au sein même de Zorobabel. Nous pourrions aussi, il est vrai, symboliser cette double fonction de combat et de construction comme une omnipotence salutaire, mais le besoin, ensuite, de s’appuyer sur une ambassade en démontreront l’invalidité.

Nous avons là un magnifique exemple de « digestion », au degré suivant (16ème degré), de l’acte anomalistique par l’adjonction d’une « délégation diplomatique », qui viendra réarranger le narratif. D’ailleurs, les mots de passe et sacré, qui caractérisent toujours l’essence d’un degré et en même temps viennent entériner les mouvements des degrés antérieurs, sont, au 17ème degré, « Abaddon et Guibulum », signifiant destruction et construction, avalisant, longtemps avant la théorie schumpetérienne de la destruction créatrice, l’anomalie de l’épée et de la truelle. Puis le 18e degré fera émerger de ce combat un germe, la centralité du Chevalier Rose+Croix, centre unique qui, en se multipliant créera par métonymie un pont au 19e degré permettant de libérer ces flux d’énergie que matérialiseront les croisés, au 20e degré, forts d’une violence martiale conditionnée par leur jeunesse et la nécessité de leur action.

 Á la manière d’un canal d’irrigation permettant d’établir sur une terre sèche et stérile une circulation d’eau qui la rendra fertile, le pont établi au 19e degré va autoriser, au 20e degré, la circulation, le passage, le voyage d’éléments symboliques nouveaux, identifiés narrativement aux Croisés du moyen âge. Tous ces évènements, du 18ème au 20ème degré inclus, ne se verront couler de source que grâce à la réorganisation fondatrice préalable du 15ème degré du REAA. Le 21ème degré sera pétri d’ésotérisme. Cet ésotérisme maçonnique est difficile à débusquer mais il est présent à chaque instant, et ceci à tous les degrés. Il va donc falloir générer des anomalies à même de voiler l’évident, le temps linéaire et l’espace infini. La première anomalie à ce degré sera l’évocation rétrograde d’un fait considéré comme fondateur : ici, le fait que nous soyons tous des descendants de Noé, patriarche antédiluvien nous évoque d’emblée un monde dégagé du seul narratif salomonien. Il y a une constante dans nos légendes initiatiques, c’est qu’à chaque fois que l’on creuse symboliquement, cette action induit une antériorité : au 13e degré et au 21e degré, ce sera Hénoch, car il est dit dans l’Ancien Testament qu’« Hénoch marcha avec Dieu et disparut », il ne meurt pas, et cette anomalie le détache de cette temporalité qui affecte la plupart des autres acteurs de la Bible (sauf le prophète Élie). Cette anomalie fera d’Hénoch un présupposé dégagé des aléas de la vie.  De plus, l’ésotérisme est ressenti chez le commun comme abscons, sibyllin, voire primal : l’évocation, au 21e degré, de la pénitence de Phaleg, errant parmi les terres gelées et acides du sol prussien composé d’un sel corrosif et stérilisant, et le creusement minéral de fragments grisâtres, informes et poussiéreux vont compléter cette évocation afin de nous préparer à nous engager dans les affres supposées de cette pensée occultée et hermétique.

Et c’est là où la confusion des langues, la pleine lune de mars et le Temple de Phaleg évoqués dans l’instruction du grade, deviendront des supports anomalistiques visant à trouver et à illustrer cette réalité. Ce désaccord anomalistique s’illustrera bibliquement par la confusion des langues, et initiatiquement par la gouvernance lunaire, c’est-à-dire la confusion des formes. La confusion des langues exprimée ici n’est pas simplement l’incompréhension mutuelle devant les langages vernaculaires, elle est surtout l’anomalie disruptive entre langage ésotérique et langage exotérique, anomalie car ces 2 modes ne se séparent pas lorsque le projet initiatique est réussi. La pleine lune, qui préside aux travaux, faite de reflet nocturne et de matérialité brute, nous obligera à cantonner notre pensée dans un entre-soi qui est une forme particulière de célébration de la vie.

La lumière lunaire, centripète, reflètera et pénètrera ses propres difformités : ainsi, les couleurs se feront ici plus grises, les formes moins circonscrites et les paroles plus marquées : un climat particulier pourra apparaître, qui rendra plus exigeante la tenure, car dans la pénombre anomalistique, rien n’est caché. La confusion des langues obligera les hommes à se créer leur propre vision du monde, façon de libérer, d’émanciper le Peuple en peuples. La construction de la Tour de Babel se fera en quelque sorte « en creux », par rapport au Temple qui est, lui, le lieu de la présence divine, se manifestant le jour par des nuées et la nuit par des flammes, symboles solaires et ostensibles.

Thierry Didier. À SUIVRE…

L'intégralité du texte du Thierry Didier vous sera communiqué sur simple demande à l'adresse mail :

 

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Ce texte intéressera plus particulièrement les lectrices et lecteurs initiés dans les hauts grades du R E A A...

 

Une version mentionnant clairement les degrés du 4ème au 30ème est disponible sous réserve de communication du mot de passe au 30ème degré en accord avec l'auteur.
Livre de Thierry Didier

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ANOMALIES Par Thierry Didier Part V

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Publié le par Thierry DIDIER
ANOMALIES Par Thierry Didier Part IV

C

ar, ne l’oublions pas, Analogos signifie avant tout proportionnel, qualifiant un rapport, un ratio entre 2 choses. Or, il n’y a rien de plus relatif qu’un ratio. A l’origine, analogie et anomalie s’opposaient, car elles servirent aux grammairiens pour désigner l’aspect systématique et l’opposer au caractère irrégulier et non systématique rencontré également dans ces mêmes langues. C’est pourquoi l’analogie aura besoin de l’anomalie pour transcender, compléter toute volonté d’acter une vérité plus générale. L’anomalie permettra ainsi d’inclure de l’information dans un système désigné comme « fermé ». Il y a 2 façons d’envoyer de l’information : 1°) d’une façon générale, la vie profane est quelque chose d’ouvert, donc de cumulatif et de sélectif : les informations ne se contentent pas de s’additionner à l’ensemble perçu, elles peuvent invalider certaines choses, qui disparaissent alors du champ intellectuel de l’observateur. Un exemple : un rapace s’abat sur un merle et le tue : un seul des 2 éléments subsistent, l’oiseau tué disparait définitivement. Un nouvel espace se reconstitue donc autour de ces faits, et un nouvel équilibre peut s’établir sans qu’il perturbe l’ordre général.  2°) Il n’en est pas de même dans un champ fermé tel que la légende d’un mythe : celle-ci a pour fonction de faire réagir le myste, donc l’observateur et de le pousser à émettre des avis et/ou faire des choix personnels, de le faire se questionner, différemment selon l’observateur, tout en conservant une trame narrative identique. Le seul moyen d’induire la pensée du myste sera alors de générer une anomalie au cœur du texte. L’anomalie sera communément pensée négativement, tout simplement par un rapprochement spécieux entre les adjectifs anomal, irrégularité, non-systématisme, et anormal, en dehors des normes.

La facilité ontologique conduira l’humain sur la voie la plus simple, la moins couteuse, à savoir associer anomalie à anormalité, ce qui est faux et impardonnable pour un Maître maçon. Nous constaterons ainsi que le rituel maçonnique est parsemé d’anomalies, qui seront des voies ouvertes à tester la sagacité, l’intelligence, l’esprit critique et la résilience de l’initié. La seule possibilité de modifier le contenu initiatique sans perte ni ajout sera de réorganiser les éléments présents selon un nouveau schéma. Car un myste évolue si l’énergie qui lui est communiquée par une anomalie dépasse sa volonté à rester statique ou indifférent. Les 2 1ers degrés du REAA ne renferment pas d’anomalies, tout simplement parce qu’ils sont entièrement voués à la structuration du jeune initié : l’enjeu n’autorise pas l’adjonction d’irrégularités, qui deviendraient alors consubstantielles à l’initié, ce qui n’est pas le but.

Pour utiliser une image simple, un traumatisme vécu par un enfant ou un adolescent, comme le sont quelque part l’apprenti et le compagnon peut se voir intégré dans l’histoire profonde de celui qui est en train de grandir, à la façon d’une bulle d’air dans une résine : l’anomalie à laquelle serait incapable de réagir l’apprenti ou le compagnon risquerait de les plomber pour longtemps. Alors qu’un adulte « fini » (à partir du grade de Maître) sera apte à identifier une anomalie à des fins didactiques. Par exemple au 3ème degré, l’anomalie survient lorsque Hiram Abif décide de ne pas donner le mot de maître aux 3 compagnons. Cette circonstance oblige à nous questionner sur les autres choix qu’il aurait pu faire : c’est la fonction du mythe. Hiram Abif est de plus « coincé « dans son espace-temps symbolique » (il essaiera sans succès de quitter la pièce), et en induisant l’anomalie, il va créer une réaction en chaine d’irrégularités qui verront les outils devenir des armes « par destination ».

L’anomalistique, dans son objet initiatique, jette donc  les bases, au 3ème degré, de ce qu’elle sera tout au long des degrés du REAA c’est-à-dire 1°) qu’elle agira dans un milieu fermé tel celui du 3ème degré, où rien ne viendra permettre l’ évitement, formalisé par la course éperdue, effrénée d’Hiram Abif, à l’intérieur des murs du Temple, qui en sera le sanctuaire indépassable , et 2°) qu’elle obligera le « réarrangement » des choses existantes à travers l’ usage « dévié » des outils, devenus ici des armes par destination. Pour que l’anomalie ait toute sa puissance, en milieu initiatique, elle devra effectivement trouver un théâtre où toute son efficience pourra s’objectiver sans aucune perte. Cette efficience, cette objectivation se matérialiseront, dans les 2 degrés suivants, que je qualifierais de « prolongateurs » : au 4e degré, par une prise de conscience, et au 5e degré, par un positionnement validant cette prise de conscience. Passer de Maître souverain à serviteur liturgique (lévite) ne sera pas, ainsi, une régression, mais au contraire une façon de se tourner en direction du principe créateur, ce que le rituel qualifie de « pénétration dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ». Dès lors, Le Maître Secret deviendra Parfait à partir du moment où il aura pris la mesure de la mort d’Hiram Abif en une juste attitude, faite d’une dualité matière-esprit qu’il convenait de dénicher derrière le statut trop monolithique, trop exclusif de Hiram Abif. Il existe, en plus, une articulation « transversale », ontologique entre certaines anomalies, tout simplement parce que les remous qu’elles induisent se diffuseront comme des cercles concentriques, qui transcenderont alors en sous-main la légende déclarative et manifeste.

Par exemple, l’articulation entre l’anomalie du 3ème degré, donc de la non-divulgation du Mot des Maîtres, et celle de la « curiosité », où l’effraction violente de Johaben, « fils de Dieu », c’est-à-dire symboliquement le continuateur de Hiram Abif, permettra de reconstituer une triplette qui aurait permis, si elle avait été effective plus tôt, d’éviter le carnage du 3ème degré. Il faut bien comprendre que l’anomalie décrite, par exemple « la curiosité », obéit avant tout à sa signification étymologique, d « irrégularité génératrice d’information ». Car le maître- mot qui définit l’anomalie dans le cadre initiatique est celui, je le répète, d’une transmission destinée soit à légitimer le passé, comme ici, soit à « lubrifier » le futur. Ici le milieu fermé sera constitué par la salle d’audience du palais de Salomon

Suite à ce don d’informations grâce au Secrétaire Intime, les deux degrés suivants agiront comme le résultat d’une souveraineté plus large, collective, apaisée, appelant à ressentir l’équilibre intérieur d’une créature maintenant parfaitement constituée. Au degré caractérisé par la justice et la clé d’or, Cette harmonisation des fonctions exécutives du récipiendaire, sera représentée par les ouvriers, en les étalonnant et en les référant au principe universel. La dernière main se réalisera au degré des cinq points de fidélité par l’ornementation du Temple, plus précisément par la décoration de la 3e chambre secrète dudit Temple, prémisse vécue par un Prévôt et Juge qui nous disait déjà, dans l’instruction, au regard du travail accompli : « j’ai embelli le tombeau de notre cher Maître Hiram ». Ainsi, le passage du degré de justice avec sa clé d’or à celui des 5 points de fidélité sera celui de l’organisation à l’organisme, de l’ordonnancement à l’ordre, de la régulation à la régularité, de la montée en puissance à l’avènement.

La 3ème anomalie se déroulera alors au degré où le bijou est un poignard utilisé dans une caverne, par l’acte précipité de Johaben, décapitant Abiram qui fut ce compagnon qui mit le coup létal à Hiram Abif. Contexte toujours constant lors de l’apparition d’une anomalie : d’abord le milieu, tellurique et limité, une caverne, et ensuite un réarrangement des éléments narratifs, à 2 égards : 1°) semblant gagné par la fatalité de sa disparition prochaine, Abiram exposait à ses pieds, sciemment, le poignard nécessaire à son élimination : il y a là inversion de l’usage de l’arme, qui n’est pas au départ possédé par Johaben, mais par Abiram. 2°) de plus, le mot sacré Nekam (vengeance) n’est pas prononcé par l’assaillant mais par l’assailli : ce double croisement des prérogatives vient ici réagencer les éléments narratifs. Nous constatons ici 2 nouveaux points anomalistiques. 1er point ,le « temps anomalistique » transcende véritablement la légende déclarative, et son immanence au sein de ladite légende le conduira à en épouser la dualité  constitutive: donc l’anomalie , pour s’adosser au narratif pourra se voir déclinée en un aspect« fonctionnel » : course erratique au 3ème degré , effraction au degré de curiosité, et décapitation dans la caverne ; et un aspect « structurel » : 3 grands coups au 3ème degré , intégration collégiale au degré de curiosité, et la clémence réparatrice après l’épisode de la caverne . 2ème point, lorsque le « temps anomalistique » s’insère, s’inscrit dans le déroulé narratif, il possède 3 cinétiques fondamentales, un 1er temps d’« intentionnalité »,qui installe le phénomène, justifié par le contexte ; un 2ème temps, qui est le contenu même de l’anomalie, et un 3ème  temps, qui est celui de l’ « élusivité », qui empêchera l’évènement anomalistique de perdurer plus que nécessaire, car là n’est pas sa fonction : l’anomalie se doit en effet d’être assimilée rapidement, eu égard à sa fonction qui est d’induire et non de conduire.

Intentionnalité et élusivité marqueront les bornes de la séquence anomale : ces 2 bornes sont en fait de même nature, c’est leur position respective qui en fondera la qualification : l’intentionnalité, c’est par exemple l’irruption violente de Johaben, à sa curiosité, son action précipitée dans la caverne, et l’élusivité est caractérisée alors par la rapidité des 2 rois à pardonner, lors de ses 2 exactions, ledit Johaben. Lorsque cette phase sera digérée, le temps s’écoulera plus lentement : j’en veux pour preuve le degré illustre de peuple élu, où chaque moment (diffusion de l’information, capture acheminement, séquestration, torture) sera numériquement déterminé, suggérant subjectivement des temps longs (il n’y a rien de plus long qu’une minute qu’on égrène…), et objectivement une soumission dudit temps, numériquement déterminé, sous la coupe de la rationalité et de la structuration éclairée.

Ce degré mettra en jeu la cognition, qui ne se manifeste ouvertement qu’à l’aune de la conscience. C’est aussi pourquoi, au degré d’illustre peuple élu, l’anomalie n’est pas nécessaire, son sens premier d’information a déjà été délivré au degré précédent, par le biais d’une chaine de connaissance (on passera ainsi du sort, désincarné, inconnu, à une personnalisation cognitive nommée : Bengabée, puis Ma’akah, puis Salomon…).  L’anomalie ne s’entend pas sur le registre moral, c’est pourquoi la torture des 2 derniers mauvais compagnons correspond simplement à une méthode codifiée, régie, comme furent les temps de capture, d’acheminement, de séquestration, et donc de supplice desdits compagnons par une gouvernance maîtrisée.

Thierry Didier À SUIVRE…

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ANOMALIES Par Thierry Didier Part IV

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Publié le par Jean-François Guerry
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Publié le par Thierry DIDIER
ANOMALIES - Thierry Didier Part III

M

ais l’anomalie, nous le verrons en égrenant celle-ci à différents degrés, déjà écartelée entre mondes exclusif et inclusif, entre environnements ouvert et fermé, n’en aura pas encore fini avec ses ennuis. Ce mot est issu du bas latin anomalia, qui signifie « irrégularité ». Il ne faut pas y voir une forme d’entorse à la régularité entendue dans son sens confessionnel. Ni dans cette régularité qui nous permet de passer d’un degré au suivant sans trop céder à la discontinuité. En un mot, l’anomalie n’est pas séculière, là où le théâtre de son action serait régulier…

Car l’anomalie appartient au même monde que celui sur lequel elle agit, sans quoi passerait-elle pour un artefact, c’est-à-dire un acte contre-nature, fait « avec méthode et habileté », selon son sens dérivé du latin artificiosus (1er siècle avant JC). La 3ème « disgrâce » de l’anomalie, par laquelle elle va connaître les affres de l’opprobre et du discrédit, est due à sa proximité étymologique avec l’anormalité : en effet, le substantif « anomalie », et ça n’est pas fréquent, fut précédé en français par son adjectif, anomal, apparu au 12ème siècle, puis repris vers 1550, et emprunté au bas latin anomalus, rare dès l’origine et resté très didactique, pour un usage quasi exclusif en lien avec la médecine et la linguistique. Cette restriction d’usage serait donc due à ces ressemblances de forme et de sens avec l’adjectif « anormal », ressemblance prêtant peu à une quelconque renommée positive ! Pour enfoncer encore un peu plus le clou, le mot « anomalie » subit également un autre sort peu enviable, bien que plus du tout usité, celui d’être rattaché au grec nomos, la loi, accompagné, en préfixe du a- privatif. Cette orientation, quelque peu contestable selon d’éminents linguistes, le situa dans le champ conceptuel de la norme, mais négativement. Donc 2 mises au ban, respectivement vis-à-vis du substantif et de l’adjectif, donnèrent bien peu d’espoir de longévité à ce « mot-paria », en laissant transpirer, à son endroit, de notions d’inégalité, d’aberration, de déviation par rapport à une ligne, une tradition ou une orthodoxie.

Comme 2 malheurs n’arrivent jamais seuls, le mot anomalie eut également à subir une 4ème opposition, celle générée par le concept d’analogie auquel on le confronta. L’analogie est en effet et à juste titre un concept ontologique important, déjà repéré par les alchimistes du moyen âge, qui nous dirent ce célèbre adage « l’analogie est l’unique clé de la Nature ». Cette sentence fut d’ailleurs reprise par les créateurs du REAA, la qualifiant de « septième (et dernière) Vérité », évoquée au degré du REAA qualifié de Clef de la Maçonnerie. Cela dit, la justesse de cette sentence n’exclut pas le fait qu’elle puisse n’être qu’une vérité partielle. Cette septième vérité sonne pourtant comme un ultimatum : on ne peut pas échapper à sa clarté, à sa raison. La formulation même de la sentence oblige effectivement l’initié à trouver sa place, quelque part entre le mécanisme, l'analogie, et sa finalité, la Nature.

L'analogie nous dit que nous ne pouvons percevoir, c'est à dire, formaliser, imaginer, toucher, que ce qui préexiste à la fois dans la chose perçue et en nous même : tout ce qui ne nous est pas consubstantiel, ne pourrait en l'état exister, car nous n'aurions alors pas les clés pour définir cette relation. Or l’analogie, si elle est une méthode universelle, possède également les travers de son exclusivité. Car, si le maçon n’imagine pas connaître sans appliquer le principe d’analogie, il y a quelque chose dans cette sentence d’effrayant, comme si cette unique clé nous enfermait dans une interprétation fatalement étroite, comme si cette clé était aussi une barrière à une compréhension plus universelle, en somme, comme si notre nature humaine était un frein à une vision plus générale.

Thierry Didier. À SUIVRE…

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ANOMALIES - Thierry Didier Part III
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Publié le par Jean-François Guerry
Les Rencontres Maçonniques de Kerdréan qui n'ont pas eu lieu le 16 avril sont reportées au 05 Novembre à PONTIVY dans le Morbihan. 
L'ASSOCIATION LES MÉGALITHES et Le C2RBZH ( Centre de Réflexion et de Recherche de Bretagne) se sont associés pour cette organisation. 
COMMUNIQUÉ RENCONTRES MAÇONNIQUES DE KERDRÉAN

 

 

BULLETIN D’INSCRIPTION

 

   Les Rencontres Maçonniques de Kerdréan

   Le Mercredi 5 Novembre 2025

   À 10 heures 00

ATTENTION NOMBRE DE PLACES LIMITÉ À 60

Nom- Prénom :                                                                              

Nb de Participants :     

   Important : Pour vous joindre si besoin votre mail ou téléphone :   

  Journée complète Conférences et Repas :  27 € X (nb) =   

Règlement par virement : Titulaire Association Regroupement Éthique des Anciens Amis des Mégalithes. Banque Crédit Agricole Auray.

RIB : IBAN : FR76  1600  6020  2100  8346  9963  008    BIC : AGRIFRPP860

           Par Chèque à l’ordre de l’Association Les Mégalithes- et Bulletin

Adressés à Mr Jean-François Guerry – 18 Rue de la Monnaie 35000 Rennes.

DATE LIMITE DE RÉSERVATION ET PAIEMENT 29 OCTOBRE 2025

Contact Jean-François Guerry : Tél : 06 16 82 73 16 de préférence par sms

mail : Réservation de la conférence

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Thierry Didier sera présent sur le Salon de Nice il dédicacera ses livres.
COMMUNIQUÉ : Source Thierry DIDIER
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Publié le par Yann

Le changement : c'est maintenant ! 

 

Déplacer les meubles est un sport aimé de toutes les femmes. Pour ma part j'ai toujours vu ma mère le pratiquer avec beaucoup d'enthousiasme. Périodiquement, elle était prise d'un besoin de changement qui n'était pas sans rapport avec l'instinct migrateur de certains oiseaux. Il fallait à tout prix qu'elle s'évade d'un décor trop connu, qu'elle cherche de nouveaux horizons. Alors elle transformait le vaisselier de la salle à manger en bibliothèque et le transportait dans la chambre à coucher, elle poussait la console Empire jusque dans le couloir et la remplaçait par une table rustique récupérée au fond du jardin. Je me rappelle avoir connu en deux ans huit emplacements pour le poste de radio, dont un sous l'évier dans la cuisine. 

Mon père, qui était un homme calme, supportait assez bien ces changements. Il avait des goûts casaniers, et savait bien que si le trop-plein d'énergie circulante de sa femme n'avait point cette issue pour s'écouler, il lui faudrait, bon gré, mal gré, faire de vrais voyages. Une fois, pourtant, il crut avoir atteint la limite de sa patience lorsque le goût du changement de ma mère s'exerça moins dans le sens du tourisme que dans celui de l'histoire. Ce ne sont plus des changements d'horizon qu'elle cherchait, mais des renaissances, des reconstitutions de styles. Les modifications qu'allait subir le mobilier sous son influence seraient qualitatives et non quantitatives. 

Je garde en mémoire le buffet de salle à manger. A l'origine, un buffet standard, style IIIème République, acheté à crédit, voici deux générations, dans une de ces solides et traditionnelles maisons de meubles qui semblent s'être donné pour mission de faire accéder la classe ouvrière à toutes les jouissances du mauvais goût bourgeois. Tout y était: ce fronton tarabiscoté, les fausses colonnes moulées de part  et d'autre des portes, la galerie avec encorbellements et vaisselier qui sépare la partie haute et la partie basse, les sculptures rapportées qui représentent un bouquet d'immangeables fruits exotiques attachés ensemble par un flot de ruban. En ce qui concernait mon père, cela ne le gênait guère : le mauvais goût était pour lui, comme pour moi, une seconde nature.  

Ma mère était moins malléable, et comme ni elle, ni mon père n'avaient les moyens de se payer d'autres meubles, ce fut le buffet qui céda. La méthode, fort simple, était fondée sur la soustraction. Ma mère a d'abord enlevé la galerie pour la transformer en étagère à livres. Diminué en hauteur de près de trente centimètres, le buffet est immédiatement devenu un meuble de style Henri IV le plus pur. Quelques temps plus tard, ma mère s'est avisée de supprimer le fronton, obtenant ainsi un bahut breton tout à fait typique. Ce fut pourtant un demi-succès car il fut impossible de trouver un emploi pour le fronton. Dernièrement, je l'ai trouvé au grenier de la maison familiale et je le laisserai partir pour un prix avantageux. Enfin, dernière transformation, les fausses colonnes ont disparu sans doute un jour de grand froid où il n'y rien pour allumer le chauffage central. Le résultat final fut appelé, pour des raisons assez vagues, du " colonial hollandais ". 

Mais, au fond, pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que ces souvenirs me font penser aux méthodes qui président aux remaniements ministériels.

YANN

Le Blog de Yann  IMPERTINENCE OU PERTINENCE ?
Souhaitons que la Lumière de la raison et l'esprit de fraternité éclairent tous ceux qui sont aux responsabilités.
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Publié le par Thierry Didier Jean Dumonteil
ANOMALIES - Thierry Didier Part II

Cette étymologie n’est pas là pour faire joli, elle témoigne de l’esprit d’un temps, celui du début de la Renaissance, et l’initiatique pourra y puiser des éléments qui, si l’on se contentait de considérer la contemporanéité des évènements, pourrait nous faire passer à côté de certaines choses. D’ailleurs, ce sens premier d’information fut complété plus récemment (vers 1950), par emprunt de sens à l’anglaisinformation, décrivant l’information comme un système pouvant être transmis par un signal ou une combinaison de signaux (ce qu’on appela la théorie de l’information). Cette notion de signal est fondamentale dans le REAA, car sa subtile interférence avec le « bruit de fond » général du narratif de chaque degré permettra de générer, par touches, de multiples interactions permettant d’évoluer au sein de ce génial écosystème qu’est le REAA.

Concernant ces usages étymologiques, perçus par certains comme éculés ou surannés, il convient de tenir compte, d’une part, de l’ancienneté des textes fondateurs du REAA (3 siècles environ), mais aussi du fait que tout sens oublié ou écarté fut un temps prédominant : la franc-maçonnerie étant holistique, ces contenus mis au rancart par le langage vernaculaire, sélectif car évolutif, permettent de ne rien négliger du passé, et en même temps d’ouvrir le champ des possibles. Si l’anomalie est donc traquée par les 2 extrêmes du spectre moral, elle a aussi cette vertu de transmettre l’information qu’elle colporte de 2 façons bien différentes, selon cette fois la nature du milieu considéré : 1°) en milieu ouvert, comme dans la vie de tous les jours, elle véhicule son message sans que cela perturbe plus que cela l’orthodoxie, dans la mesure où la trame « profane » est par essence plastique, malléable, adaptable, habituée à ces ajouts qui font l’évolution.

Il pourra donc y avoir, en milieu ouvert, des effets d’adaptation, et cet afflux d’informations nouvelles pourra se disposer librement, sans contrainte de temps et d’espace, et sans nécessairement transformer le « scénario » originel. 2°) Dans un contexte normé, tel celui du REAA, la production d’idées est égale à la perception qui l’a générée, rien n’est laissé au hasard et rien ne se perd : les degrés maçonniques pourront alors se répartir en « degrés non anomalistiques » qui seront là pour prolonger, légitimer et expliciter le degré anomalistique. Les degrés restants se répartiront, eux, en « degrés porteurs d’anomalies », créateurs par essence d’éléments culturels nouveaux.  Dans ce contexte dit « anomal », cette information naitra alors d’une démesure, d’une outrance, plus généralement d’un changement de paradigme qui sera le seul moyen d’ouvrir une brèche dans un narratif par essence très délimité. Tout le problème de la compréhension totale et entière de l’anomalie proviendra finalement de l’homme lui-même, qui a tendance à céder à la facilité normative, et qui est enclin par nature à assimiler la discordance de l’anomalie à quelque chose d’anormal, sans jamais prendre conscience qu’un décalage est avant tout non pas une disruption, mais une information. L’information générée par le non-systématique, l’irrégularité sera le seul moyen pour faire accéder l’homme à la connaissance de cette information, englué, et c’est normal, qu’il est dans une situation dont la routine et la banalité le servent.

Pour filer une métaphore, l’anomalie sera au narratif ce que sont les « trous » à ces cartes perforées qui génèrent la petite musique d’un orgue de barbarie. Cette énergie libérée ne sera pas neutre par essence, puisqu’elle s’échappera d’un contexte qui se voulait cohérent. Cette échappée constituera alors, au sens large, une information puisqu’elle naîtra d’une dissonance, d’une « différence de potentiel » dirait le physicien, entre la production d’une situation, et la façon dont on la perçoit. De plus, cette information sera forcément subreptice puisque l’observateur n’a pas la capacité à conscientiser longtemps les choses, la pensée abordant toujours furtivement un domaine afin d’en explorer un autre, concomitant.

En milieu fermé, comme dans toute légende mythique, comme dans tout narratif initiatique, comme dans tout rituel maçonnique, l’information anomalistique, contrainte dans son format particulier, ne pourra exister, agir et subsister que sous forme d’un réagencement intérieur, qui apportera une forme de nouveauté, selon ce principe fondamental défini dans un supposé ultime degré du REAA par le Poursuivant blanc : « Les matériaux dont vous avez besoin pour édifier, vous les trouverez dans les constructions anciennes. Il vous suffira de les disposer selon vos propres conceptions. Ne brisez rien. Déposez soigneusement ». À SUIVRE…

Thierry Didier.

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BLOG : SENTIMENT OCÉANIQUE de Jean Dumonteil.

SENTIMENT OCÉANIQUE
Entre l’âme et le mental 

Là où les Anciens nous ont appris l’homme comme corps, esprit et âme, nos contemporains ne logent plus que le corps et le mental.
Un mental qui s’entraîne, s’exerce comme le corps pour être plus résistant, efficace, productif.
Le mental dont on fait des champions, les gagnants des compétitions auxquelles on voudrait résumer nos vies.

Le mental est à l’âme ce que la salle de sport est à la cathédrale : une myopie de l’existence. Un système clos, un mental d’acier où se forgent les barreaux de nos aliénations, dôme de fer qui exile l’infini.
Le mental est psychologique, quand l’âme est invitation au sacré : à la vie qui ne passe pas, qui nous dépasse, qui nous extrait de nos minables individualités.
On contrôle son mental. On ignore l’âme.
Toujours ouverte, l'âme nous lie et nous relie au Tout autre.

L’âme, parce que la vie humaine est plus grande que son apparente finitude.
L’âme comme un déjà-là de l’éternité, l’impalpable toujours-là qui n’attend que notre reconnaissance.
Réception, symphonie, musique angélique qui murmure que l’éternité c’est maintenant, si nous voulons bien la laisser advenir.

Invisible comme l’Autre que nous espérons, l’âme est la boussole : aiguille magnétique qui indique toujours le bien et le beau, au-delà de nos errements.
Il suffit de changer de plan, d’entrer dans le réel infini, pour comprendre que la vie est plus vaste, plus belle, plus lumineuse que tous les exercices comptables du mental.

L’âme relie à nos frères présents, passés, à venir, et à l’Ultime Réel, l’altissimus qui se révèle dans le plus petit, le plus secret, le plus vrai de la vie qui jaillit — si nous savons le contempler, le rencontrer, nous laisser émerveiller.

Se taire.
Se déshabituer.
Se désencombrer.
Entrer dans la vie de l’âme.
Et en prendre soin.

Belle réflexion, de Jean Dumonteil qui ne serait nous faire ignoré l'importance du corps dans le processus initiatique. En effet on s'initie d'abord par le corps, je dirais d'une manière terre à terre, l'initiation maçonnique se réalisant d'abord : "Ici et maintenant". Elle ne saurait être désincarnée, d'ailleurs l'esprit et l'âme ont besoin du corps comme support. Bien sûr les limites de notre corps sont infimes et contraintes face aux possibilités de notre esprit et sa pointe la plus belle qu'est l'âme. La quête de la Lumière passe par l'harmonie de ce triptyque corps, âme, esprit. Merci à Jean Dumonteil pour ses réflexions inspirantes qui touchent notre âme et nous font avancer vers sa Connaissance...

Jean-François Guerry

Pour éclairer les âmes perdues dans l'immensité de l'océan, il faut des phares...
ANOMALIES - Thierry Didier Part II

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Publié le par Jean Dumonteil - Jean-Claude Sitbon Thierry Didier

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SENTIMENT OCÉANIQUE
Libre comme le danseur

Tu m’interroges à la fin de la conférence  : « Obéir à une règle, une ascèse, être dans la contrainte et l’obéissance, n’est-ce pas aller à l’encontre de notre liberté ? »

Alors, je te réponds avec les mots du danseur et chorégraphe Maurice Béjart : « Je crois que l'ascèse est une des choses principales pour le développement de l'être humain et que l'ascèse est nécessaire à la construction d'un art quel qu'il soit. L'ascèse consiste à choisir perpétuellement l'essentiel. C'est en ne gardant que l'essentiel et le nécessaire que l'on trouve tout à coup les forces de la vitalité et de la vérité. […]

« Pour parler simplement du métier de danseur, un danseur est un être qui a commencé entre dix et quatorze ans à faire une série d'exercices chaque matin, et ils les fait toute sa vie, sans aucun jour d'interruption, tous les matins. Il s'impose une espèce de discipline au départ, qui lui permet de trouver sa plus grande liberté.

« Finalement, quand on me dit : "Qu'est-ce que la danse ?", je réponds : à l'échelon des gens qui ne savent pas, c'est se mettre debout et faire n'importe quoi ; à l'échelon des très bons danseurs, c'est avoir une discipline de dix ans ou de quinze ans et faire des choses très codifiées ; à l'échelon du véritable danseur, c'est se mettre debout et faire n'importe quoi, mais après avoir passé vingt ans d'ascèse... C'est retrouver l'innocence et la liberté, mais avec un travail préliminaire. » (Maurice Béjart, L'Art sacré n°1, 1er trimestre 1969.)

ANOMALIES - Thierry Didier Part I.
BLOG SENTIMENT OCÉANIQUE Jean Dumonteil

LES ANOMALIES AU REAA

 

 

L

’anomalistique est, du point de vue de l’exégèse maçonnique, un néologisme. En effet, si l’anomalie est un terme extrêmement répandu, l’anomalistique, que je définis ici comme l’art et la manière d’expliciter et d’utiliser l’anomalie dans le cadre initiatique est une pratique utilisée originellement uniquement dans le domaine astronomique et planétologique. Je me dois d’expliquer sa signification scientifique, car nous verrons en quels termes elle va pouvoir se rapprocher de la vision hermétique qui est la nôtre. Le terme anomalistique est, en sciences, un adjectif qualificatif : il caractérise les irrégularités des mouvements planétaires. On appelle aussi année anomalistique ou révolution anomalistique le temps que met une planète, partie d'un point de son orbite, à revenir en ce même point. Ce qui signifie qu’elle est susceptible de moduler sa trajectoire durant sa course, mais qu’au bout du compte, son périple se verra clos à l’endroit même d’où elle est partie.

Cela signifie, entre les lignes, que la révolution planétaire constituera, à l’image de l’espace sacré de la loge ou du vase clos de l’alchimiste, une figure finie et indépassable quant à ses points d’origine et de fin. Cette double caractéristique est fondamentale, car elle va pouvoir être plaquée sur le schéma initiatique : nous verrons en effet qu’une anomalie sur ce dernier plan consiste en une irrégularité transitoire placée dans le contexte rituélique, mais définie dans un cadre fixe et constant, celui du narratif des degrés maçonniques. C’est en cela que le rituel maçonnique est mythique. L’histoire d’un mythe conditionne le fait que tout est présent dès le départ, et que l’initié, objet de ce mythe, va pouvoir, en évoluant, s’ouvrir la connaissance de faits patents, dans la mesure où tout est déjà écrit.

Dans son sens commun, le mythe n’est que le support d’une réalité un peu fantaisiste, puisée dans un imaginaire irrationnel. Car le mythe dérange, et c’est bien là sa fonction première, celle de casser nos certitudes. L’anomalie en sera le viatique. Le mythe apportera donc un éclairage cru, en fragilisant et en mettant en porte à faux des attitudes, des comportements, des mécanismes voués à faire évoluer le myste. Des anomalies peuvent se déclarer dans tout cheminement, qu’il soit intellectuel ou manuel, c’est leur portée et leur nature qui varieront suivant que l’environnement ambiant sera ouvert, comme dans la vie quotidienne, ou fermé, comme on peut le retrouver dans le REAA.

Le terme anomalie est un mot qui prête fortement à controverse, et ceci à plusieurs égards : 1°) dans le monde dit « inclusif », chaque concept, chaque idée, chaque valeur se doit d’être pesés au trébuchet de la bonne conscience et de la précaution normative érigée en totem irréfragable. L’anomalie serait ici forcément vertueuse, car posée comme le trophée d’un relativisme bienséant adoubé par les gourous de la nouvelle conscience 2°) dans le monde « exclusif », l’anomalie devient la victime expiatoire d’une forme de perfection obligée, d’un diktat de la norme, d’un eugénisme intellectuel portés par des apparatchiks et des moines-soldats prêts à délivrer leur censure à qui se veut différent. Cette bipolarisation du sens fait paradoxalement que l’anomalie doit être prise pour ce qu’elle est avant tout, c’est-à-dire une information, dégagée de l’aporie où voudraient la réduire les 2 pôles inclusif et exclusif. Cette distribution de la vie en 2 pôles, qu’on retrouve dans des expressions symboliques du grade, comme dans l’instruction du 5ème degré, entre « la volonté de Dieu et l’action donnée au premier corps mouvant », vont permettre incidemment de replacer l’anomalie au sein d’un concert plus général. Nanti de ces préalables, le but premier de l’anomalie sera de délivrer, à sa façon, de l’information. Il faut comprendre cette information sous 2 angles possibles : à la fin du XVème siècle (1495), elle signifiait : « action de donner une forme », sens didactique aujourd’hui disparu, mais qui malgré tout colle avec son implication initiatique. Cette forme donnée permettra effectivement, dans le contexte narratif fermé qu’est celui du rituel maçonnique, d’agir peu ou prou sur les éléments a priori intangibles décrits par les textes maçonniques (pensez aux prémices, apparemment bien installées du mélodrame hiramique mais finalement bousculées ensuite)… À SUIVRE…

Thierry Didier.

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